Jeudi 25 avril 2019

Les lettres mensuelles 2007


Janvier 2007

D'un court-circuit l'autre

« J’ai toujours mangé vite, très vite ; je ne mangeais pas, j’avalais tout rond. Ma grand-mère me le disait constamment : ne mange pas si vite, prends ton temps, mâche, mâche ! Je ne goûte pas les aliments, je me remplis comme je remplis tout ce que je possède, les armoires, les valises, le réservoir de ma voiture. Il faut que je fasse le plein ; je ne supporte pas le vide. Pour moi, il n’y a pas de demi-mesure. Si ce n’est pas tout à fait plein, c’est vide et ça m’angoisse. Evidemment, avec ce système, on grossit et plus on grossit plus on mange et quand on mange vite, on mange beaucoup, on ne passe pas son temps à goûter, à déguster. Je ne peux pas attendre tranquillement entre deux bouchées. Je les enfourne les unes après les autres. Je ne pose pas mes couverts comme les médecins me l’ont recommandé. Mon repas est bouclé en 10 minutes. Il y a quelques années, j’avais rencontré un psychanalyste qui m’avait parlé de désir ; je ne me laisserais pas le temps du désir, si j’ai bien compris. Remarquez, c’est vrai, quand c’est là, il faut que je mange, c’est impulsif, je ne supporte pas le manque, ni même de penser à ce que je pourrais manger. Si je peux manger, je mange et je ne me pose pas de questions. Je ne sais pas pourquoi c’est comme ça et d’ailleurs je n’aime pas y réfléchir. Ça ne mène nulle part. Dans mon métier, c’est pareil, j’aime que les choses soient nettes sans élucubration. Ça marche plutôt bien d’ailleurs. Je m’occupe de la gestion d’une PME et avec moi les comptes sont les comptes. Il n’y a pas de blancs. Il ne manque pas une ligne sur mon bilan. Finalement j’avais tellement grossi que je suis allé consulter un médecin à l’hôpital. Je lui ai expliqué que je mangeais trop vite et finalement trop. Il m’a fait tout un bilan. C’était très bien mais à la fin je lui ai demandé quel régime je devais suivre. Alors il m’a répondu que je devais manger plus lentement et moins ; ça je le savais. Ça ne m’a pas avancé.
Ce qui est terrible avec ce système, c’est qu’on devient énorme. Je mange vite et beaucoup c’est vrai, mais je grossis encore plus vite. Les régimes, je ne peux pas les suivre ou bien quand je perds 10 kilos, j’en reprends 15. J’ai donc décidé de ne plus en faire. Une diététicienne m’a expliqué tout cela : Monsieur, vous ne prenez pas le temps de manger, de goûter. Pourtant c’est simple paraît-il, mais pour moi c’est compliqué, je ne sais pas manger. Il y a des cas comme ça dans ma famille. Ceux qui mangent vite sont tous gros. C’est comme s’ils mangeaient non pas par plaisir ou pour nourrir leur corps, mais pour se remplir, qu’il n’y ait pas de creux, de vide ; il faut pas que ça manque en somme.
Alors à la fin on m’a proposé un by-pass gastrique. C’est un drôle de mot. C’est pour dire qu’on va couper l’estomac et l’intestin et que les aliments ne seront plus absorbés parce que la partie de l’intestin qui absorbe, elle aura été coupée. Le chirurgien m’a expliqué que je ne pouvais pas continuer comme ça, que j’allais être très malade, que je pourrai plus marcher tellement j’avais mal aux genoux. Et puis la tension, le sucre, bref je suis en sursis si je comprends bien. Pour que je saisisse mieux, il m’a dit que j’étais malade et que cette maladie là risquait maintenant de s’aggraver très vite. Alors, lui, il me propose de me fabriquer une autre maladie pour remplacer celle-là. C’est ça le by-pass. C’est un court-circuit. C’est ce qui se fait maintenant. Avec ça je pourrai continuer à manger vite et beaucoup. Je maigrirai quand même parce que les aliments ne seront pas absorbés. Je crois que c’est une bonne idée. C’est bien la chirurgie. »
Bernard Waysfeld


Février 2007

Peut-on grossir sous l’effet des stresses sans manger davantage ?

Nombreuses sont les personnes qui constatent que, lorsqu’elles subissent des stresses importants, elles prennent du poids. Les deuils, les séparations, les échecs sentimentaux, les problèmes professionnels, les blessures d’amour-propre de toutes sortes sont alors évoqués: "j’ai pris x kilos à la mort de tel parent, lors de mon divorce, lorsque j’ai été harcelé(e) au travail", entend-on couramment.
Les mêmes, souvent, expliquent aussi qu’ils ou elles maigrissent spontanément lorsqu’ils ou elles sont détendues, par exemple durant les périodes de vacances et ce, tout en mangeant de bon appétit.

Jusqu’à présent, la réponse des médecins, la plupart du temps, consistait en un haussement d’épaule: "on ne grossit pas avec l’air du temps, on grossit parce qu’on mange trop, ou qu’on mange mal. Il n’y a pas de stress qui tienne, face à un bon régime!" Telle est fréquemment la ligne de défense du corps médical.

