Mardi 11 décembre 2018

Le point de vue du GROS

La stigmatisation de l’obésité des enfants,...

... la discrimination à l’égard des mêmes enfants, les conduit à avoir honte d’eux-mêmes, à perdre leur estime d’eux-mêmes, et démonétise toute réussite dans quelque domaine que ce soit : « j’ai réussi cela, mais je ne vaux rien quand même, puisque je suis gros ».

La politique de santé publique qui consiste à prôner la restriction cognitive pour les enfants...

...gros ou non, en fait pour toute la population, a de bonnes chances de conduire à moyen et long terme, à une augmentation des troubles du comportement alimentaire et de l’obésité… Rappelons que la restriction cognitive est un processus insidieux: dans un premier temps, elle peut permettre de maîtriser l'évolution pondérale et donner le sentiment que tout va bien. Mais manger uniquement avec sa tête, en négligeant plus ou moins volontairement ses sensations alimentaires, l'obnubilation sur le poids, conduisent à terme (souvent au moment de l'entrée dans l'adolescence) à une perte de contrôle des comportements alimentaires.

De plus, notons que les enfants n’ont pas la possibilité, comme les adultes, d’échapper à la bienveillance parentale ou des autres adultes. Le plus souvent, on veut à leur place. On les limite et on les restreint «pour leur bien». Ces attitudes parentales conduisent parfois à des jeux d’interdits et de transgression entre parents et enfants, à des vols de nourriture, des compulsions cachées, voire des boulimies véritables. Souvent il convient de prendre en charge, non pas l’enfant, mais la famille dans son entier. Le travail doit porter sur le comportement alimentaire, sur les relations parents-enfants, sur les difficultés familiales. Un travail psychothérapeutique est souvent nécessaire.

Conseils pratiques du GROS aux parents désemparés, aux enfants en perdition

Avant tout, si vous voulez le bien de votre enfant, commencez par lui témoigner tout l’amour possible, indépendamment de son apparence physique, de son poids, de son comportement alimentaire. Aidez votre enfant gros à affronter une société stigmatisante. Expliquez-lui, dès qu’il est en âge de le comprendre, qu’il lui faut vivre dans une société devenue idolâtre de la minceur. En tant que gros, il en sera devenu le bouc émissaire. Pourtant, il n’a pas commis de faute, n’a pas à avoir honte, n’est pas en cause en tant que personne.

Pour une éducation alimentaire, et non pas une éducation nutritionnelle !

D'une façon générale, c'est le rôle des parents de faire l'éducation alimentaire de leurs enfants.
Cette éducation consiste à apprendre à :

  • Savoir manger en société, selon les us et coutumes du lieu et du temps;
  • Connaître l'histoire et la géographie de ce qu'on mange, la valeur symbolique des différents aliments;
  • Penser ce qu'on mange, savoir en parler;
  • Tenir compte de ses sensations alimentaires de faim et de rassasiement;
  • Pouvoir prendre du plaisir à manger, pouvoir se réconforter grâce à la nourriture sans que cela pose de problème sur la durée. De la sorte, les enfants deviennent peu à peu autonomes et capables de gérer par eux-mêmes leurs besoins alimentaires.

L'éducation alimentaire, qui enseigne à l'enfant les règles sociales de base de la culture alimentaire, lui permettront de manger avec plaisir, en sachant adapter ce qu'il mange à ses besoins ressentis. Cela ne va pas de soi: sans éducation alimentaire, les enfants mangent sur un mode sauvageon, n'importe quoi, n'importe où, n'importe comment, le plus souvent de façon solitaire. Dans un environnement alimentaire aussi riche que le nôtre, n'ayant pas intériorisé les règles de base permettant de réguler leurs prises alimentaires, mangeant dans l'anarchie, ils risquent fort de devenir la proie de troubles du comportement alimentaire et d'obésité. L'éducation alimentaire se fait principalement à la table familiale, et la modélisation parentale est l'élément le plus important.
Evidemment, cette éducation alimentaire concerne tous les enfants, qu'ils aient des problèmes pondéraux ou non. Pour les enfants qui sont un peu enveloppés depuis toujours, tout comme d’autres membres de leur famille. Il faut surtout éviter de dramatiser un écart par rapport à un hypothétique poids de référence, qui ne tient pas suffisamment compte des variations normales à l’intérieur d’une population.

