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La restriction cognitive face à l'obésité. Histoire des idées, description clinique.
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Gérard APFELDORFER , Jean-Philippe ZERMATI. La restriction cognitive face à l'obésité, histoire des idées, description clinique. La Presse Médicale, 2001, 30, 32, 1575-1580
© Masson Editeur
Article paru dans La Presse Médicale, mis sur le net avec l'aimable autorisation de La Presse Médicale, éditions Masson.
La prise en charge des obésités et des surcharges pondérales modérées est aujourdhui lobjet de controverses. En 1959, létude de Stunkard et McLaren-Hume navait trouvé que 5% des personnes qui parvenaient à perdre du poids sans le reprendre après un traitement amaigrissant. Les résultats plus récents sont à peine meilleurs, quil sagisse de prescriptions diététiques ou de thérapies cognitivo-comportementales. La majorité de ces auteurs saccordent sur le fait que 90% des personnes qui perdent du poids le reprennent entre 2 et 5 ans, et les plus optimistes parlent de 75 à 80 % de rechutes " seulement "
Plus grave encore, les prescriptions diététiques, voire les conseils dhygiène alimentaire en vue de perdre du poids, sont accusés dêtre iatrogènes et dentraîner, ou au minimum daggraver, différents troubles du comportement alimentaire et dautres troubles psychopathologiques. La théorie de la restriction cognitive est la théorie explicative la plus élaborée pour expliquer à la fois léchec des méthodes amaigrissantes classiques et les problèmes engendrés par leur généralisation à une grande partie de la population occidentale.
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La théorie psychogène de l'obésité
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I - La théorie psychogène de lobésité
Un rappel de lévolution des idées concernant la psychopathologie de lobésité permettra de mieux comprendre la polémique et les enjeux actuels. Dès les années 1930, mais essentiellement au cours des décennies 1960 et 1970, différents auteurs ont proposé des théories fondées sur lidée que de nombreuses obésités étaient dues à une surconsommation daliments, elle-même engendrée par certaines caractéristiques psychologiques propres aux obèses.
La théorie psychanalytique de la fixation-régression au stade oral permet dexpliquer les comportements davidité, mais aussi de passivité, de dépendance, les tendances dichotomiques et manichéennes des personnes en demande damaigrissement. Hilde Bruch attribue les troubles du comportement alimentaire des obèses à une non reconnaissance et une confusion des émotions, installées au cours de la prime enfance par une mère gavante. Pour lécole psychosomatique française de Marty, M'Uzan et David, en 1963 , les sujets qui présentent des troubles du comportement alimentaire ainsi que les obèses sont caractérisés par une pensée opératoire, dépourvue d'insight, que les américains Nemiah et Sifneos, en 1970, baptisent alexithymie.
À la même époque, deux chercheurs américains, Schachter et Rodin proposent une théorie concurrente, la théorie de lexternalité. Le comportement alimentaire de certaines personnes ne serait pas régulé par des critères internes de faim et de rassasiement, mais par des critères externes. Ces personnes, hypersensibles aux stimuli externes, deviendraient surconsommatrices lorsquelles se trouveraient placées dans une environnement riche en signaux alimentaires appétents.
Mais les études menées sur des échantillonnages de population générale ne parviennent pas à faire émerger de caractéristique propre aux obèses : ceux-ci ne sont pas plus névrotiques, ou anxieux, ou dépressifs que les normopondéraux et nont pas de profil de personnalité caractérisable. Dès lors, les théories psychogènes de lobésité tombent peu à peu en désuétude.
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Les conséquences psychopathologiques des efforts d'amaigrissement
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II - Les conséquences psychopathologiques des efforts damaigrissement
Pourtant, tout médecin ayant lhabitude de prendre en charge des patients obèses ne peut guère nier que ceux-ci présentent divers aspects psychopathologiques particuliers. La théorie de Nisbett propose une première explication du phénomène : les caractéristiques psychologiques relevées ne seraient pas un trait caractériel des obèses, mais seraient dues au fait que bon nombre de personnes en surpoids tentent de rester en dessous de leur poids déquilibre (set-point) et sont obligées pour cela de se restreindre sur le plan alimentaire. On retrouverait alors chez elles les comportements et états mentaux des personnes en état de privation alimentaire : focalisation sur la nourriture, difficultés de concentration, distractibilité, irritabilité et hyperémotivité.