Il est vrai que, sous l’effet du stress, les êtres humains, mais aussi les rats, ont tendance à manger davantage, et à se tourner préférentiellement vers les aliments hautement énergétiques, gras et sucrés. Les barres chocolatées, les gâteaux et les biscuits, les fromages et la charcuterie, les bons petits plats, ont un pouvoir anti-stress nettement supérieur aux légumes verts! Ils apportent un réconfort bienvenu, apaisant, dont on peut se féliciter.
Cependant, une telle stratégie ne peut fonctionner que ponctuellement. Bien évidemment, si l’état de stress persiste et si on fait appel en permanence à de tels aliments en grosse quantité, il est normal qu’on se mette à grossir… Cette stratégie nécessite aussi qu’on ne soit pas en restriction cognitive, car dans ce cas, la culpabilité annule le réconfort, ce qui conduit à manger sans fin et sans faim.

Mais ce mécanisme n’est pas le seul en action. Il semble qu’il soit possible de grossir sous l’effet des stresses sans qu’on mange davantage. L’état de stress perturbe en effet bien des mécanismes hormonaux: une production de cortisol au sein des tissus accroît le nombre des cellules graisseuses au niveau de l’abdomen (tout en stimulant aussi l’appétit); le système sympathique et les hormones du stress (les catécholamines, en particulier l’adrénaline) mais aussi la leptine, la résistine, la mélanocortine, sont impliquées et modifiées par l’état de stress.

Bref, être stressé(e) conduit certains sujets à grossir, en particulier au niveau du ventre, même sans manger davantage. Ce n’est pas le cas de tout le monde, et il semble que seules les personnes prédisposées génétiquement réagissent ainsi.
Somme toute, c’est une bonne nouvelle: tout d’abord, voilà qui donne raison à toutes ces personnes qui, constatant le phénomène, se faisaient rabrouer par leur médecin. Oui, bien des événements de vie peuvent faire grossir à nourriture égale. Oui, passer devant une pâtisserie, lorgner les gâteaux en salivant… et se priver du plaisir de les manger, suffit à faire grossir. Mais aussi, manger ces mêmes gâteaux avec culpabilité fera grossir davantage encore. La restriction cognitive engendre à l’évidence un état de stress permanent…

La honte d’être gros, la stigmatisation ambiante dont les gros sont les victimes constituent aussi un stress social de première grandeur. Quel paradoxe: les campagnes anti-obésité, en stressant les gros, leur font courir le risque de grossir!

Outre cette satisfaction d’une reconnaissance d’un mécanisme pernicieux, réjouissons-nous aussi de ce que ces avancées scientifiques viennent justifier les démarches douces que nous préconisons. Pour que le poids baisse, il convient de trouver la paix de l’âme, une forme de sérénité.

La première des sérénités consiste à faire la paix avec ses aliments et donc à sortir du cycle de la restriction cognitive.

La deuxième des sérénités consiste à faire la paix avec son être corporel: ce corps, il convient de l’habiter, de le dorloter, de cesser de le traiter en ennemi, de le violenter ou de le mépriser. Et aussi, ce corps est nous et il convient que les autres témoignent du respect à ce "nous", ainsi qu’à notre personne.

La troisième des sérénités consiste à savoir prendre le recul nécessaire face aux aléas de l’existence. Ne l’oublions pas: le stress n’est pas un mal en soi. Il est la vie même et nous nous en nourrissons. À condition toutefois que nous sachions le vivre comme il se doit, sans appréhension et sans tourment.

Voilà qui n'est pas donné à tout le monde, mais qui s'apprend.
Gérard Apfeldorfer

Lecerf J.M. Stress et obésité. Nutr. Clin. Metab. 2006, 20, 99-107.


Mars 2007

Connor et la police diététique

Connor McCreaddie est un enfant de 8 ans, qui vit à Wallsend, dans le nord du Royaume-Uni et qui pèse 99 kilos. Sa mère, Mme Nicola McKeown, en est désespérée, et ce d’autant plus qu’elle se voit en position d’accusée. Selon le Dr Michael Markiewicz, pédiatre, interviewé à l’occasion, il s'agit "d'une forme de maltraitance à enfant [et] de la façon dont il est nourri, on le tue lentement". Les services sociaux envisagent de retirer à la mère la garde de son fils si celle-ci de donne lui pas des repas équilibrés et si Connor ne parvient pas à perdre du poids rapidement.
L’affaire prend une dimension nationale : Mme McKeown tente de se défendre et explique, sur ITV, qu'elle fait tout pour s'occuper correctement de Connor, mais que celui-ci dérobe des aliments et les mange en cachette.
Le prince Charles ne reste pas sans réagir: depuis les Emirats arabes unis où il est en visite, il suggère un boycott de McDonald's pour améliorer l'hygiène alimentaire des consommateurs britanniques.

