Lundi 25 septembre 2017

Les médications amaigrissantes

Peut-on maigrir durablement en prenant des médicaments ?

Le "bon" médicament amaigrissant

Les médications amaigrissantes sont décevantes : soit elles se révèlent inefficaces, tenant davantage du placebo, soit elles permettent un amaigrissement, mais se révèlent alors dangereuses pour la santé.
Il est dans la nature même des médicaments d’avoir un effet qui ne dure que durant qu’on les prend. On regrossit donc dès qu’on les arrête. Il n’est pas rare qu’on reprenne plus de poids qu’on n’en avait perdu. Ceci a en particulier été observé avec les extraits thyroïdiens et les coupe-faim.
La tendance au surpoids et l’obésité sont des problèmes à considérer sur la durée. Le médicament idéal serait donc celui qu’on pourrait prendre la vie entière. Il faut pour cela qu’il soit totalement dénué de toxicité. La recherche continue…

Les extraits thyroïdiens

Les hormones thyroïdiennes accélèrent le métabolisme et provoquent ainsi une rapide combustion des réserves énergétiques et donc une perte de poids. Malheureusement, cette perte de poids correspond certes à une perte de graisse, mais aussi à une perte de tissus maigres et de muscles.
Lorsqu’on arrête le traitement, comme la réduction du volume musculaire entraîne une baisse des dépenses de l’organisme, les besoins en énergie sont considérablement abaissés. Dans ces conditions, la reprise d’une alimentation normale se traduit par une prise rapide de graisse et, dans la grande majorité des cas, par un poids supérieur à celui qui avait motivé la prise d’hormones. En définitive, le traitement aura conduit à échanger du muscle contre de la graisse, avec un bonus pondéral supplémentaire. Les extraits thyroïdiens provoquent en outre des bouffées de chaleur et des sueurs, des palpitations, des signes de nervosité. Ils peuvent entraîner aussi des troubles cardiaques, mortels dans certains cas.
Ces médicaments, dangereux et inefficaces sur le moyen et long terme, ne sont plus prescrits comme produits amaigrissants. Il arrive encore cependant que certains médecins prescrivent pilules et crèmes à base d’hormones thyroïdiennes, non plus directement, mais généralement dissimulées parmi d’autres prescriptions, et arborant souvent, de façon parfaitement abusive, l’étiquette de "prescription homéopathique".

Les diurétiques

L’eau pesant un kilo par litre, la prise de diurétiques se traduit donc par une perte de poids lisible sur la balance, pouvant aller jusqu’à deux à trois kilos au maximum. Il n’est pas possible de perdre davantage d’eau. Les diurétiques ne permettent pas de perdre de graisse ou de cellulite.
Dès l’arrêt des comprimés, l’organisme asséché retient l’eau qui lui fait défaut et les kilos "perdus" réapparaissent comme par miracle. Afin de maintenir cet abaissement pondéral artificiel de un à deux kilos, il est donc nécessaire d’avoir recours aux diurétiques de façon permanente.
Or ces prises répétées provoquent une déshydratation, une chute de la tension pouvant conduire à un état de fatigue permanente, des vertiges et des syncopes. La fuite de potassium dans les urines peut provoquer des troubles du rythme cardiaque, parfois mortels.

Les laxatifs

Certaines personnes pensent que les laxatifs peuvent contribuer à leur amaigrissement en soustrayant les nutriments au processus de digestion. C’est vrai en cas de prise importante: la diarrhée provoquée est alors telle que bon nombre de nutriments n’ont pas le temps d’être absorbés. La prise de laxatifs en quantité importante et régulière aboutit à une perte d’eau et de sels minéraux, en particulier de potassium. On risque alors une déshydratation entraînant chutes de tension, fatigue, vertiges et syncopes, ainsi que des problèmes cardiaques, s’avérant parfois mortels. Les personnes boulimiques sont fréquemment sujettes à la frénésie laxative.
Des prises moindres, outre qu’elles n’ont aucun effet sur le poids, rendent l’intestin paresseux : les laxatifs finissent par constiper.