Selon la théorie de Nisbett, les individus cherchant à maigrir luttent contre des mécanismes de régulation de type biologique. Pour Herman et Polivy le processus est avant tout dordre cognitif : les individus en restriction cognitive simposent des limites rigides pour réguler leurs prises alimentaires, déterminées par des règles et des croyances concernant les aliments et quantités permis ; ces comportements prennent le pas sur les mécanismes de régulation physiologiques. Quand, pour une raison variable, la limite est transgressée, lindividu perd le contrôle de son comportement alimentaire et mange jusquà se sentir mal. Ce ne sont pas seulement les obèses qui sont en état de restriction alimentaire, mais aussi un certain nombre de personnes de poids normal.
Lexpérience princeps de Herman et Mack , en 1975, mérite dêtre décrite : on donne aux sujets de lexpérience un repas constitué de crèmes glacées sans limitation de quantité, précédé ou non dun ou deux milk-shakes. Les individus ayant une régulation alimentaire satisfaisante mangent moins au repas après avoir consommé deux milk-shakes. Mais dautres personnes réagissent différemment : elles mangent davantage après deux milk-shakes. Ces personnes, qui sont en restriction cognitive, présentent donc un phénomène dinversion de la régulation alimentaire (counter-regulation). Elles le justifient par le fait quayant désobéi à leurs interdits, il ne sert plus à rien de se restreindre : cest leffet de transgression de linterdit ou abstinence violation effect.
La perte de contrôle alimentaire nest pas due à un mécanisme biologique, mais à des facteurs cognitifs : la désinhibition est tributaire des croyances concernant les valeurs caloriques des aliments et non pas de leur valeur calorique réelle. Ainsi une précharge à faible contenu calorique mais présentée comme hypercalorique provoque la désinhibition. En pratique, labandon du contrôle est généralement déclenché par des événements stressants, des émotions, de lanxiété, de lalcool, tout malaise physique ou psychologique.
Polivy et Herman en viennent à définir la pratique des régimes comme " le fait de remplacer un comportement alimentaire régulé par des critères internes, par des comportements alimentaires planifiés et déterminés selon des critères cognitifs, ou des comportements alimentaires modelés sur des régimes définis, ou encore une restriction alimentaire globale. "
Heatherton et Baumeister sont dans la même lignée : ils considèrent que le comportement boulimique chez le sujet en restriction alimentaire est un comportement déchappement à la conscience de soi. La focalisation sur des sensations immédiates et non distanciées permet temporairement déchapper à la conscience douloureuse de lincapacité à vivre selon des standards élevés.
Citons encore le modèle de Lowe qui réalise une synthèse de plusieurs modèles précédents. Dans ce modèle, cest la succession des amaigrissements et des reprises pondérales qui entraîne les diverses anomalies décrites par Herman et Polivy sous le nom de restriction cognitive. Lindividu en restriction cognitive ne ressent pas de faim ou de satiété nette et se situe dans une " zone dindifférence biologique ". Hypersensible aux facteurs extérieurs, émotionnels et sociaux, il mange en fonction de lenvironnement, ou en se guidant sur des croyances (" comment et combien on doit manger ") ou sur lattente supposée des personnes qui lentourent. Ainsi, il mange davantage après un prérepas parce quil induit de la situation expérimentale que cest ce que les expérimentateurs attendent de lui. Les expériences de restriction cognitive mesureraient donc surtout la compliance à lexpérience de sujets hypersensibles aux signaux externes.
Lorsquil se décide à suivre un régime, lindividu devient temporairement moins vulnérable aux facteurs extérieurs de désinhibition du comportement alimentaire, mais est confronté à des envies de manger dues à des facteurs biologiques (faim) et psychologiques (pensée dichotomique) entraînés par la déprivation alimentaire. Sil échoue dans son régime et reprend du poids, il redevient un restreint ; si au contraire il réussit, il devient un contrôleur aminci, contrôlant son appétit et témoignant dun dégoût pour le sucré.