Bienvenue au pays de la police diététique! Car l’avez-vous remarqué, mais le problème de Connor est réduit à un problème purement diététique: il est trop gros parce qu’il ne mange pas équilibré et sa mère est civilement, et peut-être bientôt pénalement condamnable, de ne pas lui donner des repas diététiquement corrects.
Quelles monstreuses erreurs judiciaires en perspective! On ne devient pas obèse comme Connor simplement parce qu’on ignore la diététique et il ne suffira pas de proposer à Connor des repas équilibrés pour résoudre un tel problème. Encore faut-il comprendre pourquoi, comment il en est arrivé là.

Je ne connais pas Connor, mais ce que je sais, c’est que nombre d’enfants gros le deviennent parce qu’ils sont des enfants en souffrance.
Les causes de cette souffrance peuvent être multiples: parfois, quelque chose n’aura pas fonctionné entre la mère et l’enfant d’un point de vue affectif. Parfois la mère aura eu elle-même bien trop de problèmes alimentaires et pondéraux, et les aura transmis à sa progéniture. Ou bien encore, se nourrir sera resté un comportement de nature purement individuelle, non civilisé, empreint de sauvagerie, sans partage ni amour.
Manger à outrance se révèle aussi être une forme d’anesthésie. On mange quand on ne peut pas penser, quand ressentir est trop pénible. On s’enferme dans une armure de graisse afin de ne pas avoir à vivre.
Certains dévorent à la recherche de quelque chose de manquant, mais ce qui manque n’est pas forcément un nutriment: manger, c’est aussi chercher à satisfaire la faim qu’on a des autres, c’est aussi s’enraciner dans une culture, une société, une famille. Connor a-t-il eu accès à tout cela, et si non, pourquoi?

Pauvre Connor, pauvre Mme McKeown: ils ne savent pas manger droit, dit-on. Mais qui s’interroge à propos des souffrances dans lesquelles ils se débattent ?
Il est tellement plus simple de les mettre en accusation, de leur envoyer la police diététique, plutôt que de leur venir en aide sur le plan psychologique et social…
Il me paraît urgent de lutter contre la diététisation et la moralisation de l’alimentation, à laquelle nous assistons aujourd’hui, qui voudrait nous faire croire que manger, c’est faire le plein de nutriments à la pompe. Il nous faut lutter contre la chasse aux obèses, leur mise en accusation. Les personnes obèses, jeunes ou adultes, ne sont pas à discipliner, à punir, ou à prendre en pitié. Elles sont des personnes en souffrance avec leur corps, avec leur comportement alimentaire, évoluant dans une société ivre de minceur et folle de diététique. Il convient d’aider ces personnes à progresser, à se réconcilier avec elles-mêmes afin qu’elles puissent vivre leur vie.
Finalement, Connor restera avec sa mère. Pour le moment. Tous deux ont promis de manger droit.
Gérard Apfeldorfer


Avril 2007

Ça fait plaisir et en plus c’est bon pour la santé

"C’est bon pour la santé et en plus ça fait plaisir". Combien de fois a-t-on entendu cette phrase ? Le plaisir serait donc un bonheur facultatif qui viendrait en plus de la santé. Un peu comme la cerise sur le gâteau. Comme si la nature s’était donné le mal d’inventer le plaisir dans le seul dessein de nous faire plaisir. C’est bien mal la connaître. Et c’est un peu vite oublier que le plaisir est le moyen retenu par des millions d’années d’évolution pour signaler à tous les êtres vivants la justesse de leur comportement. Le plaisir est la ruse utilisée par la nature pour nous faire croire que nous faisons de bon gré ce que la nécessité nous impose.

Sur le plan physiologique, le comportement alimentaire permet à l’individu d’assurer la satisfaction de ses besoins énergétiques, nutritionnels et émotionnels. Grâce aux sensations alimentaires, il reçoit de son corps les informations qui le renseignent sur la présence et la nature de ses besoins. Pour être compréhensible, chaque besoin doit donc se manifester par des sensations qui traduisent son apparition, son comblement puis sa disparition. Ainsi le besoin d’énergie se manifeste-t-il par l’apparition de la faim. Puis lorsqu’on le satisfait, par son soulagement suivi d’un sentiment de satiété. La faim, en effet, est une sensation de l’ordre de la douleur dont la disparition occasionne un soulagement. C’est ce soulagement qui est ressenti comme un plaisir. Lorsqu’un sujet a faim, quel que soit l’aliment qu’il consomme, apprécié ou non, il éprouvera pour le moins le plaisir de ne plus avoir faim. Dans l’intervalle de temps qui sépare la faim de la satiété, il aura consommé la quantité de calories dont il a besoin pour compenser les dépenses de son organisme.
Il faut bien convenir que le plaisir ne sera que plus grand si, en plus, il obtient de soulager sa faim avec un aliment qu’il apprécie et que précisément il désire manger à ce moment-là. La satisfaction qu’il en retirera viendra d’autant augmenter le plaisir éprouvé. La nature faisant bien les choses, il se trouve que la satisfaction de consommer précisément l’aliment dont on a envie coïncide aussi avec la satisfaction des besoins nutritionnels. Sans qu’il le sache, et en se fiant à son seul plaisir, l’individu qui désire une soupe de poireaux consomme peut-être les sels minéraux qui lui font défaut. Tandis que celui qui désire une entrecôte grillée reconstitue ses stocks d’acides aminés ou encore que celui qui se trouve attiré par le bleu d’auvergne régule peut-être ses besoins en calcium.