Les anciens coupe-faim

LE DINITROPHÉNOL. Le dinitrophénol est un produit chimique largement utilisé en chimie. Il provoque des troubles graves en cas d’intoxication (éruptions cutanées, cataracte, fièvre intense, mort). Il a été commercialisé en tant que produit amaigrissant dans les années 1930, puis interdit dans les années 1940.

L’ÉPHÉDRINE. Cet alcaloïde est extrait des éphédras, plantes qui poussent à l’état sauvage en Chine, au Tibet et au Pakistan. Il est alors commercilisé sous le nom de ma huang. Il est aujourd’hui produit par synthèse. Il est utilisé en ophtalmologie pour dilater les pupilles, et entre dans la composition de médicaments antiasthmatiques ou pour traiter le rhume en raison de son pouvoir vasoconstricteur sur la muqueuse des voies respiratoires. Il est aussi psychostimulant, stimulant cardio-vasculaire et considéré comme dopant.

LE CLENBUTEROL : C'est un remède de cheval contre l'obésité! En effet, il s'agit ni plus ni moins d'un bronchodilatateur destinés aux chevaux, ayant aussi des effets anabolisants et coupe-faim. Considéré comme un produit dopant. Provoque des céphalées, de l'anxiété, des insomnies, des crampes, des troubles cardiaques pouvant mettre la vie en danger. Autre produit détourné, du même tonneau: le salbutamol.
 

La PHÉNYLPROPANOLAMINE a sensiblement les mêmes effets que l’éphédrine.

Attention : ces médications, qui avaient été abandonnées avec l'arrivée des coupe-faims amphétaminiques réapparaissent dans les prescriptions magistrales (compositions que le pharmacien doit composer en officine) de certains charlatans amaigrisseurs/ Et bien sûr, par la grâce d'Internet, on peut se les procurer et s'empoisonner à loisir !

Les coupe-faim amphétaminiques et leurs rejetons

L’AMPHÉTAMINE. L’amphétamine agit sur le cerveau et, activant le centre de l’éveil, provoque un état d’excitation physique et intellectuelle. On s’est également rendu compte qu’elle diminuait la prise de nourriture, essentiellement en retardant la survenue de la faim et en réduisant la taille des repas.

L’AMPHÉPRAMONE. Certains dérivés de l’amphétamine conservent l’effet de coupe-faim, mais ont une action excitante réduite, cinq à six fois moindre. Parmi eux, l’amfépramone a été l’anorexigène le plus prescrit dans le monde. Ce médicament engendre bouche sèche et nervosité dans près de 10 % des cas, et plus rarement insomnies, constipation, fatigue, vertige, somnolence ou impression de tête vide. Plus exceptionnels sont les accidents d’ordre psychiatrique: dépression sévère, psychose paranoïde.
L’action psychostimulante n’est pas sans inconvénient: l’euphorie et l’hyperactivité sont suivies d’une période dépressive… qui appelle une nouvelle prise d’amphétamine et engendre une dépendance. Comme l’effet psychostimulant s’épuise, on augmente progressivement les doses. À la longue, on observe des états dépressifs et des troubles psychiatriques graves. Depuis peu, on a aussi constaté que les amphétamines et leurs dérivés étaient responsables d’hypertension artérielle pulmonaire, une maladie rare, mais mortelle. Ces complications expliquent que ces produits soient désormais prohibés.

FENFLURAMINE et DEXFENFLURAMINE La fenfluramine n’a pas d’effet excitant sur le système nerveux. Du point de vue de l’efficacité, son effet est comparable à l’amfépramone et elle permet une perte de poids moyenne proche de deux kilos en huit semaines. Là encore, la reprise pondérale est de règle à l’arrêt du traitement. La fenfluramine est elle aussi responsable d’hypertension artérielle pulmonaire. Les médicaments à base de fenfluramine sont donc eux aussi abandonnés.

