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De l’information, de la formation aux futurs médecins

Actualités du GROS

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Article De l’information, de la formation aux futurs médecins

Le GROS invité à la faculté de médecine pour évoquer la grossophobie médicale - Témoignage - Bernard Waysfeld et Clélia LOUNI PAOLI ont été contactés par une association d’étudiants en médecine de la faculté de Kremlin Bicêtre, pour parler de la grossophobie en milieu médical. Cette association d’éthique appelée « les penseurs de plaie » fondée en 2013 par les étudiants invitent des intervenants extérieurs sur différentes problématiques afin d’améliorer les relations entre les médecins et les patients.

De nombreux étudiants (80 environ) essentiellement de deuxième et troisième années ont été très intéressés par le sujet. Sensibles à cette thématique dont ils sont témoins à travers les stages hospitaliers et sur les réseaux sociaux, ils ont pu écouter deux communications très complémentaires sur ce sujet.

Bernard Waysfeld a proposé une définition claire de la stigmatisation et de ses conséquences, expliquant que le « phénomène d’intériorisation du stigmate est le plus pernicieux ». Citant Erik Hemmingson, « l’adolescent obèse est triplement victime : premièrement parce qu’il est discriminé, deuxièmement parce qu’il est incité à comprendre qu’il est le responsable de ce qui lui arrive et enfin parce qu’il en vient à accepter son traitement comme normal et juste ». Les effets dévastateurs de la valorisation permanente et excessive de la minceur ont été énoncés : la stigmatisation renforce les efforts de restriction aggravant le poids et la santé des personnes concernées. Les différentes stigmatisations dont sont victimes les personnes obèses touchent toutes les sphères, d’abord la famille, puis la vie sociale, l’accès aux études, l’accès à l’emploi. L’obésité est une maladie chronique et une pathologie qui passe de la phase « fonctionnelle » et partiellement réversible à une maladie organique. Il s’agit bien d’une pathologie psychosomatique. Les patients obèses sont victimes et non pas coupables, et le plus souvent ils ne peuvent pas maigrir durablement.

Clélia LOUNI PAOLI a proposé de réfléchir aux différents stéréotypes souvent diffusés dans la société sur les personnes obèses. Pour prendre la mesure de l’impact de cette stigmatisation de la part des médecins, des verbatims de patientes qui ont souffert de propos dévalorisants de la part de médecins ont été énoncés. La société est grossophobe donc les médecins n’y échappent pas. Les médecins ont une pression des pouvoirs publics. Il est rappelé que cette stigmatisation concerne les médecins mais également tous les professionnels de santé. Les médecins semblent souvent manquer de formation sur le sujet alors que le surpoids et l’obésité concernent 47% de la population. Les comorbidités, que sont les troubles psychiatriques anxieux et dépressifs ne sont pas diagnostiqués, ni traités. L’obésité a été définie comme une maladie chronique en 1997 par l’OMS. Comme toute maladie chronique, elle doit être prise en charge sans dramatiser, ni culpabiliser le patient. Lorsqu’on prend en charge une personne qui souffre d’obésité, on va s’intéresser précisément à la demande du patient. Pour les personnes qui veulent être accompagnées dans leur perte de poids, il est indispensable de proposer des prises en soins sur mesure, une médecine « personnalisée ».

Il est souhaitable de favoriser une alimentation intuitive, d’éviter de prescrire de la restriction cognitive qui est inefficace et aggravante. Les données scientifiques sont très claires, une méta analyse internationale (ANSES 2009) sur les régimes qui regroupent 35 000 études montrent 95% d’échec et 40% de rebond chez les personnes qui reprennent du poids.

Le Binge Eating Disorder (ou hyperphagie boulimique en français) est évoqué car il concerne environ 40% des personnes chez lesquelles l’obésité est en cours de constitution. La notion de poids d’équilibre été longuement expliquée.

Ce « set point » est parfois un poids au-dessus de l’IMC que souhaiteraient le corps médical et les patients, mais c’est le seul poids qu’il est possible de maintenir dans la durée. Il convient de l’accepter et d’aider nos patients à l’accepter. À noter que des études récentes montrent qu’une amélioration des paramètres de santé survient même avec une faible perte de poids (3 à 5%), mais stabilisée dans la durée.

Suite à ces présentations, un temps d’échange fructueux a pu avoir lieu afin de répondre aux nombreuses questions des étudiants, qui se sont montrés fort intéressés et très pertinents sur ce sujet.

Dr Clélia Louni-Paoli
Dr Bernard Waysfeld

Publié par Association GROS le