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Sémiologie de la restriction cognitive
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III Sémiologie de la restriction cognitive
Nous proposons dans cet article une description clinique détaillée de la restriction cognitive. En premier lieu, il ne sagit pas dun état stable, mais de deux états alternant entre eux avec une périodicité variable. Le premier état se caractérise par un hypercontrôle au cours duquel le sujet inhibe ses sensations alimentaires et maîtrise son comportement alimentaire. Le second consiste en un état de désinhibition et de perte de contrôle, prenant la forme daccès hyperphagiques, de compulsions ou de crises boulimiques.
1 - Létat dinhibition sans perte de contrôle.
On peut distinguer deux phases dans létat dinhibition sans perte de contrôle : la phase volontariste et la phase inconsciente.
a) La phase volontariste
Cette première phase, que nous appellerons " phase volontariste ", est dominée par des cognitions. Au cours de celle-ci, lindividu renonce délibérément à écouter ses sensations alimentaires de faim et de satiété pour sen remettre à des règles devant permettre de contrôler le poids. Les règles générales les plus fréquemment évoquées aujourdhui par les patients sont celles prônées par les professionnels de santé et reprises par les différents médias : il faut faire des repas équilibrés ; il faut faire trois repas par jour et surtout ne pas en sauter ; il faut manger copieusement le matin et alléger le repas du soir ; il faut manger beaucoup de certains aliments qui ne font pas grossir et éviter tous ceux qui font grossir.
Lapplication de règles alimentaires rigides conduit à un comportement alimentaire en décalage avec les systèmes physiologiques de régulation de la prise alimentaire. La faim, les appétits spécifiques et le rassasiement ne sont plus pris en compte et ne guident plus les prises alimentaires. Lindividu lutte contre ses envies de manger et doit leur opposer différentes stratégies afin de ne pas y céder.
Il peut pour cela : 1) proscrire partiellement ou totalement certains aliments considérés comme " grossissants " ; 2) développer un système de gestion des " écarts " alimentaires, selon un système de punition-récompense ; 3) mettre en place des stratégies dévitement des situations dans lesquelles il existerait un risque de perte de contrôle ou de transgression des règles amaigrissantes, par exemple des repas socialisés, ce qui peut conduire à une marginalisation ou une désocialisation.
Linstallation dun régime organisé, définissant précisément ce que lon doit manger et ce qui est interdit, avec ou sans laide dun professionnel de santé, apparaît comme un processus de renforcement des stratégies de contrôle et de mise en place de mécanismes de défense permettant de maintenir lhypercontrôle nécessaire au projet damaigrissement.
Citons, parmi les mécanismes de défense non encore cités : 1) lidentification à un gourou amaigrisseur ou à certains de ses adeptes qui sont parvenus à maigrir, ce qui favorise le déni des sensations de faim et des envies de manger ; 2) le déni de la privation et linstitution de tabous alimentaires, qui consistent à déclarer les aliments interdits non comestibles (on nen est donc pas privé et on peut déclarer quon a accès à tous les aliments comestibles sans limitation) ; 3) les rituels et pratiques fétichistes (consommation ritualisée de certains aliments, médications ou appareillages amaigrissants fétichisés, pesée ritualisée, participation à des groupes dentraide, appel à Dieu) ; 4) la rigidification et lobessionnalisation du comportement alimentaire.
b) La phase inconsciente
La phase volontariste de létat dinhibition sans perte de contrôle consiste en une lutte identifiée par lindividu. Dans cette seconde phase de létat dhypercontrôle, que nous nommerons " phase inconsciente ", les sensations alimentaires de faim, de rassasiement et de satiété sont brouillées et le comportement alimentaire est gouverné par des processus cognitifs inconscients et des émotions. Les processus cognitifs incitent la personne, à son insu, à manger au-delà de sa faim et viennent se substituer à ses sensations alimentaires. Ils pourraient être exprimés de la manière suivante :
" Si je mange beaucoup daliments autorisés, je naurai pas envie des aliments interdits ". Il sagit dun processus cognitif fréquemment rencontré, qui conduit à la surconsommation daliments " autorisés ".
