Mercredi 24 juillet 2019

Dimensions sociales de la stigmatisation

La stigmatisation a été décrite par Erwing Goffman comme un processus de discréditation qui touche un individu considéré comme «anormal», «déviant». Il devient alors réduit à cette caractéristique dans le regard des autres.
Cette «étiquette» justifie une série de discriminations sociales, voire d’exclusion. Le stigmatisé se construit alors en fonction de ces rejets en développant une dépréciation personnelle altérant l’image de soi et légitimant ces jugements négatifs de façon irréversible le plus souvent.

Erwing Goffman n’a pas lui-même étudié la stigmatisation des obèses. C’est à W. Cahnman que nous devons cette première définition. «Par stigmatisation, nous signifions le rejet et la disgrâce qui sont associés à ce qui est vu (l’obésité) comme une déformation physique et une aberration comportementale» (Cahnman, 1968).

De nombreux auteurs ont envisagé l’impact social de la stigmatisation en montrant comment un certain nombre d’attitudes négatives à l’égard des sujets obèses peuvent se transformer en véritables discriminations.
Des liens statistiquement significatifs ont été démontrés entre l’obésité et :

  • l’accès à l’enseignement supérieur (Canning et Mayer, 1966),
  • l’accès à l’emploi (Matusewich, 1983, Benson et coll, 1980),
  • le niveau de revenus (McClean et Moon, 1980),
  • la promotion professionnelle (Hinkle et coll, 1968),
  • la vie domestique (Karris, 1977, Myers et Rosen, 1999).

Ce jugement apparaît de façon très précoce. Les enfants, dès l’âge de trois ans, portent des jugements stigmatisants. (Cramer et Steinwert, 1998). Les études de Jean-Pierre Poulain confirment ces résultats, ainsi que celles de Jean-François Amadieu sur les discriminations dans l’emploi.

Ces attitudes négatives sont largement représentées même au sein du corps médical :

De nombreuses études américaines valident le processus de stigmatisation de la part du personnel médical et paramédical au sein des institutions de santé (Maddox et coll., 1968 ; Price et coll., 1987 ; Najman et Munro, 1982 ; Myers et Rosen, 1999), ou encore chez les étudiants en médecine (Blumberg et Mellis, 1985). De nombreux témoignages concernant cette situation dans notre pays confirment cette orientation, quoiqu'un changement semble se dessiner existe depuis quelques années.
Le discours épidémiologique dominant, qui labellise l’obésité en la considérant comme une déviance, encourage a stigmatisation de façon indirecte, mais importante. Le discours de prévention, aussi bien intentionné soit-il, est massivement repris par les médias qui servent de chambre d'écho. On distille en permanence la peur des facteurs de risque liés à l’obésité, on valorise dans le même temps les images de minceur et de maigreur et on présente l’obésité de façon strictement négative.

  • Dernière mise à jour: 19/11/15 16:54
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