Certains enfants sont obèses. Pour les aider, nous vous donnons les conseils suivants :

1) Sur le plan alimentaire :

  • Apprenez à votre enfant à respecter ses sensations de faim et de rassasiement: votre enfant doit pouvoir manger quand il a faim, même si cela ne correspond pas aux horaires des repas. Si le repas n’est pas loin, on peut lui donner de quoi tenir pendant le temps qui reste sans lui couper tout son appétit pour le repas.
  • Votre enfant doit pouvoir ne pas manger quand il n'a pas faim, même si c’est l’heure du repas, et pouvoir s'arrêter de manger dès lors qu'il parvient au rassasiement, même s’il en reste dans l’assiette. Parfois un enfant peut avoir très peu faim. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter (ce n'est que si sa courbe de poids est anormale dans la durée qu'il convient d'agir et de demander conseil à un professionnel de santé)
  • Votre enfant doit pouvoir manger selon ses propres préférences alimentaires. La moralisation de l'alimentation, qui conduit à différencier des aliments sains et amaigrissants d'un côté, et malsains et grossissants de l'autre, aboutit finalement à rendre les aliments énergétiques d'autant plus attirants qu'ils sont interdits ou difficilement disponibles.
    Il convient d’apprendre à votre enfant à consommer les aliments les plus nourrissants: ceux-ci se consomment avec une grande attention, puisqu’ils sont souvent très goûteux, et parce qu’il en faut peu pour être satisfait et nourri.
    Priver un enfant de ses aliments préférés est vécu par lui comme une punition. Il est en quelque sorte puni d’être gros.
    Or un enfant gros n’est pas un enfant à punir, mais un enfant à aider.
  • Aidez votre enfant à découvrir des aliments nouveaux. Cela fait partie d’une bonne éducation alimentaire. Des études montrent que les enfant qui mangent le plus varié sont ceux dont les parents mangent varié et qui se contentent de prêcher par leur exemple, sans donner d'autre indication.
  • Ne soyez pas perfectionniste. Même si l’enfant ne mange pas de façon parfaitement équilibré tous les jours, il ne risque pas de tomber malade ou de mal grandir pour autant.
  • Manger en famille ou en groupe, dans un climat serein, en y consacrant un temps suffisant, est un élément de régulation important.
  • Parler de ce que l’on mange, des différents goûts, est un élément d’apprentissage du comportement alimentaire.
  • Si la situation s’est détériorée, si l’enfant préfère manger en dehors des repas et refuse systématiquement de passer à table avec la famille, il est important de chercher à comprendre ce qui fait fuir les repas familiaux. L'aide d'un professionnel de santé ou d'un psychologue est parfois nécessaire. Concernant les moins de 10 ans, il est souvent préférable de consulter dans un premier temps sans l'enfant.

2) Sur le plan des activités :

  • Les activités nourrissent, enrichissent l'enfant comme l'adulte. Par activité, nous n’entendons pas seulement activités physiques, mais toutes formes d’activités, intellectuelles, artistiques, manuelles, qui sont toutes épanouissantes dans la mesure où l'enfant est volontaire et participatif.
  • Un enfant est normalement actif, spontanément sociable. Il est bon de donner à votre enfant des occasions de se montrer actif et sociable. Mieux vaut lui éviter de trop longues périodes d’ennui, de solitude et de désœuvrement, vécues comme autant d'abandons, de désintérêt de la part des parents, des adultes.
  • Certains enfants sont très malheureux d’être seuls, même peu de temps, tandis que d’autres aiment bien avoir un petit moment tranquille, savent s'occuper par eux-mêmes. C'est une affaire de personnalité, cela ne tient qu'en partie à l’âge de l'enfant.
  • L’activité physique permet l'épanouissement de l'enfant, le nourrit… à condition qu'elle ne soit pas vécue comme une contrainte, mais qu'elle soit un plaisir, de l'ordre du jeu. Faute de quoi l’enfant, dégoûté de lui-même, honteux, déprimera et… mangera davantage! Vis-à-vis des enfants en surcharge pondérale, les activités physiques doivent donc être envisagées avec prudence. Elles sont à négocier avec l'enfant, ne doivent pas apparaître comme des méthodes d'amaigrissement ou de contrôle pondéral.

3) Au niveau familial, parental :

Beaucoup de parents ont eux-mêmes des problèmes de poids et une relation tendue avec les aliments. Dans ce cas, l’enfant est élevé dans une ambiance de mécontentement du corps, l’idée que la nourriture est un outil pour sculpter son corps et non un moyen de se rassasier et se faire plaisir.
Différentes études mettent en évidence que les mères en restriction cognitive ont des enfants qui présentent plus fréquemment des troubles du comportement alimentaire et des problèmes pondéraux.

Ne mettez pas votre enfant au régime parce que vous-même ne parvenez pas à vous y tenir ! Si vous-même avez des problèmes avec votre poids et votre alimentation, il convient que vous parveniez préalablement à faire des progrès dans ce sens. Sinon, comment aider votre enfant à s'épanouir? L'éducation alimentaire se fait en grande partie par la vertu de l'exemple…

  • Dernière mise à jour: 19/11/15 16:53
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