Lundi 21 janvier 2019

Portrait de Gérard APFELDORFER
Le GROS écrit à l'Anses à propos de son rapport sur les pratiques alimentaires d'amaigrissement

L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié en décembre 2010 un rapport sur les régimes amaigrissants. Ce que nous disons depuis la création du GROS est enfin devenu officiel: les régimes amaigrissants sont inefficaces sur le long terme et nocifs pour la santé physique et mentale.

Cependant, ce rapport maintient certaines ambiguités. Voilà pourquoi nous avons écrit à l'Anses pour lui donner votre avis, ainsi que cette administration l'avait demandé.

Examen du rapport d’expertise collective « Évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement » et propositions du Groupe de Réflexion sur l'Obésité et le Surpoids.


Le Rapport d’expertise collective, patronné par l’ANSES, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, et nommé « Évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement », paru en novembre 2010, a retenu toute l’attention de notre association, le GROS, Groupe de Réflexion sur l'Obésité et le Surpoids.
Notre association salue la parution de ce rapport, qui évalue à partir de données scientifiques, un certain nombre de régimes amaigrissants couramment utilisés.
En se fondant en grande partie sur des études internationales incontestées, le rapport établit clairement que les régimes amaigrissants évalués sont dans leur ensemble inefficaces sur le long terme, et nuisibles tant du point de vue de la santé physique que de la santé mentale. Les carences induites en nutriments et micro-nutriments, les troubles du comportement alimentaire et autres troubles mentaux sont explicités.
Il était temps que cela soit dit par un organisme officiel. Le corps médical et paramédical ne devrait désormais plus pouvoir ignorer ces données, de même que la presse et le grand public.

Cependant, ce rapport nous semble présenter certaines lacunes et ne pas tirer toutes les conséquences de ses travaux.

Le régime amaigrissant de type « équilibré » recommandé par les sociétés de nutrition et actuellement prescrit par les médecins hospitaliers ou les médecins de ville n’est pas explicitement désigné dans le rapport bien que clairement mis en cause par les études référencées dans sa bibliographie. Notamment, le régime amaigrissant du Dr Jean-Michel Cohen dans sa forme à 1400 Calories est parfaitement représentatif des pratiques habituellement préconisées par le corps médical et les pouvoirs publics.
Les études scientifiques citées dans le rapport permettent d’évaluer l’efficacité des régimes amaigrissants dits « équilibrés ». L’étude de Sacks et al. (2009) , montre que la perte de poids obtenue par un régime amaigrissant est indépendante du type de recommandation diététique et uniquement dépendante de l’intensité de la réduction calorique. Les études de Anderson et al. (2001) et de Phelan et al. (2003) , montrent que les pertes de poids obtenues par ce type de régime ne sont pas durables et que plus de 90% des personnes reprennent le poids perdu sur des périodes d’évaluation allant de 2 à 5 ans.

Le rapport met aussi clairement en évidence les conséquences des efforts d’amaigrissement consistant à modifier la nature et la quantité d’aliments consommés, c'est-à-dire les effets de la restriction cognitive. Les troubles du comportement alimentaire, la baisse à terme de l’estime de soi, les effets dépressogènes, la prise de poids à terme, pour les adultes comme pour les enfants, sont détaillés, en s’appuyant sur les nombreux travaux sur la question.
Or les régimes équilibrés induisent tout autant la restriction cognitive que les autres formes de régimes. Les conseils nutritionnels visant à instituer un contrôle pondéral — ou compris dans ce sens par le grand public — préconisant de manger moins gras et moins sucré, induisent eux aussi la restriction cognitive et devraient avoir des effets similaires.
Le rapport le dit d’ailleurs en toutes lettres : « Au final, la "solution" diététique aggrave souvent le "problème" pondéral. » (p 68), et « L’abandon de la "solution régime" s’impose dès lors que l’on accepte de reconnaître que les possibilités de perte de poids sont à la fois limitées et variables selon les individus, et que c’est le changement en profondeur du comportement alimentaire qui permettra l’équilibre durable des nutriments et non l’inverse. » (p 67).

Dans sa conclusion, le rapport établit que « la prise en charge d’une demande d’amaigrissement nécessite un accompagnement médical spécialisé », qu’il est déconseillé de chercher à maigrir lorsqu’on ne présente pas d’excès de poids, et qu’en cas d’excès de poids ou d’obésité, la prise en charge doit permettre une évaluation des différents facteurs de cette maladie multifactorielle et proposer une démarche interdisciplinaire.

Il n’est cependant pas dit clairement que selon les travaux des experts eux-mêmes, et dans la majorité des cas, il serait nécessaire de conclure à l’abandon des « solutions diététiques », y compris des régimes amaigrissants équilibrés.

Il n’est pas non plus dit sur quelles bases pourraient s’appuyer ce type de prise en charge spécialisé et interdisciplinaire, dès lors qu’on proscrit l’approche diététique.
Certes, ce rapport est destiné à évaluer les régimes amaigrissants et non à proposer des solutions aux problèmes des obèses, mais dès lors que cette question est abordée dans la conclusion, il est dans l’intérêt des patients souffrant de surpoids et d’obésité que la réponse soit en cohérence avec le rapport qui précède.

Notre association souhaite donc que les rapporteurs tirent les conséquences de leurs travaux et expriment plus clairement la condamnation de toutes les catégories de régimes amaigrissants en incluant nommément les régimes dits équilibrés. Compte tenu des connaissances actuelles, il nous semble qu’il y aurait grand danger à maintenir le public dans l’ignorance de l’intégralité des conclusions auxquelles aboutit le rapport. Il y va également de la crédibilité du corps médical dans son ensemble.
Certains conseils nutritionnels, certains slogans utilisés par le Programme national nutrition santé peuvent être compris comme des moyens de contrôle du poids, en particulier les slogans exprimés sous forme négative. Le PNNS peut dès lors être assimilé à une méthode de contrôle pondéral. Nous demandons que ce type de conseil soit écarté et que le PNNS se recentre sur ce qui devrait être son unique objectif : la bonne santé physique et mentale.

Si la pratique des régimes amaigrissants et les conseils nutritionnels sont des réponses inadéquates à la question de l’obésité, il reste à définir quelles seraient des réponses appropriées. Différentes approches, biopsychosensorielles, les thérapies cognitivo-comportementales et leur volet de thérapie émotionnelle, les approches psychodynamique et corporelle, peuvent représenter une alternative aux méthodes diététiques. Ces approches, qui s’inscrivent dans ce que le rapport nomme une prise en charge interdisciplinaire, sont désormais utilisées en pratique quotidienne par des soignants en nombre grandissant, tant en France qu’à l’étranger, et font l’objet d’une formation, en particulier dans le cadre de notre association. Nous souhaitons que les moyens permettant de les évaluer scientifiquement soient mis en œuvre.

Notre association reste à la disposition du groupe de travail sur les régimes amaigrissants et souhaiterait être associée aux réflexions sur ces sujets.
Nous vous prions, messieurs, de bien vouloir agréer l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Paris, le 23 décembre 2010

Dr G. Apfeldorfer, psychiatre, Président d’Honneur du GROS
Dr J.-P. Zermati, nutritionniste, Président d’Honneur du GROS
Dr B. Waysfeld, psychiatre, nutritionniste, Président du GROS

 


Télécharger le rapport complet de l'Anses

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