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Groupe de Réflexion sur lObésité et le Surpoids
Association selon la loi de 1901 |
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| Peut-on maigrir durablement grâce à la chirurgie ? | |||||||||||
| La lipectomie abdominale Chirurgie des lipodystrophies : la lipoaspiration Chirurgie de lintestin : le shunt jejuno-iléal Chirurgie de lestomac : la gastroplastie Le ballonnet dans lestomac À qui sadresse la chirurgie de lobésité ? |
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La lipectomie consiste à enlever la graisse en excès de façon chirurgicale. Cette méthode ne peut convenir que lorsque lexcès de graisse est localisé et non pas lorsquil est réparti sur tout le corps. On pratique surtout des lipectomies au niveau de labdomen, lorsque celui-ci est volumineux et quand son encombrement constitue une gêne sérieuse.
Cette opération est lourde et risquée du point de vue chirurgical. Les suites opératoires sont pénibles et douloureuses.
Selon la théorie adipocytaire de Bjornstaup, la graisse ne devrait pas pouvoir revenir à lemplacement opéré, car le stock de cellules graisseuses ou adipocytes du corps serait fixe : les cellules enlevées le seraient définitivement. Cette théorie nest cependant pas acceptée par tous. Quoi quil en soit, rien nempêche après lopération que la graisse se localise dans dautres emplacements du corps.
On peut pratiquer des lipectomies de zones graisseuses ou cellulitiques : "jambes en poteaux", "culottes de cheval", "pantalons de zouave", bedons, doubles mentons, bajoues.
On pratique aujourdhui une lipoaspiration, technique mise au point par un médecin français, le docteur Yves-Gérard Illouz, en 1977. À partir dune petite incision de la peau, on introduit une canule mousse et on pratique des tunnels sous la peau de tous les côtés en aspirant la graisse au moyen dun puissant aspirateur.
Les résultats sont satisfaisants, après quelques mois
à condition de ne pas reprendre de poids ! Il convient donc de nopérer que les personnes qui ne sont pas en surpoids, ou qui ont déjà maigri et dont le poids est stable depuis au moins 6 mois, qui ont néanmoins des poches graisseuses résiduelles.
Lopération, pratiquée depuis les années 1970, consiste à aboucher le début de lintestin à la dernière partie de lintestin grêle, liléon. La majeure partie de lintestin étant mise hors circuit, les aliments consommés ne sont que très faiblement digérés. On maigrit alors rapidement : 5 à 6 kilos par mois le premier semestre, puis 3 kilos par mois ensuite. Au bout de trois ans, le poids se stabilise. En théorie, lidée est séduisante puisque la personne na pas à se priver de manger pour maigrir.
Cette opération est en fait très lourde et induit de nombreuses nuisances : on observe des diarrhées importantes et débilitantes, une perte de sodium, de potassium, de calcium et de magnésium, une carence en vitamines liposolubles, une intoxication endogène à lacide oxalique, une perte dappétit. Les complications sont graves : troubles cardiaques parfois mortels, fragilisation osseuse, douleurs musculaires et articulaires, déficiences des reins et du foie, troubles psychiatriques.
Lablation de lestomac ou gastrectomie est abandonnée car trop nocive. On pratique depuis les années 1980 la gastroplastie, qui consiste à réduire la taille utile de lestomac sans enlever celui-ci. Les opérations les plus couramment pratiquée aujourdhui sont la gastroplastie verticale par agrafage, le cerclage gastrique et le by-pass gastrique.
Dans la GASTROPLASTIE VERTICALE PAR AGRAFAGE, on pose verticalement quatre rangées dagrafes afin de réduire la poche gastrique, et on crée un chenal dévacuation étroit que lon renforce au moyen dun collier extérieur inextensible en Marlex®, en Prolène® ou en Gortex® afin quil ne se distende pas à lusage.
Le CERCLAGE GASTRIQUE consiste à entourer lestomac dun anneau en silicone qui délimite une poche supérieure denviron 15 cm3. À lintérieur de la bande de silicone se trouve un ballonnet raccordé à un petit boîtier quon implante dans la paroi de labdomen. On peut ainsi accentuer ou au contraire diminuer le rétrécissement de lestomac à la demande. Lopération peut être réalisée sous clioscopie.