" Si je consomme un aliment interdit, je dois en manger beaucoup car je ny aurai plus droit ensuite ", ou " si je ne mange pas tel aliment au moment où il est à ma disposition, je nen aurai plus jamais par la suite " sont des processus cognitifs courants eux aussi, aboutissant à la mise en place dune situation de pénurie artificielle que le sujet anticipe, le conduisant ainsi à la surconsommation daliments " interdits ".
Les émotions induites par les cognitions et les processus cognitifs incitent également à surconsommer en venant brouiller la perception des sensations alimentaires. Le mangeur finit par organiser son comportement alimentaire autour de la peur de manquer, du couple frustration-culpabilité et du trouble du réconfort.
La peur de manquer est constamment présente. Elle se manifeste par la peur de la faim, la peur de succomber à ses envies daliments autorisés, la peur de manquer des aliments interdits et la peur de la disparition des aliments :
Lindividu surconsomme les aliments " autorisés " au cours des repas par crainte de transgresser les règles amaigrissantes quil simpose. Il mange ainsi en excès afin de ne pas succomber à ses envies daliments " interdits " ou à la faim qui pourrait survenir entre les repas et ainsi ne pas sexposer aux pertes de contrôle quil redoute. Les peurs engendrées par les processus cognitifs prennent le pas sur les sensations de rassasiement et de satiété. Le sujet ne mange plus en fonction de ces dernières, mais pour se rassurer et perd ainsi la capacité de percevoir correctement ses seuils de rassasiement.
Enfin, bien des mangeurs restreints éprouvent de grandes difficultés à laisser de la nourriture dans leur assiette alors même quils ont conscience de ne plus avoir faim. Lorsquils consomment des aliments interdits, ils se comportent comme sils les mangeaient pour la dernière fois.
Dans certains cas, la peur de la faim prend les caractéristiques dun état phobique pouvant déboucher sur des attaques de panique. Les symptômes de nervosité, de sueurs, de tremblements, de tachycardie, de malaise général, de peur de perdre connaissance sont parfois interprétés à tort comme hypoglycémies fonctionnelles. Des conseils nutritionnels incitant le patient à manger avant davoir faim jouent alors le rôle de renforçateurs de lanxiété phobique.
Le couple frustration-culpabilité est un dérégulateur puissant des mécanismes de régulation. La lutte permanente du sujet contre ses envies de manger provoque une frustration gonflant comme une vague qui viendra ensuite éclater dans une compulsion dautant plus bruyante que la frustration aura été longue et péniblement vécue. Le rattrapage calorique nest pas proportionnel au déficit dû à la restriction préalable. À lopposé, la culpabilité conduit le mangeur restreint à tenter de surcompenser ses écarts alimentaires par une privation exagérée, sans rapport avec la régulation physiologique exigée par lorganisme, mais davantage proportionnelle à lintensité de la culpablité ressentie.
Le trouble du réconfort dénature profondément la relation affective du mangeur avec sa nourriture. On considère habituellement que les individus obèses mangent en excès parce quils viennent puiser dans les aliments une forme de réconfort. Il se pourrait, au contraire, que lanomalie ne réside pas dans le fait de chercher à se réconforter en mangeant, mais dans lincapacité à y parvenir. Des travaux ont pu démontrer chez lanimal, aussi bien que chez lhumain, que les prises alimentaires constituaient une réponse ordinaire au stress.
La restriction cognitive empêche que la prise alimentaire soit réconfortante dans la mesure où le mangeur ne peut penser du bien daliments quil juge néfaste au contrôle de son poids, voire à son état de santé. Il est donc conduit à poursuivre vainement sa consommation à la recherche dun réconfort quil pressent sans jamais pouvoir lobtenir.