Vraie et fausse homéopathie

L’arsenal pharmacologique classique, qui propose des remèdes qui combattent directement la cause du mal, est appelé par certains allopathie. L’homéopathie repose sur un principe différent : on préconise de soigner les malades au moyen de substances données à doses très faibles, infinitésimales, obtenues par dilutions successives. La substance choisie est celle qui, à dose plus élevée, provoquerait des symptômes semblables à ceux observés chez le malade. Ainsi, l’homéopathie vise à stimuler les défenses et l’organisme du malade, afin qu’il combatte lui-même sa maladie. Il n’existe pas de preuve scientifique de l’efficacité de l’homéopathie, mais son positionnement de "médecine naturelle" lui vaut un nombre croissant d’adeptes, tant dans les rangs des médecins que des patients. Aujourd’hui, la grande majorité du monde scientifique s’accorde à penser que les granules d’homéopathie ne sont que le support de l’aura du médecin et que les effets observés sont dus à la foi du patient en l’efficacité du traitement.
La médecine homéopathique propose donc divers granules qui sont censés faciliter l’amaigrissement. Mais le plus souvent, les médecins homéopathes, prudents, conseillent dans le même temps à leurs patients de suivre un régime. Enfin, méfions-nous de certains charlatans de la maigritude, pseudo-homéopathes, qui camouflent hormones thyroïdiennes et diurétiques sous un fatras d’extraits de plantes ou de substances prétendument homéopathiques. Les ordonnances bourrées à craquer de noms latins compliqués, à confectionner chez un pharmacien bien spécifié, sont les plus susceptibles d’être faussement homéopathiques.

Plantes amaigrissantes

THÉ ET CAFÉ. Les effets psychostimulants et coupe-faim de la caféine et de la théine sont connus depuis longtemps. Le thé contient aussi de la théophylline et de la théobromine, qui ont des vertus diurétiques, psychostimulantes, mais relaxantes des fibres musculaires lisses On a aussi vanté l’action des tanins et des flavonoïdes du thé, qui agiraient en mobilisant les graisses, en augmentant la thermogénèse et en diminuant la digestion des lipides et des glucides. Rien de tout cela ne suffit à faire sensiblement perdre du poids.

LE SÉNÉ : a des vertus laxatives. Voir laxatifs.

L’ORTHOSIPHON, LA REINE DES PRÉS, LA RACINE DE SASSAFRAS, LA FEUILLE DE FRÊNE OU DE CASSIS. Plantes diurétiques. Voir diurétiques.

MA HUANG. Voir Ephédrine

HOODIA GORDONII : il s'agit d'extrait d'un cactus, connu comme excitant par les Bushmen d’Afrique du Sud, et ayant des effets coupe-faim. Présente tous les inconvénients des coupe-faim.

CAPSIPLEX: association de piment, de caféine, de thé vert et de niacine. Effet coupe-faim avec tous les inconvénients des coupe-faim.

Le rayon des nouveautés

L’ORLISTAT. Ce médicament inhibe certaines enzymes utiles pour la digestion des lipides, les lipases pancréatiques. Les graisses non digérées sont évacuées dans les selles, qui deviennent fréquemment quelque peu graisseuses et nauséabondes. Cet effet déplaisant devrait, selon le laboratoire, encourager à manger moins de graisses… En somme, on ne doit prendre de l'Orlistat que si on est capable de suivre un régime hypolipidique. Mais alors, pourquoi prendre de l'Orlistat? Quoi qu'il en soit, l’effet sur le poids reste malgré tout modeste.