Le BY-PASS GASTRIQUE ou court-cuircuit gastro-intestinal est très pratiqué aux États-Unis, mais moins en Europe. Cette opération nest pas une simple gastroplastie et lopération est plus lourde : on ferme totalement lestomac au moyen dagrafes en laissant en haut une poche denviron 10 à 20 ml, puis on abouche cette poche à une anse intestinale en Y. Cette opération favorise ce quon appelle le "DUMPING SYNDROME": lingestion daliments riches en sucres et en graisses provoque, après une dizaine de minutes, un malaise grave, avec pâleur, transpiration et palpitations. Certains chirurgiens pensent que cest là un bon moyen pour décourager leurs patients dabuser daliments riches à la suite de lopération
La chirurgie de lestomac nest pas dénuée de danger. Outre les accidents liés à lopération elle-même, la personne opérée peut souffrir de carences, surtout dues aux vomissements répétés et persistants, et aussi à un dégoût pour certains aliments, en particulier les viandes. On observe aussi des manifestations de dénutrition, des troubles nerveux, des anémies. La tendance aux boulimies et aux compulsions alimentaires est courante. Des dépressions et des troubles psychiatriques divers semblent fréquents. Le devenir à long terme de ces patients est cependant mal connu.
Voir aussi le compte rendu de la réunion du 14/6/2003 à Paris, organisée par Allegro Fortissimo: La chirurgie digestive et la chirurgie plastique dans l'obésité
Le GEGB ("Garren Edwards Gastrics Bubble") est employé aux États-Unis, tandis que lEurope lui préfère le Ballobes® ou ballon danois, mis au point par le docteur Nieben.
Lidée est de réduire le volume utile de lestomac sans avoir à opérer. On introduit le ballonnet dans lestomac au moyen dune sonde, puis on gonfle. On peut aussi enlever le ballonnet en perçant celui-ci au moyen dune sonde.
Selon ses promoteurs, le fait davoir lestomac artificiellement plein fournirait au patient une sensation de plénitude et diminuerait la sensation de faim.
Les inconvénients du ballonnet sont des vomissements si on mange de trop grands volumes et parfois des douleurs.
Lefficacité de la méthode est discutée.
Théoriquement et selon les Recommandations françaises pour le diagnostic, la prévention et le traitement de lobésité de 1998, ces opérations sadressent aux personnes :
1) qui ont un excès de poids massif, avec un BMI (Body Mass Index ou IMC, Indice de Masse Corporelle) supérieur à 40;
2) qui ont suivi des traitements amaigrissants selon des méthodes éprouvées durant au moins une année et qui ne sont pas parvenues à maigrir;
3) qui ont des problèmes de santé sérieux liés à leur surpoids;
4) qui nont pas de troubles du comportement alimentaire de type compulsif, qui nont pas de problèmes psychosociaux ou psychiatriques.
La décision opératoire doit être prise par une équipe pluridisciplinaire et non par le chirurgien seul. L'équipe doit s'assurer du caractère réellement éclairé du consentement donné par le patient et de sa motivation à observer une procédure de suivi médical global les 5 ans qui suivent l'intervention.
Le risque majeur de ces opérations est celui de leur banalisation. En pratique, respecter ces critères revient à nopérer que de façon exceptionnelle.
Les personnes trop "avides" (ou encore "orales"), qui ont une attente de solution magique sont les candidats les plus nombreux à la gastroplastie, et en même temps, sans doute les candidats les plus contestables. Une autre caractéristique courante de ces personnes est leur centrage sur le monde extérieur et leur faible capacité à prendre conscience de leurs pensées et sentiments. Que des personnes au mode de pensée opératoire fasse appel à la chirurgie ne devrait pas surprendre. Que cette conjonction soit parfois explosive est dans l'ordre des choses.
Les recommandations définies en 1998 par la conférence de consensus (voir ci-dessus) ne sont bien souvent pas respectées. On opère fréquemment des personnes ayant un IMC inférieur à 40. Le "délai de réflexion" dun an passe fréquemment à quelques semaines. Lavis d'un médecin nutritionniste ne semble plus indispensable; le psychiatre, parfois devenu psychologue (non médecin) donne simplement un avis de "non contre-indication" de la chirurgie au terme dun seul entretien.
On opère des personnes sans que le suivi autre que chirurgical soit clairement défini. Le suivi après l'opération est trop fréquemment réduit à sa plus simple expression, du fait de l'absence de motivation des personnes opérées (ce manque de motivation à se faire suivre après l'opération, qui devrait normalement être détecté avant l'opération, est en théorie un critère d'exclusion).
Une personne n'accepte généralement de se faire suivre que dans la mesure où elle a intégré le caractère non magique, la valeur partielle, de l'opération. C'est rarement le cas: l'attente vis-à-vis de l'opération est le plus souvent d'ordre magique. On croit que l'opération suffira à résoudre tous les problèmes.