2 - Létat de désinhibition ou de perte de contrôle
Quoique dans certains cas, et durant une période de temps variable, létat de restriction cognitive se résume à la phase dhypercontrôle, dans la plupart des cas, on assiste à une alternance avec un état de désinhibition et de perte de contrôle. Ces pertes de contrôle sont habituellement considérées comme lélément prépondérant, caractéristique de la restriction cognitive, par la plupart des auteurs.
Les facteurs déclenchants sont divers : exposition à des aliments interdits, émotions et dysphorie , prise dalcool ou de médicaments, variations physiologiques, accès de fatigue, événements de vie entraînant une rupture de léquilibre psychologique de la personne.
Selon leur intensité, leur fréquence et leurs conditions de survenue, elles sont décrites comme des accès hyperphagiques, des compulsions ou des crises boulimiques, et peuvent correspondre à un diagnostic de Bulimia nervosa ou, plus fréquemment, dHyperphagie boulimique (Binge eating disorder). Nous ne reviendrons pas sur leur description clinique.
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Les relations entre le poids et la restriction cognitive
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IV - Les relations entre le poids et la restriction cognitive
Face à un tel polymorphisme sémiologique, il sera difficile de prévoir les conséquences pondérales de la restriction cognitive. Le poids du sujet apparaît comme la résultante de la fiabilité de ses sensations alimentaires et de ses capacités à résister à ses pertes de contrôle. Les individus en état de désinhibition permanent (type 1 du tableau 1) présenteront généralement un poids élevé consécutif à leur surconsommation calorique. Les individus en état dinhibition permanent ou alternant les deux états (type 2) auront un poids imprévisible. On peut ainsi envisager que certaines personnes totalement inhibées et en dehors de toute perte de contrôle soient sujettes à des surconsommations caloriques et donc à un surpoids du fait des processus cognitifs et des émotions qui auraient altéré la fiabilité de leurs sensations alimentaires. Mais on peut également concevoir quun hypercontrôle sans faille sassocie à une restriction calorique sévère et un poids bas, comme on le voit chez certains restreints chroniques ou chez les personnes anorexiques mentales. Enfin, ceux qui alternent les deux états présenteront un poids variable, évoluant parfois en yoyo, selon lintensité des réductions caloriques compensatoires quils parviendront à simposer.
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Le dilemme de l'aide à l'amaigrissement
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V - Le dilemme de laide à lamaigrissement
On constate quen quelques décennies, la compréhension des troubles psychopathologiques des personnes obèses a profondément évolué, de même que la stratégie thérapeutique qui en découle.
À lépoque où on considérait que certaines caractéristiques psychologiques pouvaient induire des obésités, il était logique de proposer un travail psychothérapique en guise de préalable, ou en parallèle à une prise en charge nutritionnelle. La théorie de lexternalité, considérant quon était externaliste par construction, soit pour des raisons génétiques, soit en raison dapprentissages précoces, orientait quant à elle vers un effort de maîtrise du cadre environnemental.
Mais si ce sont les régimes amaigrissants et la restriction cognitive quils induisent qui conduisent à lapparition ou laggravation de troubles du comportement alimentaire, à une baisse de lestime de soi, une labilité de lhumeur, des états dépressifs, une augmentation de limpulsivité, des troubles anxieux et des troubles obsessifs-compulsifs, les approches nutritionnelles et de renforcement du contrôle deviennent peu défendables.
Cette position est renforcée par la prise de conscience de linefficacité des méthodes amaigrissantes courantes sur le long terme, voire la responsabilité des régimes dans laggravation du surpoids.
Cependant, le corps médical considère de son devoir de combattre lobésité, à la fois maladie et facteur de risque. Il est aussi soumis à une demande pressante de la part des personnes en surpoids, qui en raison de la pression sociale en faveur dune esthétique du corps mince, considèrent que mincir est une condition nécessaire à leur bien-être physique et psychique. Si bien que le corps médical est placé dans une situation de névrose expérimentale, ce qui conduit à des positions bancales, voire incohérentes.