Mais manger procure également le soulagement des tensions accumulées dans le corps sous l’effet de nos émotions. La consommation d’un aliment apprécié entraînera la sécrétion de substances qui réduiront ces tensions en procurant une sensation de réconfort.
C’est la somme de tous ces plaisirs, procurés par le soulagement de la faim, la satisfaction de manger un aliment apprécié, mais précisément au moment où il nous fait envie, et le sentiment de réconfort que tout cela occasionne, que nous appelons le plaisir alimentaire.

Comme on le devine, la recherche du plaisir alimentaire le plus élevé a donc ses exigences. Elle impose la présence de la faim, suffisamment de choix alimentaire pour pouvoir répondre à la diversité de nos besoins nutritionnels et l’assurance d’être en sécurité avec notre nourriture.

Que la faim manque, que l’aliment ne soit pas adapté à l’attente ou que le mangeur s’inquiète ou se culpabilise de ce qu’il ingère et le plaisir diminue. Lui indiquant en cela qu’il s’éloigne de la satisfaction de ses besoins ou qu’il met sa santé en péril. De ce point de vue, le mauvais procès qui est fait aux aliments gras et riches, dont font partie les charcuteries, participe à leur diabolisation. Chose plus grave, il met en difficulté les mécanismes physiologiques du rassasiement. Comment, en effet, se sentir en sécurité quand on mange un aliment dont on pense qu’il vous bouche une artère ou qu’il vous fait grossir ? Comment, dans ce cas, obtenir la satisfaction et le réconfort qui permettent normalement de s’arrêter de manger ? C’est précisément cette perte de plaisir qui conduit le sujet à dépasser sa faim, à manger plus que de besoin et finalement à prendre du poids.

Comme Epicure l’énonçait, "le plaisir est le commencement et la fin d’une vie heureuse [...] C’est de lui que nous partons pour déterminer ce qu’il faut choisir et ce qu’il faut éviter [...] Une théorie non erronée des plaisirs doit rapporter tout choix et toute aversion à la santé du corps et à la paix de l’âme, puisque c’est là la perfection même de la vie heureuse".
Dorénavant, quand vous entendrez : « C’est bon pour la santé et en plus ça fait plaisir », ne manquez pas de corriger l’ignorant et de dire "ça fait plaisir et en plus c’est bon pour la santé".
Le gâteau, c’est le plaisir. La cerise, c’est la santé.
Jean-Philippe Zermati


Mai 2007

Eloge de la graisse et d'Olivier Bardolle

Olivier Bardolle est en colère. Il s’en prend au corps modèle unique, ce corps mince qui s’impose à la "belle jeune fille", dont le top-model est le prototype. La belle jeune fille utilise son corps comme un objet marchandisable, un bien marchand destiné à lui acheter un avenir. Elle prostitue sa beauté, espérant acquérir du pouvoir, de l’argent, une position sociale. En retour, pour prix de son éblouissante compagnie, elle exige en effet un "contre-don infini" car sa beauté le vaut bien.
La belle jeune fille est au régime, bien sûr. Et elle fait du jogging afin d’évaporer les calories restantes. Elle est maigre de corps et d’esprit, et peine à jouir. Elle doit se dépêcher de convertir son capital beauté en capital pécuniaire et en pouvoir, ce qui la rend anxieuse et insatisfaite.
D’une certaine façon, cette belle jeune fille est le prototype de notre société. Nous autres, occidentaux, aspirons tous à être de belles jeunes filles! Nous avons perdu nos capacités à jouir de la vie, à la dévorer à belles dents, à rire, à nous moquer, à faire des bêtises, et nous les avons « troqué contre le principe de précaution et ses aspirations paranoïaques à la sécurité totale ».
La grosse jeune fille, dans un tel contexte, n’est peut-être pas autant à plaindre qu’on pourrait le penser : «elle n’est pas exposée aux rapports de force qui s’instaurent entre les hommes riches et les belles jeunes fille, elle est préservée de la putasserie ambiante. Par nécessité (de son point de vue) elle s’appuie davantage sur les sentiments et les émotions que sur un physique qu’elle juge désavantageux.» La grosse doit se cultiver davantage, penser davantage, faire preuve d’une meilleure capacité d’écoute, de talents empathiques. Elle plaît, à défaut de séduire, et est une mère en puissance, «qui porte, soigne, berce, écoute et comprend».
Bardolle s’en prend encore à la dictature de l’apparence, qui pèse si lourd, désormais dans les relations humaines. «Pourtant, dit-il, on sait bien que ce n’est pas le corps qui importe, ni la forme du corps, ni son poids, ce qui compte c’est le "corps pensant", le "corps habité". La beauté d’un corps tient d’abord à ce qui l’anime.»
Il cite Gilles Lipovetsky : «d’un côté les valeurs de minceur, de santé et d’équilibre alimentaire s’imposent en maîtres ; de l’autre foisonnent( les compulsions et frénésies du néo-mangeur. Mais rien de tout cela ne fait signe à la joie dionysiaque. Bien au contraire. Les excès de la table étaient d’origine collective, les nôtres sont individuels ; ils étaient festifs, ils sont névrotiques ; ils constituaient une figure du bonheur collectif, ils culpabilisent les individus, prenant un caractère honteux et pathologique dans une culture ne reconnaissant plus que le contrôle de soi.»
Monsieur Bardolle, je vous remercie de crier votre révolte contre la dictature de la minceur, des régimes, du tout-diététique. Je vous remercie de dénoncer si bien l’ambiance puritaine qui gagne nos sociétés vieillissantes et atrabilaires. Merci de m’ôter les mots de la bouche !
Gérard Apfeldorfer

