Jeudi 25 avril 2019

Portrait de Florence URBAIN
Emotions à lire et à écouter

Le GROS vous informe de la parution du mensuel Cerveau et Psycho (de juin 2017) intitulé « Comment bien utiliser ses émotions ? » qui développe la notion d’intelligence émotionnelle, en lien avec l’émission « La tête au carré » diffusée sur France Inter ce vendredi 24 mai 2017.

La magazine Cerveau et Psycho définit ainsi l'intelligence émotionnelle : « elle correspond à la façon dont nous identifions, comprenons, exprimons et écoutons, régulons et utilisons nos propres émotions, ainsi que celles des autres ». Ce magazine montre que développer ces cinq compétences favorise tant notre bien-être psychologique et notre santé physique que la qualité de nos relations sociales et notre réussite professionnelle.

L’émission La Tête au carré rappelle les travaux du célèbre neurologue Antonio Damasio : « il a notamment démontré que les émotions participent à la prise de décision et que sans émotion, on ne peut pas prendre de décision rationnelle. », nous informe Sébastien Bohler, rédacteur en chef de Cerveau et Psycho, qui participe à l’émission. En effet, dans les années 1990, certaines de ses recherches se sont intéressées aux personnes atteintes d’une lésion cérébrale au niveau du cortex préfrontal vétromédian ; cette lésion les empêche de ressentir et donc d’identifier leurs propres émotions. Damasio a montré que ces personnes prennent alors des décisions inadaptées voire absurdes dans leur quotidien. Ainsi, pour optimiser nos prises de décisions, il est utile de pouvoir discerner ce qui se passe au niveau de nos propres émotions.

Par la suite, des études ont comparé les différentes formes d’intelligence et démontré que l’intelligence émotionnelle est au moins aussi importante que l’intelligence basée sur le quotient intellectuel. « Désormais, les scientifiques savent comment faire pour améliorer notre intelligence émotionnelle et depuis un peu plus d’un an, ils sont même capables d’observer où cette intelligence émotionnelle se manifeste au niveau neuronal, comment elle s’articule, et comment on peut la mesurer » apprenons-nous dans cette émission.

Comme l’explique Sébastien Bohler, « développer l’intelligence émotionnelle pour mieux réguler ses émotions se fait en plusieurs étapes : identifier ses émotions, en comprendre la cause et prendre une décision en accord avec nos valeurs et le contexte dans lequel on se trouve. »

Identifier ses émotions :

« Mettre une distance entre ses émotions et ses comportements, en faisant un pas de côté, permet d’avoir suffisamment de recul et de nommer son émotion. »

Les praticiens du GROS constatent comme il est souvent difficile pour les patients qui, pour la plupart, n’aiment leur corps et sont comme distanciés ou coupés de leur corps, de mettre des mots sur leurs émotions. D’ailleurs, sans forcément parler d’alexithymie, près de 50% des individus, dans la population générale, éprouvent des difficultés à identifier ce qu’ils ressentent exactement.

Julien Bernard, qui s’intéresse particulièrement à la sociologie du corps et des émotions, ajoute que : « savoir identifier et nommer les émotions ne s’improvise pas, que c’est un travail collectif (et pas seulement individuel) qui s’apprend : il y a une socialisation des émotions, l’identification des émotions passe aussi par le rôle éducatif des parents, des enseignants. »

Les praticiens du GROS peuvent aussi s’entraîner, et entraîner leurs patients, à développer cette compétence d’identification des émotions en augmentant leur vocabulaire émotionnel car plus on dispose de mots pour identifier avec précision ce que l’on éprouve, plus il est possible de réagir de manière pertinente à ses émotions.

Comprendre l’utilité des émotions :

« Une émotion est un message que notre corps nous adresse, il nous faut comprendre ce message. ».

Identifier ses émotions aide à comprendre leur origine. En effet, les émotions reflètent souvent l’état de satisfaction de nos besoins. Dans notre pratique au GROS, le carnet émotionnel peut aider les patients (et même les praticiens) à faire les liens entre émotions et besoins : par exemple, la tristesse peut révéler un besoin d’amour et d’affection, la honte peut être liée à un besoin d’affiliation au groupe, ou encore la peur peut résulter d’un besoin de sécurité. Ressentir des émotions désagréables est donc utile pour nous informer que nos besoins ne sont pas satisfaits. C’est grâce à cette prise de conscience que nous pouvons agir et tenter d’en prendre soin.

Prendre une décision en accord avec ses valeurs et le contexte dans lequel on se trouve :

« Prendre quelques secondes, non pas pour réagir impulsivement [à l’émotion], mais au contraire pour prendre une décision [adaptée] et changer la situation [quand elle est réversible]. »

Ce temps est nécessaire pour que cette décision soit plus adéquate, en se gardant la possibilité d’exprimer ou non son émotion. En effet, dans certaines situations, exprimer ses émotions se révèle parfois contre-productif. En fait, il semble plutôt préférable de déterminer comment communiquer ses émotions de manière efficace grâce, par exemple, aux techniques d’affirmation de soi qui prennent en compte à la fois ses propres émotions et celles de l’autre.

« Quand on ne peut pas changer la situation, on peut aussi essayer de réguler le ressenti lui-même, c’est-à-dire accepter son émotion. »

Lorsque l‘émotion arrive, il est utile d’en faire le constat et nécessaire de se rappeler qu’une émotion dure à peine quelques minutes puis que son intensité diminue, pour ensuite l’accueillir avec bienveillance et sans chercher à s’en débarrasser.

Cependant, bien que la régulation émotionnelle soit une compétence fondamentale pour notre vie sociale et cruciale pour notre santé, nos pratiques, au GROS, nous montrent à quel point il est inconfortable d’accepter ses émotions désagréables. La plupart des patients venant nous consulter éprouvent des difficultés, non pas parce qu’ils vivent des émotions désagréables qui, quoiqu’il en soit, sont inévitables, mais parce qu’ils essayent désespérément de s’en débarrasser ou de les atténuer. Pour éviter à tout prix de ressentir l’anxiété et rester du mieux possible dans leur zone de confort, ils mettent en place des stratégies d’évitement émotionnel qui peuvent être assez efficaces à court terme (ex : manger pour calmer sa colère, réduire son anxiété, apaiser sa honte, se réconforter, etc.) mais qui entraînent souvent des problèmes délétères à long terme, avec l’installation du surpoids et/ou des troubles du comportement alimentaire.

Pour conclure, en faisant référence aux soignants ou thérapeutes qui, « au fil des suivis, ont de plus en plus de difficultés à s’exposer à la fontaine brute des émotions », les intervenants expliquent que « cela demande une préparation mentale et émotionnelle que n’ont pas tous les spécialistes en santé et qui devrait être inscrite dans les formations. » Dans l’approche du GROS, la 3ème vague des TCC nous est très utile, que ce soit pour les patients ou pour nous-mêmes praticiens, face aux flux d’émotions liées aux situations vécues par les patients et/ou émergeant en consultation. La méditation en pleine conscience, la thérapie d’acceptation et d’engagement ou encore la psychologie positive contribuent à développer la capacité à utiliser les émotions comme des guides pour orienter ses choix, en harmonie avec ses grandes aspirations (valeurs).

Florence Urbain

Pour écouter l’émission La Tête au carré : https://www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-24-mai-2017

Pour lire le dossier dans Cerveau et Psycho : http://www.cerveauetpsycho.fr/ewb_pages/e/espace-numerique-detail.php?art_id=38466&num=89

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