Certains auteurs sefforcent de démontrer que les alternances de pertes et de reprises pondérales naggravent pas la restriction cognitive, ne modifient par les syndromes dhyperphagie boulimique (BED), naggravent pas les états dépressifs. Dans ces conditions, pourquoi ne pas poursuivre la prescription de régimes, certes inefficaces, mais pas aussi nocifs quon laura prétendu ?
Dautres auteurs , allant plus loin, considèrent que la restriction cognitive, malgré ses inconvénients, constitue dans bien des cas la seule issue existante pour perdre du poids : il sagit alors daider le patient à devenir un meilleur contrôleur. On ne lutte pas contre la restriction cognitive, mais au contraire on la prescrit.
Dautres encore proposent de lutter contre la restriction cognitive par le moyen de conseils diététiques, sans remarquer que cest justement le fait de distinguer les " aliments grossissants " des aliments autorisés qui constitue la trame de la restriction cognitive (" Devant un patient en restriction cognitive, quil soit ou non obèse, il est inutile voire néfaste de prescrire un régime ; (
) [on encouragera] la consommation ad libitum de glucides avec des conseils portant uniquement sur la manière de diminuer lapport des graisses. "
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Pour une nouvelle stratégie thérapeutique
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VI - Pour une nouvelle stratégie thérapeutique
Il nous semble au contraire que dautres voies thérapeutiques méritent dêtre explorées, qui pourraient se révéler des solutions alternatives aux régimes amaigrissants et à la restriction cognitive.
Face à un patient en restriction cognitive, la première tâche pourrait être de lui permettre de retrouver un comportement alimentaire guidé par ses préférences alimentaires, ses systèmes de régulation physiologiques de faim et de rassasiement. Un travail de thérapie cognitive pourra être entrepris sur les distorsions cognitives et processus cognitifs dysfonctionnels décrits ci-dessus, qui aboutissent à négliger les sensations de faim et de rassasiement, et manger selon des critères externes.
Il sagira aussi de repérer les facteurs immédiats de pertes de contrôle, dentreprendre un travail de fond sur les facteurs de maintien, tels que lestime de soi ou les difficultés affectives et relationnelles. Cette approche aboutit au fait que ce nest plus le poids qui est placé au centre des préoccupations du thérapeute et bientôt de son patient, mais lamélioration dun certain nombre de facteurs aggravants, ainsi que le mieux-être général.
Le fait de manger, non plus en fonction de cognitions dysfonctionnelles, détats émotionnels, de critères environnementaux, mais en fonction de critères internes, de ses préférences alimentaires, de ses sensations de faim et de rassasiement, devrait permettre aux personnes de revenir à leur poids déquilibre (set-point), lui-même dépendant de leurs antécédents génétiques, de leur mode de vie ainsi que de leur histoire alimentaire et pondérale. Ce poids déquilibre est, objectivement, le poids souhaitable, même sil ne correspond pas à celui des tables de poids idéal ou aux critères de mode.
Ce travail sur le comportement alimentaire en vue de quitter la restriction cognitive doit dans bien des cas saccompagner dun travail psychothérapique visant à devenir apte à trouver des réponses non alimentaires à des problèmes de nature non alimentaire (émotionnels et relationnels), ainsi quà accepter et assumer son poids déquilibre.
La restriction cognitive se présente donc comme un trouble fréquemment associé aux états de surpoids et dobésité, ainsi quà divers troubles du comportement alimentaires. Lorsque cest le cas, la prise en charge de ces pathologies passe par un abord spécifique de la restriction cognitive.
La prise en charge des obésités et des surcharges pondérales modérées à laide de prescriptions diététiques ou de thérapies cognitivo-comportementales donne des résultats décevants et est accusée de favoriser différents troubles du comportement alimentaire et dautres troubles psychopathologiques. Ceci peut être expliqué à partir de la théorie de la restriction cognitive.
Après la remise en cause de lorigine psychogène de lobésité, on en est venu à considérer les troubles psychopathologiques observés chez les personnes en surpoids comme dus à leurs efforts damaigrissement. Herman et Polivy considèrent que la pratique des régimes amaigrissants induit un état de restriction cognitive, c'est-à-dire une façon de salimenter gouvernée par des croyances concernant les conséquences pondérales des choix et des modalités alimentaires, et non plus par des critères internes de faim et de rassasiement.
