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Groupe de Réflexion sur lObésité et le Surpoids
Association selon la loi de 1901 |
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Les régimes amaigrissants sont des troubles du comportement alimentaire
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Les régimes amaigrissants sont des troubles du comportement alimentaire.
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1. Définitions factuelles
Peut-on suivre un régime amaigrissant tout en conservant un comportement alimentaire normal, physiologique ? Pour répondre à cette question, nous allons tenter de préciser ce quon entend par « régime amaigrissant ».
Peut-on définir le régime amaigrissant comme un régime hypocalorique ? Certains individus ont aujourdhui des rations caloriques inférieures à 1500 calories par jour sans pour autant sastreindre à un régime, alors que dautres maigrissent avec des prescriptions énergétiques de 3000 calories par jour.
Peut-on définir le régime amaigrissant par la préconisation de certains interdits alimentaires ? En fait, les régimes modernes, si on les prend à la lettre, ninterdisent rien. Ils se contentent de recommander et de contingenter.
Serait-ce alors la frustration occasionnée qui permettrait de définir le régime amaigrissant ? Certaines personnes semblent plutôt jouir du manque et en viennent à trouver les aliments allégés plus savoureux que les aliments normaux, les poudres de protéines meilleures que les gâteaux.
Ou bien encore, devra-t-on réserver le terme de régime à des modifications de lalimentation limitées dans le temps, et parler d« hygiène de vie » lorsquil sagit de changer son mode dalimentation de façon permanente ? Cette dernière définition aurait bien sûr limmense avantage dexonérer les « programmes dalimentation équilibrée » du terme infâmant de régime amaigrissant.
2. Comportement réflexif
Ces définitions factuelles nous paraissent insatisfaisantes. Nous proposons quant à nous de considérer quun individu suit un régime amaigrissant dès lors quil exerce un contrôle dordre cognitif sur son comportement alimentaire en vue de maigrir ou de ne pas grossir.
Lindividu se nourrit alors sur un mode réflexif. Il se fie à des croyances qui définissent les conduites alimentaires les plus adaptées à son projet damaigrissement. Ces croyances concernent les quantités daliments à consommer, leur composition, les mélanges autorisés, les méthodes de cuisson et dassaisonnement, les horaires, la façon de les ingérer.
On considère aujourdhui, tant dans le public que dans le corps médical, quil sagit là du meilleur des comportements alimentaires possibles, afin de maigrir ou de maintenir un poids normé, dès lors que les croyances qui le fondent sont validées par des preuves scientifiques, par des données épidémiologiques, ou reposent du moins sur un corpus dexpériences considérées comme généralisables.
Malheureusement, cette stratégie se traduit par un échec global. Les chiffres les plus couramment avancés concernant le taux de réussite des régimes amaigrissants sont de 75% de bons résultats dans la première année, suivis de 80 à 90 %. déchecs, c'est-à-dire de reprise pondérale, lorsque la période considérée est de 3 à 5 ans.
Léchec des régimes doit être compris comme léchec du contrôle cognitif du comportement alimentaire sur le moyen et long terme. Ce que nos patients expriment en nous disant quils tiennent bon, puis quils craquent ou quils lâchent.
Qui plus est, les régimes amaigrissants ont des effets iatrogènes. Leur pratique régulière entraîne des désordres pondéraux, médicaux, alimentaires ou psychologiques, largement décrits dans la littérature.
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Conséquences dun comportement alimentaire principalement contrôlé par des cognitions.
On peut donc opposer une alimentation réflexive, qui oblige à un contrôle volontaire, rarement compatible avec les sensations et émotions ressenties, et une alimentation intuitive, qui oblige à une écoute des sensations et des émotions alimentaires, une prise en compte des représentations alimentaires.
Le comportement alimentaire réflexif, principalement contrôlé par les cognitions, correspond à ce qui a été décrit sous le terme de restriction cognitive. Nous définissons la restriction cognitive, quil serait préférable dappeler contrôle raisonné, par lintention de contrôler mentalement son comportement alimentaire dans le but de maîtriser son poids. Cliniquement, nous pouvons décrire la restriction cognitive comme un glissement dune tentative de contrôle mental vers un contrôle de plus en plus émotionnel du comportement alimentaire, se décomposant en quatre phases ou états selon leur degré de sévérité :
Phase 1 - Les sensations et émotions alimentaires sont perçues mais délibérément ignorées.
Dans un premier temps le sujet adopte un certain nombre de règles diététiques, le plus souvent issues de recommandations médicales comme : ne pas manger entre les repas, faire 3 repas par jour, favoriser la consommation de certains aliments (manger 5 fruits et légumes par jour, manger un laitage à tous les repas) ou éviter la consommation de certains autres aliments (manger moins de gras, de sucre ou de sel)
Pour suivre les règles quil simpose, le mangeur doit souvent sopposer à ses motivations à manger, telles quil les ressent. Il élabore pour cela diverses stratégies pour régler les fréquences ou les quantité consommées, ne pas se trouver en présence des aliments convoités, compenser la consommation imprévue ou inévitable daliments jugés grossissants.