L’Orlistat est commercialisé en France sous le nom de Xénical®, laboratoire Roche.
Cette présentation est faite avec un dosage de 120 mg par gélule. Elle nécessite une prescription médicale, et est étroitement réglementée. L’AMM stipule que le produit est destiné aux personnes ayant un indice de masse corporelle supérieur ou égal à 30 kg/m2, ou un surpoids supérieur ou égal à 28 kg/m2 associé à des facteurs de risques. Le traitement par Orlistat doit être arrêté après 12 semaines si les patients n'ont pas perdu au moins 5 % du poids initial mesuré au début du traitement.
L’attention des médecins est attirée sur les interactions avec les traitements médicaux antidiabétiques, sur les effets indésirables gastro-intestinaux. Ceux-ci sont souvent importants lorsque les personnes sous traitement ont une alimentation riche en lipides, et la prescription doit être assortie de conseils diététiques visant à réduire les lipides dans l’alimentation.

L’Orlistat va aussi être commercialisé sous le nom d’Alli®, laboratoire GSK.
Il s’agit de la même molécule, l’Orlistat, et donc les effets sont strictement les mêmes que ceux du Xénical. Le dosage, cependant, est réduit de moitié (mais il suffit de prendre 2 comprimés…) et surtout, ce médicament sera bientôt proposé en vente libre. Le pharmacien sera habilité à donner des conseils de prescription et d’utilisation en lieu et place du médecin.

NOTRE AVIS : Nous regrettons un tel dévoiement et l’utilisation que l’on pourra faire de ce médicament dès lors qu’il sera en vente libre. Les pharmaciens ne nous semblent pas avoir la compétence pour conseiller utilement les personnes obèses ou en surpoids. Ils risquent d’être en l’occurrence juges et parties en encourageant désormais les solutions médicamenteuses, sur le même modèle que leurs « bons conseils » à propos des produits dits diététiques, des extraits de plantes ou des compléments alimentaires en vue de maigrir, tous des produits dont on connaît le peu d’efficacité.
Assistera-t-on à des abus de consommation, avec diverses nuisances du point de vue de la santé en cas de consommation prolongée (effets gastro-intestinaux, malabsorption, carences en acides gras essentiels) ? L’usage chaotique du produit aboutira-t-il à renforcer les cycles de variations pondérales, qui peuvent être plus néfastes à la santé qu’un poids plus élevé, mais stable ?
Et puis, l’action du médicament consistant à empêcher l’absorption des lipides, ne risque-t-on pas de diaboliser ceux-ci encore plus qu’ils ne le sont ? Rappelons ici que les prises de poids excessives sont dues à un apport calorique globalement excédentaire et non pas à la consommation de tel ou tel nutriment. Mais surtout, on entretient avec ce médicament un espoir de solution magique aux problèmes de poids. Il nous paraît au contraire fondamental d’insister sur la complexité des obésités et de leurs traitements.

LA SIBUTRAMINE (Sibutral®, Reductil®, Meridia® et autres). Il s’agissait a priori d’une molécule apparemment plus intéressante. Dans les années 1980, on espérait en faire un antidépresseur, mais ce sont les effets coupe-faim qui ont retenu l'attention des pharmacologues: la sibutramine, en agissant sur les neuro-médiateurs du cerveau (noradrénaline et sérotonine) permet à la satiété d’apparaître plus rapidement et conduit donc certaines personnes (pas toutes: il y a de bons et de mauvais répondeurs) de manger moins.
Le Sibutral était indiqué chez les personnes ayant un IMC supérieur à 30, ou un IMC supérieur à 27 associé à d’autres facteurs de risque. On avait défini des contre-indications : hypertension artérielle (le Sibutral augmente la tension artérielle), certains troubles cardiaques, problèmes hépatiques ou rénaux, hyperthyroïdie, femmes enceintes ou susceptibles de l’être. Le médicament a des effets psychostimulants, est contre-indiqué chez les personnes ayant une appétence toxicomaniaque, ou des troubles psychiatriques, peut provoquer des insomnies. Le médicament ne devait pas être prescrit avant 18 ans et après 65 ans. On ne connait pas ses effets à long terme et on déconseillait un traitement d'une durée supérieure à un an.
En ce qui concerne les troubles du comportement alimentaire, le Sibutral était contre-indiqué en cas d’anorexie mentale ou de boulimie ; concernant l’hyperphagie boulimique, on n'a pas recueilli de données.
Les laboratoires Knoll ont commercialisé le Sibutral sous deux dosages : gélules à 10 et 15 mg. Le médicament nécessitait une prescription médicale.