La personne en restriction cognitive peut être dans un état dinhibition sans perte de contrôle, ou de désinhibition avec perte de contrôle. Dans létat dinhibition sans perte de contrôle, on peut distinguer : a) une phase volontariste où lindividu renonce délibérément à écouter ses sensations alimentaires de faim et de satiété pour sen remettre à des règles devant permettre de contrôler le poids ; b) une phase inconsciente où les sensations physiologiques sont brouillées et où le comportement alimentaire est gouverné par des processus cognitifs inconscients et des émotions. Le mangeur finit par organiser son comportement alimentaire autour de la peur de manquer, du couple frustration-culpabilité et du trouble du réconfort.
Létat dinhibition alterne fréquemment avec des pertes de contrôle décrites comme des accès hyperphagiques, des compulsions ou des crises boulimiques.
Certains auteurs, confrontés à la nécessité dun amaigrissement pour leurs patients, sefforcent de défendre les méthodes restrictives malgré tout, ou considèrent que la restriction cognitive, malgré ses inconvénients, constitue la seule issue existante pour perdre du poids.
Une autre stratégie thérapeutique mérite dêtre explorée : celle consistant à aider la personne en difficulté avec son poids et son comportement alimentaire à quitter létat de restriction cognitive. Le premier objectif pourrait être de rétablir un comportement alimentaire guidé par ses préférences alimentaires, ses systèmes de régulation physiologiques de faim et de rassasiement. Cela nécessite de remettre en question les processus cognitifs dysfonctionnels, dentreprendre un travail de fond sur les facteurs de maintien, tels que lestime de soi ou les difficultés affectives et relationnelles.
Cognitive Restraint facing Obesity. Historical Development and Clinical Description
Gérard Apfeldorfer, Jean-Philippe Zermati
La Presse Médicale, 2001, 30, 32, 1575-1580
© Masson Editeur
Handling obesity and moderate overweight with dietary prescriptions or cognitive and behavioural therapies gives unsatisfying results. Such treatments are even reproached with aggravating some eating behavioural patterns, not to mention other psychopathological troubles. We believe, on the contrary, that such disappointing results and troubles may be explained by the cognitive restraint theory.
After the radical questioning of a psychogenic origin to obesity, the efforts made to lose weight have gradually been held responsible for the psychopathological troubles observed in the cases of overweight patients. Herman and Polivy thus consider that slimming diets bring about a state of cognitive restraint, i.e. a way of eating ruled by beliefs of all kinds in the various consequences on the patients weight of alimentary habits and choices, as opposed to inner criteria of hunger and satiety.
A person in a state of cognitive restraint can either experience inhibition without loss of control, or a loss both of inhibition and of control. In the former case, one can distinguish: a) a voluntarist stage in which the individual deliberately chooses not to heed his hunger and satiety sensations in order to privilege rules that are supposed to allow him/her to control his/her weight; b) an unconscious stage during which physiological sensations are blurred, and eating habits ruled by unconscious cognitive processes and emotions. The individual thus ends up organising his eating behaviour around his/her fear of lacking, the frustration/guilt doublet and troubles in the comforting pattern.
Such a state of inhibition is frequently interspersed with losses of control, described as hyperphagic or bulimic bouts and compulsive eating.
Certain authors, facing the necessity to bring down their patients weight, tend nevertheless to advocate restrictive methods, or seem to consider that in spite of the above-mentioned drawbacks, cognitive restraint remains the only extant method to lose weight.
An alternative therapeutic strategy is definitely worth exploring: one that consists precisely in helping the overweight patient to deliver him/herself from cognitive restraint. The first target could thus be to restore eating habits in conformity with personal tastes and with the patients own personal hunger and satiety physiological regulation systems. This implies a questioning of dysfunctioning cognitive processes, and a thorough investigation of upholding factors such as self-esteem or emotional and relational troubles.
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Page créée le 25 janvier 2002.
Dernière Mise à Jour le 10 juillet 2004.