La personne opérée doit la plupart du temps faire face à des problèmes peu pris en considération: il lui faut assumer les changements entraînés par cette perte de poids si désirée, et les conséquences qui en découlent (modification radicale de l'image du corps, du personnage social, confrontation avec la séduction et la sexualité). Or plus on perd rapidement du poids, et plus il est difficile pour la personne de se restructurer mentalement. Devenir une personne mince nécessite la plupart du temps un travail psychique complexe, parfois long et difficile.
On peut donc légitimement s'inquiéter de la légèreté avec laquelle se prennent parfois les décisions d'opérer, du manque de préparation psychologique préalable (il ne devrait pas s'agir seulement "d'information"), du manque de suivi psychologique après l'opération. La gastroplastie devrait être une méthode d'exception, et devrait, quand on l'estime indiquée, constituer un temps particulier dans une prise en charge globale. Au lieu de quoi la chirurgie fait figure trop souvent de panacée, et pas uniquement dans l'esprit des patients, mais aussi pour bien des membres du corps médical.
Concernant les gastroplasties, rappelons tout dabord quon connaît mal le devenir des opérés sur le long terme. Il semble en particulier que la poche de gastroplastie ait tendance à se dilater après un an ou deux, si bien que les résultats à long terme ne peuvent être garantis.
De plus, la première cause de mortalité sur le long terme semble être
le suicide (G. Gilkes-Dumas. Compte-rendu de GAMM infos, lettre du Groupe des Assurances Mutuelles Médicales, N°13, juin 2000). On comprend quaprès avoir maigri et cru quon était enfin tiré daffaire, se mettre à regrossir, ou bien sombrer dans des troubles du comportement alimentaire incontrôlables puisse conduire à la dépression et au suicide.
Sur le court terme, les problèmes rencontrés sont surtout des problèmes infectieux obligeant à de multiples opérations, des nécroses cutanées, des complications résultant derreurs chirurgicales.
Les lipposuccions ne sont pas non plus lopération banale et sans risque que lon présente habituellement. En France, les médecins pratiquant des lipposuccions ne sont pas toujours qualifiés pour le faire, soit parce quils sagit de chirurgiens sans compétence en chirurgie esthétique (30% des cas), soit parce quils ne sont pas même chirurgiens (23% des cas)! Les plaintes en France lont été pour décès, séquelles importantes, ou mauvais résultat esthétique. Depuis 1994, le SOU MEDICAL, qui assure une grande partie du corps médical français, ne garantit plus les risques secondaires à une lipposuccion réalisée par un praticien non chirurgien (C. Gerson, G. Gilkes-Dumas. Compte-rendu de GAMM infos, lettre du Groupe des Assurances Mutuelles Médicales, N°13, juin 2000).
L'enquête menée par l'Union régionale des caisses d'assurance maladie de la région Rhône-Alpes en 2001, citée par l'hebdomadaire Le Point N° 1563 du 30/8/2002, conforte cette position: dans 23% des cas, les indications médicales ne sont pas respectées, dans 74% des cas il n'y a pas eu de prise en charge spécialisée bien conduite avant opération, et c'est dans 84% des cas qu'il n'y a pas de prise en charge multidisciplinaire. La motivation du patient, son degré d'adhésion au projet thérapeutique, les troubles psychologiques et psychiatriques ne sont trop souvent pas pris en compte. Les risques de l'opération, le fait qu'il s'agisse d'une technique encore expérimentale ne sont pas explicités au patient. De plus, la même enquête montre qu'il est de plus en plus fréquent que des personnes ayant seulement une obésité modérée soient opérées.
La CNAM nationale elle aussi s'inquiète: le nombre de gastroplasties est passé de moins de 100 en 1995 à 10000 actuellement. Il semble que 20 à 30% des interventions ne respectent pas les indications, que dans la majorité des cas, les personnes ne sont ni préparées à l'opération ni suivies correctement (Le Quotidien du Médecin, N°7314, 11/4/2003, p 15).
Une grande prudence est donc plus que jamais recommandée en ce qui concerne la chirurgie de l'obésité!
Voir aussi le compte rendu de la réunion du 14/6/2003 à Paris, organisée par Allegro Fortissimo: La chirurgie digestive et la chirurgie plastique dans l'obésité
Page créée le 15 décembre 1999.
Dernière Mise à Jour le 10 juillet 2004.