Puis le choses ont mal tourné pour le sibutral: la Sibutramine ayant provoqué des effets indésirables graves ainsi que 2 décès, les autorités italiennes ont suspendu la commercialisation du produit. L'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de Santé) a décrété la suspension de l'autorisation de mise sur le marché du médicament à base de sibutramine en janvier 2010 pour la France. Mais de nos jours, que ne peut-on pas se procurer?

NOTRE AVIS : L’effet du Sibutral est des plus modestes, ne se maintient pas à l'arrêt du traitement. Pourquoi, dès lors, risquer sa santé?

Que penser du RIMONABANT? (en France: Acomplia, laboratoire Sanofi-Aventis)

Le Rimonabant était commercialisé jusqu’en octobre 2008 par le laboratoire Sanofi-Aventis sous le nom d'«Acomplia».
Il s’agit d’une nouvelle molécule, d'abord proposée comme un anti-tabagique qui éviterait de prendre du poids à l’arrêt du tabac. Mais les résultats des études n'ayant pas été homogènes, le laboratoire a renoncé à le proposer comme anti-tabagique et l’a positionné comme médication aidant à l’amaigrissement.
Sur le plan pharmacologique, il s’agit d’un produit antagoniste du récepteur cannabinoïde central CB1, qui bloque les récepteurs de ces molécules endocannabinoïdes (des molécules synthétisées par les cellules nerveuses, analogues à celles du cannabis). Les endocannabinoïdes ont pour action de stimuler les centres de la faim, et le rimonabant combattrait cet effet. Une étude portant sur 1036 sujets obèses, conduite sur un an, a montré que le groupe des personnes associant Rimonabant et régime hypocalorique avait perdu en moyenne 8,6 kg, alors que le groupe placebo et régime hypocalorique perdait en moyenne 2,3 kg. D'autres études montrent une perte de poids moyenne supérieure de 4,9 kg chez les patients sous Acomplia.
Parmi les effets secondaires possibles, on a rapidement noté la survenue de dépression, ainsi que d'anxiété. Ce qui se conçoit chez un médicament interagissant sur les circuits du plaisir. L'Acomplia a donc été contre-indiqué dès sa commercialisation en cas de dépression, d'antécédent de dépression, de prise de traitement antidépresseur.
Jusqu’à présent, le médicament était remboursé en France par la Sécurité sociale à hauteur de 35% aux conditions suivantes: pour les patients obèses (IMC>30) avec un diabète de type 2, insuffisamment contrôlés par un traitement de metformine ou par un sulfamide, et dont l'HbA1c est comprise entre 6,5 et 10%. La prescription devait être effectuée sur une ordonnance spéciale, de médicament d'exception. L'Acomplia pouvait être prescrit en dehors de ce cadre, mais n'était alors pas remboursé.
Les ennuis du médicaments commencent, aux Etats-Unis, avec la demande le retrait du médicament du marché par la Food and Drug Administration (FDA) en juin 2007, en raison de ses effets secondaires : aggravation des états dépressifs et augmentation du risque suicidaire.
Puis c’est le tour de l’Agence Européene du médicament (EMEA), le 23 octobre 2008, de donner un avis défavorable : elle relève elle aussi les risques de dépression et de suicide (deux fois plus de troubles dépressifs, parfois sévères, y compris chez des patients sans antécédents psychiatriques, qu'un placebo), et les experts notent qu'après trois mois de traitement, sur la plupart des patients, les bénéfices attendus du produit ne sont pas au rendez-vous des attentes initiales.
Dans ces conditions, le laboratoire Sanofi-Aventis procède au retrait du médicament dans les pays européens à date du 23/10/2008, et au retrait mondial d’ici peu.