Olivier Bardolle. Éloge de la graisse. Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 2006.
Gilles Lipovetsky. Le bonheur paradoxal. Essai sur la société d’hyperconsommation. Gallimard, coll NRF essais, 2006.


Juin 2007

Haro sur le sel !

"Mangez moins gras, moins sucré, moins salé" nous disent les pouvoirs publics !
Remarquons tout d’abord comment ce message, apparemment bien intentionné et peu interdictif, est en fait bien plus contraignant qu’on ne le pressent au départ. Car comment le comprendre, si on mange déjà peu salé ? Doit-on manger encore moins de sel ? Cela ne signifie-t-il pas que l’idéal serait de ne pas saler du tout, et que le sel, ou bien le gras, ou bien le sucre sont fondamentalement mauvais ? Dès lors qu’on en mange, n’y a-t-il pas lieu de se sentir coupable de mal manger, d’être en faute, de nuire à sa santé ?
Laissons aujourd’hui de côté la diabolisation du gras et du sucre pour nous interroger sur le troisième larron, la diabolisation du sel. Des travaux scientifiques récents ont montré une relation entre la consommation de sel et l’hypertension artérielle dans certains cas. D’autre part, les Français apparaissent comme de grands consommateurs de sel, qui absorbent 10 grammes de sel par jour au lieu des 6 à 8 classiquement recommandés par les nutritionnistes. Les épidémiologistes ont donc fait leur petits calculs et abouti à l’idée que cette consommation excessive de sel serait responsable chaque année de 75 000 accidents cardiovasculaires entraînant 25 000 décès.
Quoi de plus logique alors, pour les médecins, cardiologues et nutritionnistes, pour les pouvoirs publics, de mettre en garde et d’inciter la population française à réduire sa consommation de sel de table ?
Pourtant, les choses ne sont pas aussi simples. Tout d'abord, le consensus scientifique concernant les normes édictées est contesté. Certains estiment qu'elles ont été déterminées de façon arbitraire. Ils font remarquer que chez les personnes normotendues, sans hypertension artérielle, c'est-à-dire la majorité de la population française, diminuer la consommation de sel n’apporte aucun bénéfice. Et même, certains, qui sont sportifs et se dépensent beaucoup, ont des besoins en sel nettement augmentés; les personnes âgées risquent la déshydratation si leur alimentation est insuffisamment salée. Et chez les hypertendus, seuls 40% des individus sont sensibles à une diminution des apports sodés et peuvent donc en espérer un bénéfice sur leur tension artérielle.
Pourquoi, alors, recommander à 100% de la population une mesure qui, au mieux, ne bénéficie qu’à une petite frange, les hypertendus sel-sensibles ? N’aurait-il pas été plus logique de renforcer le dépistage de l’hypertension artérielle et de ne recommander une baisse de consommation de sel qu’aux personnes concernées ?
Manger moins salé revient à manger des aliments plus fades, moins goûteux, et perdre du plaisir à manger. On applique là une punition à tous, pour améliorer hypothétiquement la santé de quelques uns.
Bon nombre de nutritionnistes suggéraient d’ailleurs une attitude prudente, consistant à ne pas alarmer les consommateurs avec des campagnes publiques et s’en tenir à des négociations avec les industriels dans le but de diminuer la teneur en sel de certains aliments. Après tout, libre alors à ceux qui aiment le sel d’en rajouter!
Mais le gouvernement, suivant en cela les recommandations de l’AFSSA, a choisi de mener tambour battant une grande campagne d’information anti-sel.
Sans doute le principe de précaution y est-il pour beaucoup : le sel étant mauvais pour quelques uns, par précaution, mieux vaut que tous en consomment moins, moins, moins.
En définitive, crier haro sur le sel pour tous ne se justifie pas d’un point de vue scientifique et a tout d’une position morale, issue du puritanisme. Le sel, tout comme le gras et le sucre, sont fondamentalement mauvais car ils apportent du plaisir. Or le plaisir, c’est le mal…
Gérard Apfeldorfer et Jean-Philippe Zermati


Juillet-août 2007

Attention à ne pas attraper l'obésité !

