Lundi 09 décembre 2019

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Portrait de Sabrina JULIEN SWEERTS
Gérard Apfeldorfer, Président du GROS

En avant, le GROS ! 

Le GROS, le Groupe de Réflexion sur l'Obésité et le Surpoids a 15 ans. C’est en fin 1998 que Bernard Waysfeld, Jean-Philippe Zermati et moi-même l’avons fondé, en compagnie d’une vingtaine de médecins, diététiciens et psychologues.

Ça nous agaçait, ça nous horripilait, ça nous désolait, la façon dont les personnes en difficulté avec leur poids et leur comportement alimentaire étaient traitées à l’époque. Elles étaient mal traitées, maltraitées. Elles le sont malheureusement toujours.

Le GROS a tout d’abord cherché à combattre cette maltraitance. Nous nous sommes donc élevés contre ce réductionnisme consistant à considérer que les problèmes des personnes en surcharge pondérale étaient d’ordre purement nutritionnel et qu’ils relevaient d’un régime amaigrissant, ou comme on dit maintenant, d’un programme d’équilibre alimentaire.
Nous ne protestions pas seulement contre les régimes farfelus, mais aussi contre les régimes dits « sérieux », comme par exemple le régime dit équilibré. Les études internationales montraient déjà à l’époque à quel point c’est bonnet blanc et blanc bonnet.
Les études plus récentes ont enfoncé le clou, au point que désormais les régimes amaigrissants, quels qu’ils soient, sont devenus indéfendables d’un point de vue scientifique. Si bien qu’aujourd’hui le gros de la troupe rejoint le GROS, à regret toutefois, en traînant drôlement des pieds.
C’est que les médecins, comprenez-vous, sont bien démunis : les médicaments amaigrissants ? Il n’y en a plus, ou bien il n’y en a pas encore. Les régimes ? Ça ne marche pas, c’est prouvé. Le problème, c’est que la médecine n’a pas grand chose d’autre à proposer, au point qu’elle s’en remet désormais à la chirurgie.

Quant à nous, les GROS’s boys et les GROS’s girls, nous ne sommes pas restés à gémir et tempêter dans notre petit coin. Nous avons bossé pour développer des approches efficaces. Nous avons désormais des outils puissants pour aider les personnes en surpoids à échapper à la restriction cognitive, c'est-à-dire à l’idéologie des régimes, aux interdits moraux que cela suppose, aux craquages culpabilisants et démoralisants. Nous savons leur apprendre à manger sur un mode intuitif, c'est-à-dire sur un mode qui respecte leur physiologie, qui fait jouer à plein les mécanismes de la régulation pondérale.
Nous savons aussi, en utilisant des outils issus des derniers développements des thérapies cognitivo-comportementales, tels que la pleine conscience et les thérapies d’acceptation et d’engagement (ACT), aider les personnes à augmenter leur tolérance émotionnelle, afin de ne plus manger leurs émotions.
Enfin, nous savons, quoique avec difficulté, tant cette idée est antithétique d’un discours social normalisateur, volontariste et dévastateur, les aider à accepter ce corps qui les fait vivre. On ne fait pas toujours le poids qu’on veut, on fait plutôt le poids qu’on peut, celui auquel notre corps veut bien se stabiliser.
Au fil du temps, nous avons peaufiné un site internet et une petite revue, un enseignement destiné aux professionnels de santé qui désirent se former à notre approche, un comité scientifique, destiné à impulser de nouvelles idées, juger du bien-fondé des actions, et composé de sympathisants de l’association. En font partie, entre autres, le docteur Jean-Michel Lecerf, de l’institut Pasteur de Lille, qui préside le comité, le professeur Marc Fantino, physiologiste, le professeur Jean-Pierre Corbeau, sociologue, le docteur Anne Laurent-Jacquart, médecin interniste à Lausanne.
Les Rencontres du GROS, chaque année, permettent d’approfondir un thème particulier, de questionner d’autres approches, d’autres discours, d’autres points de vue. Notre dernier congrès, par exemple, explorait l’approche chirurgicale de l’obésité, la façon dont nous pourrions combiner nos savoir-faire, GROSseuses et GROSseurs avec celui des chirurgiens bariatriques, pour le plus grand bien de nos patients.

J’ai été le premier président du GROS, avant de céder la place à mon compère et ami Jean-Philippe Zermati. Puis ce fut le tour du docteur Bernard Waysfeld, l’homme à la quadruple casquette, psychiatre, nutritionniste, endocrinologue et interniste. En 2012, Jean-Philippe Zermati fit son come-back, et c’est maintenant moi qui m’y colle.
Il reste tant à faire ! Nous ne sommes encore qu’une petite association, qui est parfois entendue, mais guère écoutée. Il nous faut continuer à nous battre afin que nos gouvernants virent de bord, mettent en place une politique de santé, une politique de prévention plus intelligentes en ce qui concerne l’obésité.
Certes il y a bien trop d’obèses et de personnes en surpoids dans notre pays, mais néanmoins la France est l’un des pays les moins touchés par la vague d’obésité qui frappe les pays industrialisés et en voie de l’être. Serions-nous en retard ? Nous pensons quant à nous que nous sommes plutôt en avance, que nous disposons de puissants facteurs de résilience, de par nos traditions alimentaires, de par l’importance que nous accordons au fait de nous nourrir, notre enracinement dans le plaisir gustatif et la convivialité. Nous faisons tellement mieux, ou tellement moins mal, que les anglo-saxons… Pourquoi ne leur vendrions-nous pas notre savoir-faire, ce savoir-faire dont la plupart d’entre nous n’est même pas conscient, plutôt que de copier bêtement des méthodes qui ne fonctionnent pas, ni chez nous, ni chez eux ?
Des membres du GROS, de plus en plus nombreux, écrivent des livres ou des articles, montent des sites internet, interviennent dans les médias et diffusent notre approche. Certains d’entre nous (en l’occurrence Jean-Philippe Zermati et moi-même) ont élaboré un programme de thérapie sur Internet, linecoaching-com, qui permet à toute personne, pour une somme modique, en tous temps et en tous lieux, d’accéder à notre approche.
Nous comptons bien poursuivre le travail entrepris, sensibiliser davantage les professionnels de santé à nos idées, perfectionner et élargir notre enseignement pour former toujours plus de thérapeutes compétents, lancer des études permettant d’évaluer objectivement nos techniques et soutenir les travaux qui sont déjà en route, devenir une force de proposition,
Il y a du pain sur la planche !

Dr Gérard Apfeldorfer
Président du Groupe de Réflexion sur l'Obésité et le Surpoids


 

  • Écrit le 09/12/14 18:57, par
  • Dernière mise à jour: 18/05/16 16:19
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