NOTRE AVIS : L’histoire du Rimonabant est édifiante, et typique de celle des médications anti-obésité : après une phase d’enthousiasme, on constate que le produit est moins efficace que prévu, puis qu’il a des effets secondaires le rendant dangereux. Rappelons que les produits miracles n'existent pas. Toucher aux centres de régulation de la prise alimentaire et du poids s’avère plus complexe que prévu. Et aussi, aucune molécule ne résout magiquement toutes les difficultés de la vie, et les problèmes auxquels les personnes en difficulté avec leur poids et leur comportement alimentaire sont confrontées sont complexes. Peut-être un jour un médicament pourra-t-il aider, mais aucun ne pourra faire disparaître la totalité des difficultés (comportementales, psychologiques, affectives, relationnelles) de façon magique. Mieux vaut donc ne pas attendre passivement qu’un médicament résolve ses problèmes, et prendre sa vie en main !

Le MYSIMBA
Le Mysimba est un nouveau produit amaigrissant fabriqué par une start-up de biotechnologie californienne, Orexigen Therapeutics, et qui a reçu l'approbation de la FDA, Food and Drugs Administration, en septembre 2014.
Ce médicament est une association de deux molécules : la naltrexone, qui est un inhibiteur des opiacés que l'on utilise habituellement dans le sevrage des toxicomanies aux opiacés ainsi que dans celui de l'alcoolisme chronique. La seconde molécule est le bupropion, qui a été considéré tout d'abord comme un antidépresseur, avant que le laboratoire GlaxoSmithKline ne le préconise sous le nom de Zyban® pour guérir du tabagisme.
En fait, le bupropion est une molécule proche des amphétamines. Ces dernières étaient autrefois utilisées de façon massive comme coupe-faim et étaient génératrices d'hypertension artérielle pulmonaire, souvent mortelle, entre autres nuisances. On a encore à l'esprit le scandale du benfluorex (Mediator® des laboratoires Servier) qui appartenait lui aussi à cette catégorie.
Les autorités françaises tentent de s'opposer à la mise en vente du Mysimba, mais les décisions se prennent au niveau européen. Attendons-nous donc à l'apparition de ce nouveau produit dans les pharmacies !

Le BACLOFENE
Le baclofène est normalement un médicament utilisé comme myorelaxant chez les personnes présentant une spasticité musculaire. Chimiquement, il s'agit d'un dérivé du GABA, acide gaba-amino-butyrique. Le docteur Olivier Ameisen, un Français, lui-même atteint d'alcoolisme, est parvenu à se guérir grâce à ce médicament et en a fait la promotion auprès du grand public. À partir de là, est né un véritable engouement pour ce traitement en ce qui concerne l'alcoolisme, et le produit a reçu une recommandation temporaire d'utilisation (RTU) de la part de l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM) en France.
L'effet du baclofène chez l'alcoolique est des plus intéressants : il n'empêche pas de boire mais entraîne un désintérêt pour l'alcool. Il faut cependant rappeler que pour que le produit soit efficace, il convient de donner des doses très fortes de médicament, que l'on ne peut atteindre que très progressivement, et qui génèrent bien des effets secondaires (fatigue, somnolence, confusion mentale, malaises).
Certains médecins préconisent d'utiliser le baclofène de la même façon en cas de boulimie. N'y a-t-il pas une analogie entre la pulsion incontrôlable à boire et la pulsion incontrôlable à manger ? Mais à ce jour, il n'y a pas d'effet démontré dans le cas de la boulimie.
De là à utiliser le baclofène dans l'obésité et en particulier pour les personnes qui souffrent d'hyperphagie boulimique, il n'y a qu'un pas qui a été vite franchi sur les réseaux sociaux. Mais le baclofène est loin d'être un médicament anodin aux doses nécessaires pour avoir un effet thérapeutique. Il est d'un usage délicat et demande une surveillance médicale rapprochée. Et c'est loin d'être la panacée ! Attendons un peu avant de décider de maigrir à coups de baclofène.

  • Dernière mise à jour: 13/08/17 12:53
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