Et si on faisait totalement fausse route ? Et si l’obésité était due à un agent infectieux ? Si on attrapait l’obésité comme on attrape la grippe?
C’est un chercheur d’origine indienne ayant émigré aux États-Unis. Nikhil V. Dhurandhar, qui travaille actuellement à l’université du Wisconsin, qui propose cette nouvelle théorie: un adénovirus provoquerait l’obésité des personnes contaminées. Habituellement, les adénovirus sont plutôt responsables de syndromes pseudo-grippaux, de pharyngites et de conjonctivites, mais le numéro 36 ferait quant à lui grossir.
Des anticorps reconnaissant l’adénovirus humain de type 36 seraient de plus retrouvés chez 30% des obèses américains, alors que seulement 5% des personnes minces seraient porteuses.
D’ailleurs, une autre étude, parue récemment dans le New England Journal of Medecine, montre qu’une personne ayant un ami obèse a 57% de risque en plus de devenir obèse qu'une personne qui n'a pas d'obèse dans son entourage.
Voilà qui expliquerait bien des choses, à propos de cette épidémie d’obésité. Le mal se répandrait par contagion, comme c’est le cas pour la plupart des épidémies!
Toutes ces histoires qu’on raconte à propos du sport qu’il faudrait faire, des fruits et des légumes qu’il faut manger, des confiseries qu’il ne faudrait pas manger: de pures bêtises !
Et ces inepties à propos de la psychologie particulière des obèses, qui les conduirait à dévorer Des superstitions!
À ce sujet, vous rappelez-vous de ce qu’on racontait à propos des personnes souffrant d’ulcère gastroduodénal, dans les années 1970 ? Il s’agissait de personnes ayant une "pensée opératoire", destinée à camoufler une pulsion de mort. Le traitement de choix était la psychanalyse, qui s’avérait longue, ardue, sans résultat probant. Puis, on découvrit que les ulcères gastroduodénaux étaient dus à une bactérie, Helicobacter pylori, et que cela se soignait très bien par les antibiotiques…
Bon, en attendant qu’on mette au point un vaccin contre l’obésité, il convient de prendre ses précautions, de se méfier des obèses qui, peut-être par simple contact, peuvent vous transmettre leur maladie et vous faire grossir à votre tour.
Lorsque vous voyez un obèse, mesdames et messieurs les minces, changez de trottoir! Ne leur serrez plus la main, ne respirez pas le même air qu’eux ! Oubliez le tabagisme passif! Méfiez-vous de l’obésité passive!
Peut-être même faut-il prendre des mesures plus drastiques: ne devrait-on pas isoler les obèses dans des camps, afin qu’il ne contaminent pas les minces? Quoique, aux États-Unis, où un bon tiers de la population est obèse, les choses ne seront pas faciles. Ah, tiens, j’ai une idée: si on mettait les gros au sud et les minces au nord, ou bien l’inverse?
Bonnes vacances à tous, petits et grands, gros et minces, blonds et bruns !

DHURANDHAR N. V. , ISRAEL B. A. , KOLESAR J. M. , MAYHEW G. F., COOK M. E. , ATKINSON R. L. Increased adiposity in animals due to a human virus. Int. j. obes. , 2000 , vol. 24 , no 8 , pp. 989 - 996
DHURANDHAR N. V. , KULKARNI P. R. , AJINKYA S. M. , SHERIKAR A. A. , ATKINSON R. L. Association of adenovirus infection with human obesity. Obes. res., 1997 , vol. 5 , no 5 , pp. 464 - 469


Septembre 2007

Où l’on reparle de la fat tax !

C’est au départ une idée américaine : certains aliments diaboliques sont responsables de l’épidémie d’obésité mondiale. Il s’agit des produits gras et sucrés, comme par exemple les barres chocolatées, les sodas, les crèmes glacées. Pourquoi ne pas taxer ces aliments du péché ? L’argent dégagé pourrait être réinvesti dans des campagnes prêchant une alimentation saine et équilibrée, ou bien servir à détaxer des aliments angéliques, comme les fruits et les légumes, bien trop chers, que le bon peuple ne consomme pas en assez grande quantité.

L’idée est à l’étude, nous dit la ministre de la santé et des sports, Mme Roselyne Bachelot.
Certains aliments sont douteux, et leur situation est en discussion : les fromages, par exemple, qui sont bien trop gras. Et la pâtisserie, de même. Et la charcuterie, itou. Et peut-être aussi les spaghetti Bolognaise, si on y met du parmesan, ou la blanquette de veau, qui n’est bonne que si on met assez de crème fraîche.
Cette taxation de certains produits me semble catastrophique : elle officialise l’idée qu’il existerait des aliments grossissants et des aliments amaigrissants. Les produits gras et sucrés seraient dans la première catégorie, tandis que les fruits et les légumes seraient dans la seconde.

