Lundi 22 octobre 2018

Portrait de Sylvie BENKEMOUN
Entre autonomie et interdit : comment lutter contre l'obésité ?

Date: 
Mardi, 13 février, 2018

Institut Diderot 13.02.2018 : « Entre autonomie et interdit : comment lutter contre l’obésité ? »

L’institut Diderot, créé en 2009 est destiné à promouvoir une réflexion prospective et multidisciplinaire des grandes questions sociétales sur la base de travaux d’experts.

www.institutdiderot.fr

Il contribue à nourrir le débat par ses publications (carnets, analyses, notes, rapports et sondages) et les rencontres organisées avec le concours de grands leaders politiques, économiques et représentants de la société civile.

Le sujet, débattu au cours du petit déjeuner, doit évoquer les aspects sociologiques et sociétaux de l’obésité (et non les problèmes médicaux).

Pour la ministre de la santé, Agnès Buzyn, la prévention de l’obésité est l’un des sujets prioritaires à prendre en charge. La notion de médecine de parcours pour les maladies chroniques évoque la nécessité d’une approche multidisciplinaire en harmonisant prises en charge publiques et privées, dans un changement de paradigme à envisager.

Intervention de Nicolas BOUZOU (Economiste, directeur du cabinet de conseil Astères et co-fondateur du cercle Bélem)

Un constat d’échec des politiques publiques en matière d’obésité nourrit sa réflexion et ses propositions.

Il trouve que c’est un sujet sous investi intellectuellement car peu facile. Le même débat peut être mené dans n’importe quel pays.

Il évoque la question des coûts, si présente actuellement, en activant les propositions de prévention.

Les coûts évalués pour l’obésité atteignent 13 milliards d’euros/an (10 milliards d’euros en traitements et 3 milliards évalués en perte de productivité)

Le coût lié au tabagisme est de 27 milliards d’euros/an, lié à l’alcoolisme 15 milliards d’euros/an.

Pour cet économiste la question de la prévention est prépondérante. Il trouve les programmes insuffisants avec un problème de coordination des soins qui ne progresse pas depuis 15 ans.

Il propose de petites incitations pouvant faire levier (comme favoriser l’utilisation des escaliers plutôt que celle des ascenseurs par un fléchage incitatif).

Ses interventions valorisent la façon « classique » de considérer l’obésité par ses marqueurs alimentaires et par des incitations à bouger davantage.

Alain Coulomb (Président de coopération santé – Ancien directeur Général de la Haute Autorité de Santé (HAS)

Il débute son exposé de façon humoristique en évoquant son obésité, ses régimes et son poids yoyo s’adressant à Nicolas Bouzou il lui dit « vous êtes concerné », « je suis impliqué ».

Cela conduit à une appréhension différente de la question et des solutions proposées.

Il évoque le système de santé actuel produit pour prendre en charge les pathologies aigües alors que les pathologies chroniques se développent et constituent 66% des dépenses de santé.

La notion de parcours de soins prend toute sa signification actuellement.

Quelques chiffres

Dépenses les plus lourdes

  • Cancers                                 15 milliards d’euros
  • Maladies cardio-vasculaires 15 milliards d’euros
  • Santé mentale                       22 milliards d’euros

600 000décès/an

  • 150 000 cancers
  • 150 000 problèmes cardio-vasculaires
  •  38 000 problèmes respiratoires

L’obésité est présente dans les principales pathologies.

Il rappelle les 3 niveaux de prévention sur lesquels agir

  • Prévention primaire qui s’adresse aux modes de vie et à l’environnement
  • Prévention secondaire ou dépistage

Agir le plus tôt possible (école, entreprise, système de santé)

  • Prévention tertiaire ou traitement

Système de soins, centres hospitaliers

Les messages contradictoires constituent des obstacles. Ils sont de plus trop simplistes « y’a qu’a », trop généraux ou non pertinents.

« S’il suffisait de manger différemment et de bouger »…

La formation est insuffisante ou inexistante.

Manque d’approche interdisciplinaire, ce qui est une nécessité essentielle pour la prise en charge de l’obésité.

Le modèle biomédical reste dominant.

Nécessité d’un modèle plus humain pour la médecine de soins chroniques.

La personne obèse est malheureuse d’échouer dans ses tentatives d’amaigrissement.

Les représentations mentales sont très importantes.

Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre, en guise de conclusion, les préconisations du GROS en matière de santé publique. L’intervenant proposant d’harmoniser ces préconisations et la politique de santé publique liée à l’obésité, actuelle.

Rappel de ces préconisations

Propositions du GROS pour une politique de santé publique en matière d'obésité (2006)

LUTTER CONTRE LES FACTEURS DE DÉRÉGULATION : 6 MESURES DE SANTÉ PUBLIQUE

1. Lutter contre la discrimination et la stigmatisation des obèses

2. Lutter contre la diabolisation des aliments

3. Promouvoir une information et une éducation nutritionnelle rassurantes

4. Démédicaliser l'alimentation

5. Lutter contre l'hégémonie de la minceur

6. Moraliser les pratiques médicales et le commerce de l'amaigrissement

PROMOUVOIR LES FACTEURS DE RÉGULATION : 4 MESURES DE SANTÉ PUBLIQUE

7. Promouvoir des conditions de restauration propices à la régulation

8. Promouvoir une éducation alimentaire

9. Valoriser la diversité de cultures alimentaires

10. Promouvoir la réconciliation avec son corps

Ces exposés ont été suivis d’un débat

Monique Romon

La prévention c’est aussi apprendre à stabiliser son poids (1er objectif insuffisamment évoqué)

Professeur Arnaud Basdevant

Revient sur la notion d’échec des politiques publiques, évoquée dans les présentations.

Il parle plutôt de difficulté des politiques publiques et évoque la mise en place d’un maillage territorial exceptionnel.

Il note également qu’il faut 10 à 50 ans pour devenir obèse. Il existe une phase où l’on ne voit rien.

L’aspect dynamique de l’obésité est crucial sur cette question. Il faudrait une vision plus globale et dynamique.

Pour lui, il n’y a pas à faire de distinction entre préventif et curatif.

Le modèle serait une politique de petits pas dans de nombreux domaines (flore intestinale, pollution, aussi importantes que l’alimentation).

Au cours des présentations il a été question de l’essor très important de la chirurgie bariatrique considéré comme un scandale. Le professeur Basdevant réfute cette qualification en notant que le taux d’interventions en France est le même que celui des pays avancés, pas plus.

Une intervention revient sur la notion de plaisir.

Il faut dire aux gens ce qui va leur faire du bien et pas ce qui va leur faire du mal (exercice physique par exemple).

Quelques interventions supplémentaires vont dans le sens que nous connaissons.

Les enfants qui doivent éduquer les parents etc…

J’ai eu la chance de conclure en reprenant les préconisations du GROS en matière de santé publique, proposées en 2006 .

Pour un débat qui se voulait sociologique et sociétal il manquait quelques considérations de terrain que j’ai pu exprimer avec des retours positifs.

Un dossier sera publié et alimentera ces synthèses à consulter pour information.

Je ne doute pas qu’un tel sujet suscitera les intérêts et une curiosité légitime, et pourquoi pas des idées nouvelles, c’était le but de cette rencontre.

Sylvie Benkemoun

Vice présidente du GROS

  • Écrit le 17/02/18 10:01, par
  • Dernière mise à jour: 17/02/18 10:02
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