Phase 2 - Les sensations et émotions alimentaires sont perçues mais le sujet ne peut plus les respecter.
Progressivement, le comportement du mangeur est dominé par des schémas conditionnels inconscients qui peuvent par exemple sénoncer : « Si je consomme un aliment interdit, je dois en profiter au maximum car je ny aurai plus droit par la suite » ou « Si je mange beaucoup daliments autorisés, je naurai plus envie des aliments que je minterdis ».
Ces schémas génèrent des émotions induites, centrées sur la peur davoir faim, de manquer, la culpabilité et la frustration. Il peut aussi sagir de colère, de honte, de désespoir, de tristesse.
Le comportement alimentaire est alors contrôlé par les schémas et les émotions induites, et non plus par les sensations alimentaires de faim et de rassasiement, signalant normalement les besoins énergétiques.
Par exemple, la peur de manquer obligera le mangeur à augmenter sa consommation, comme pour constituer des provisions avant de futures privations. La culpabilité, lanxiété de grossir conduiront à des comportements de type dichotomique, où on se réfrène de manger malgré sa faim et ses appétences, mais où on mange sans limite, sans tenir compte des sensations de rassasiement, lorsquon a dérogé à linterdit.
Phase 3 Les sensations et émotions alimentaires ne sont plus perçues.
Vient un moment où les sensations alimentaires cessent dêtre perceptibles. Le mangeur ne ressent plus ni faim, ni rassasiement, ni appétits spécifiques. Dès lors, le mode cognitif simpose comme le seul contrôle possible du comportement alimentaire. Ce contrôle oblige à une attention permanente, occupant lespace cognitif du mangeur, et génère des émotions induites qui vont croissant. Linfluence des émotions extra-alimentaires ne cesse daugmenter.
Phase 4 Le comportement alimentaire est livré au seul contrôle des émotions.
Le mangeur ne parvient plus à contrôler volontairement et consciemment son comportement alimentaire de façon permanente.
Il peut alors alterner des périodes de contrôle mental avec des périodes de contrôle émotionnel qui prennent des formes variées, qui vont du grignotage impulsif à la boulimie, ou qui se traduisent par des repas exagérément abondants.
Une moindre résistance physique et mentale, des événements de vie, des problèmes émotionnels, ou bien le fait davoir transgressé un interdit alimentaire, peuvent déclencher une perte de contrôle.
Au stade ultime, il ny a plus de retour du contrôle mental. Le comportement alimentaire est entièrement contrôlé par les émotions induites et extra-alimentaires. Cest par exemple le cas . dans la Bulimia nervosa
Une baisse de lestime de soi, un état dépressif, divers désordres psychopathologiques sont induits par cette situation.
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Les différents stades de gravité de la restriction cognitive
(Il peut sagir de stades installés ou détats transitoires) |
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Contrôle du comportement alimentaire par les différentes instances
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Conclusion
La mise en place dun régime amaigrissant classique, ou bien dun « programme dalimentation équilibrée », sur injonction médicale, ou de façon spontanée par le mangeur, pour répondre à la demande sociale, conduit ledit mangeur à abandonner une alimentation intuitive, pour passer à une alimentation réflexive, fondée sur des croyances. Les comportements alimentaires ne sont plus alors sous le contrôle de variables physiologiques, psychologiques et émotionnelles, mais sous le contrôle de schémas cognitifs et démotions induites par la nouvelle relation du mangeur avec ses aliments.
Ce type de comportement alimentaire correspond à la restriction cognitive, ou contrôle raisonné/mental de lalimentation. Le niveau de restriction cognitive peut être plus ou moins important, allant dune simple déconnection de ses sensations et émotions alimentaires, à des troubles du comportement alimentaire tels quils sont définis par le DSM-IV. La restriction cognitive est à considérer a minima comme un facteur de risque de trouble du comportement alimentaire, et à son maximum comme un trouble du comportement alimentaire.
Linefficacité et la iatrogénicité avérées des régimes amaigrissants devrait conduire à des mises en garde de la population, à labandon définitif de ces pratiques par le corps médical, ou du moins à leur suspension, dans lattente de données complémentaires. Il convient donc de sorienter vers dautres méthodes de traitement des problèmes pondéraux.
Chez les personnes pratiquant des régimes amaigrissants qui en sont à un stade de restriction cognitive impliquant de simples perturbations du comportement alimentaire, cela devrait conduire à la mise en place de mesures de prévention. Chez celles qui ont atteint le stade de troubles du comportement alimentaire avérés, cela nécessite un prise en charge, voisine de celles utilisées pour les autres troubles du comportement alimentaire.
BIBLIOGRAPHIE
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APFELDORFER G. ZERMATI JP Dictature des régimes, attention ! Odile Jacob, 2006
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Dernière Mise à Jour le 20 Janvier 2008.