Or rien n’est plus faux ! Nous sommes nombreux, petits et grands, à manger du chocolat et du fromage tous les jours, à boire des sodas sucrés, sans avoir pour autant de problèmes pondéraux. À commencer par moi. Je suis sûr que vous en connaissez aussi. Pourquoi embêter tout ce beau monde ?

En réalité, ce qui fait grossir l’Occident, c’est de ne plus savoir manger en étant à l’écoute de ses appétits, de manger à tort et à travers, à la va-vite, des aliments insensés, qui ne sont pas porteurs d’histoire et d’histoires. C’est d’être stressé par un monde compétitif, d’être assailli par la malheur, les nôtres et ceux du monde, et de ne pas connaître d’autre moyen d’y faire face que de manger.

Affirmer dans un discours d’État, inscrire dans le code des impôts, que certains aliments doivent être mis au piquet car ils font grossir, aura plusieurs effets. Le premier sera d’augmenter la culpabilité des personnes qui les consomment et de les pousser à la restriction cognitive. Cette restriction cognitive engendre, nous ne cessons de le dire, nous le vérifions avec nos patients tous les jours, du malheur, des troubles du comportement alimentaire et des prises de poids, c'est-à-dire justement ce que l’on veut éviter.

Le second effet sera de renforcer la stigmatisation des obèses : car n’en doutons pas, ils seront vus comme ceux qui ne savent pas se retenir, qui ne savent pas bien se tenir. S’ils sont gros, c’est qu’ils ont désobéi aux directives gouvernementales, qu’ils sont de mauvais citoyens. Est-il normal, dans ces conditions, que ceux qui mangent des fruits et des légumes paient les soins médicaux de ceux qui mangent mal ?

Rappelons donc ceci une fois de plus : tout d’abord, il n’existe pas de preuve que telle ou telle catégorie d’aliment soit plus « grossissante » qu’une autre. Ce qui compte, c’est de manger en écoutant ses appétits, donc selon ses besoins.
Ensuite, on ne fait pas ce qu’on veut de son corps, de son poids. Ce serait plutôt le contraire : c’est notre corps qui nous fait. Certains sont gros parce que telle est leur nature. Certains sont gros parce qu’ils ont trop cherché à maigrir et que l’obésité est finalement devenue leur nature. Les stigmatiser ne les fera pas maigrir, et même, ce malheur les fera, n’en doutons pas, grossir davantage.

La vérité est ailleurs, me semble-t-il : ceux qui cherchent à s’en prendre ainsi à tous ces sympathiques aliments que nous aimons sont prisonniers d’une morale étriquée, qu’ils cherchent à imposer à toute la population, gros et maigres, petits et grands.
Le plaisir, voilà ce que ces dignes héritiers des Puritains veulent éradiquer. Ne les laissons pas faire!
Je l’affirme haut et fort : on peut avoir un poids satisfaisant sans se punir, juste en apprenant à s’écouter, en apprenant à être gentil et tendre avec soi-même. Et vive les rillettes et les barres chocolatées!
Gérard Apfeldorfer


Octobre-novembre 2007

Se remplir ou se restaurer ?

Nous avons, nous autres francophones, un certain nombre de formulations signifiant que nous avons suffisamment mangé. Nous sommes allés au restaurant et nous en sortons restaurés ; nous sommes rassasiés ; nous sommes satisfaits ; nous avons notre content et nous sommes contents.

L’idée générale qui ressort de tout ce vocabulaire est que manger sert à restaurer notre être qui, un moment, du fait de la faim, du manque, commençait à défaillir. Nous nous restaurons comme on restaure un chef d’œuvre en péril et une fois cela fait, nous sommes nous-mêmes à nouveau, rétablis dans notre plénitude.
Voilà qui n’est pas la même chose que d’être repu, gavé, saturé, rempli, bourré, d’avoir le ventre plein. On voit bien que de ce côté-là, on est déjà dans l’excès, qu’on a quitté sa zone de confort. On devient lourd, on peine à digérer, on n’est plus guère en état de travailler. Au lieu d’être restauré, on est abîmé par l’excès de nourriture.

Comment dit-on « je suis rassasié » en Anglais ? Selon le dictionnaire : I am sated. Mais après vérification, cette formulation n’est pas usitée et on dit en réalité : I am full. Certes, voilà qui n’est pas encore I am full up, mais ce « je suis plein » s’éloigne considérablement du sens français.
Voilà qui devrait faire réfléchir. De même que, en français, le « bien manger » signifie manger bon, alors que les anglo-saxons comprennent manger selon les règles de la diététique.

Il existe en France un savoir-manger qui consiste à utiliser l’alimentation pour être au mieux, physiquement, mentalement, émotionnellement. Cet art de manger n’a strictement rien à voir avec un vide qui serait à remplir.
Cette culture alimentaire est elle-même un chef d’œuvre en péril. Elle se délite sous nos yeux, remplacée par une vision quantitative de l’alimentation. Il s’agit de faire le plein : on peut donc manger à toute vitesse, tout seul dans son coin. Pas besoin de se mettre à plusieurs pour une action aussi basique !
À la rigueur, vient l’idée qu’il est important de ne pas mettre n’importe quel carburant dans son moteur : l’alimentation doit donc être diététisée.

Malheureusement, une telle alimentation ne nous restaure pas, ne nous contente pas. Elle nous remplit de nutriments, mais une partie de nous n’est pas nourrie.
On mange alors davantage, car on remplace la qualité par la quantité. N’est- ce pas la caractéristique de notre époque ? N’est-ce pas l’inverse qu’il conviendrait de faire ?

Et puis, rappelons-nous que notre science diététique est aussi sous influence anglo-saxonne : l’immense majorité des travaux scientifiques se fait aux États-Unis. Nul doute que les préconceptions anglo-saxonnes concernant la manière adéquate de se nourrir déteignent sur les travaux scientifiques effectués.
Le fait que le contentement, la valeur nourrissante des représentations mentales tissées autour de nos aliments ne soit pas prise en considération le montre bien.

Sans compter que la majorité des concepts utilisés ont été testés sur des animaux, essentiellement des rats et des souris. Rappelons-nous qu’il s’agit de rats et de souris profondément malheureux, stressés car isolés dans des cages. Ces rats et ces souris ne peuvent pas avoir des comportements alimentaires normaux, dans de telles conditions. Par exemple, ils mangent comme des fous quand on leur donne des friandises variées. On les appelle alors des « rats cafétéria ». Les êtres humains font de même, d’ailleurs, à la cafétéria ou au supermarché, quand ils ont une vie de rats en cage.

Cela prouve quoi, en définitive ? Que des aliments culpabilisants et angoissants peuvent être remplissants, mais pas restaurants. Que lorsqu’on est malheureux, on se remplit d’aliments insensés, sans pouvoir s’arrêter.
Qu’y faire ? Taxer ou interdire les friandises, les produits nourrissants ? Ou bien aider les gens à aimer leurs aliments, à se sortir de leur malheur, leur apprendre à donner du sens à leur vie ?
Gérard Apfeldorfer


Décembre 2007

A chacun selon sa faim

Le 15 septembre 1997, 20 spécialistes de l’obésité et des comportements alimentaires se sont réunis au cabinet de Gérard Apfeldorfer pour exprimer leur désarroi face aux études qui démontraient que les régimes amaigrissants même les plus raisonnables et bénéficiant des meilleures cautions médicales aboutissaient à 95 % d’échecs dans un délai de 2 à 5 ans. Pour mieux achever le tableau, les études ajoutaient que ces échecs se soldaient le plus souvent par une augmentation du poids, une aggravation des complications médicales liées au surpoids et l’apparition ou l’aggravation de troubles du comportement alimentaire et de problèmes psychologiques.
Depuis 10 ans, le GROS a totalement abandonné la pratique des régimes. Pour contrôler les consommations alimentaires, nous avons cessé de demander à nos patients d’apprendre la composition des aliments ou d’établir leurs menus à partir de listes d’aliments recommandés ou déconseillés. Nous nous appuyons dorénavant sur leurs sensations de faim, de satiété ou les appétits spécifiques qui sont l’expression réelle des besoins des individus. Nous ne leur donnons aucun conseil nutritionnel. Mais nous avons appris à faire revenir des sensations perdues et à travailler sur les émotions qui empêchent de les respecter. En conséquence de quoi, sans faire de régime, nos patients le plus souvent mangent moins, diversifient leur alimentation et parfois ont aussi la bonne surprise de perdre du poids.

En 2001, alors que nous progressions dans nos recherches, nous avons vu apparaître le PNNS dont l’objectif était de réduire de 20 % le nombre des personnes obèses en étendant à l’ensemble de la population française les mesures que nous venions d’abandonner du fait des dommages qu’elles avaient causées à un grand nombre de nos patients.
Nous avons donc toutes les raisons de penser que la population française connaîtra les mêmes difficultés que celles qu’on connu nos patients. Elle va sans doute continuer à grossir, les maladies cardio-vasculaires, ostéo-articulaires et métaboliques consécutives au surpoids s’aggraveront et nous verrons fleurir les troubles du comportement alimentaire à une échelle jamais connue.

Aussi, nous recommandons instamment aux pouvoirs publics de changer leur politique de santé et d’adopter en urgence les mesures appropriées.
Nous recommandons de remplacer les campagnes d’information nutritionnelle, qui n’ont rien démontré de leur efficacité, par des mesures destinées à favoriser l’éducation alimentaire ainsi que l’apprentissage sensoriel et gustatif.
Nous recommandons de remplacer tous les messages discriminatoires à l’égard de certaines catégories d’aliments par des messages portants sur le respect des sensations de faim.

  • A chacun selon sa faim
  • Sachez garder une faim pour le dessert (ou pour le fromage).
  • Ecoutez votre faim pour ne pas manger sans faim (message de la prévention suisse)
  • La faim protège le poids.
  • Etc.

Jean-Philippe Zermati

  • Dernière mise à jour: 19/11/15 16:51
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