Jeudi 1er décembre 2005 : Ateliers pré-congrès
Dépistage des troubles du comportement alimentaire chez les personnes en demande d’amaigrissement
Dr Gérard APFELDORFER, psychiatre, Paris
Les personnes en demande d’amaigrissement considèrent que la solution à tous leurs problèmes, de santé, d’amour-propre, relationnels et sentimentaux passe par la perte pondérale.
Une réponse du médecin, du diététicien, du psy, se situant au même niveau tend à conforter cette croyance. Elle a aussi pour effet de masquer les troubles du comportement alimentaire de la personne.
La présence de troubles du comportement alimentaire avérés est une contre-indication sans équivoque à une prise en charge d’ordre diététique. Une anorexie mentale restrictive ou avec boulimies, la Bulimia nervosa, doivent être prises en charge prioritairement. Il en va de même de l’hyperphagie boulimique, du syndrome d’alimentation nocturne, de l’anarchie alimentaire, quel que soit le poids de l’individu.
Pour nous, la restriction cognitive est a considérer comme un trouble du comportement alimentaire nécessitant lui aussi une prise en charge spécifique. L’atelier devra permettre au participant de diagnostiquer ces différents troubles dès les premières consultations.
Comment annoncer la mauvaise nouvelle ? Vous ne pouvez pas/plus maigrir
Dr Jean-Philippe ZERMATI, nutritionniste, Paris; Mme Sylvie BENKEMOUN, psychologue, Paris
Tout nous invite à penser qu’un gros doit maigrir pour être en meilleure santé. Mais le peut-il toujours ? Certains, au fil des tentatives d’amaigrissement rencontrent des difficultés liées à une irréversibilité de ce poids.
Comment déterminer ce point de non retour et que dire au patient qui espère toujours ?
Un véritable travail thérapeutique s’avère nécessaire pour faire accepter cette réalité biologique et psychologique.
Il s’agit alors, pour le sujet, d’entrer dans la réalité de son poids et de l’accompagner dans ce parcours parfois difficile.
Notre poids, notre capacité à grossir en réponse à une suralimentation, le niveau de nos dépenses énergétiques sont très largement dépendants de notre patrimoine génétique dans un environnement donné, et expliquent en grande partie les inégalités que nous constatons entre les individus. Chacun se maintient ensuite à son poids, de façon naturelle et insouciante, tout simplement en mangeant « à sa faim » les aliments qui lui font envie. Les variations du poids sont spontanément corrigées par des variations de la faim. Ce poids que notre organisme s’efforce de conserver détermine ce que l’on appelle une valeur de consigne et fait donc l’objet d’une régulation.
La plupart des systèmes biologiques obéissent également à une régulation : la glycémie, la température, la tension artérielle, la calcémie… La différence entre la régulation du poids et celle des autres systèmes réside essentiellement dans la détermination de la valeur de consigne. Dans le cas de la température, les choses sont simples : la valeur de consigne se situe à 37 °C pour tous les individus de l’espèce. Elle se maintient à ce niveau tout au long de leur vie. Un simple thermomètre suffit donc pour savoir si l’individu se trouve ou non à sa valeur de consigne.
Dans le cas du poids, les choses se compliquent : la valeur de consigne, que l’on appelle aussi le set-point, varie d’une part d’un individu à l’autre et d’autre part chez le même individu au cours de sa vie. Un pèse-personne ne permet donc pas d’affirmer avec autant de facilité si l’individu se trouve ou non à son set-point. Si bien que la seule connaissance possible du set-point est constituée par une approche clinique : un sujet qui respecte ses sensations alimentaires, la faim et le rassasiement, se situe à son set-point ou inversement un sujet qui se trouve à son set-point mange en respectant ses sensations alimentaires.
Toutefois si la génétique prépare le terrain de notre vie future, elle ne peut complètement décider de l’avenir de notre poids. Le poids initialement proposé par nos gènes dépend de nombreux événements qui se produisent au cours de notre vie : l’âge, l’alimentation, les maladies, les hormones, le stress, le tabac… Ces circonstances peuvent occasionner des changements dans notre régulation. Ainsi la prise de poids peut schématiquement correspondre à deux mécanismes. Dans un premier cas, elle est consécutive à un dépassement du set-point. Physiologiquement, cette situation se traduit par une augmentation de la taille des cellules graisseuses. Ce processus est réversible et s’accompagne de la sensation de manger sans faim. On le rencontre lors d’une augmentation récente des apports alimentaires ou d’une diminution des dépenses énergétiques. Dans un second cas, la prise de poids est consécutive à une augmentation du set-point. L’organisme s’emploie désormais à défendre une nouvelle valeur, plus élevée, du set-point. Physiologiquement, cette situation se traduit par une multiplication des cellules graisseuses. Ce processus est irréversible et s’accompagne pour le mangeur de la sensation de manger à sa faim. On le rencontre lors de certaines maladies, de lésions cérébrales, d’événements hormonaux, de la prise de certains médicaments, mais surtout lors d’une augmentation plus prolongée des apports alimentaires. Quelques auteurs évoquent la possibilité d’une influence des facteurs psychologiques sur l’élévation de ce set-point.
Ainsi quand un individu grossit, il n’est guère possible de dire avec exactitude si le poids qu’il affiche correspond à une augmentation ou un dépassement de son set-point. La prise de poids s’est-elle effectuée selon une augmentation de la taille des cellules graisseuses ou selon une multiplication de celles-ci ? Il est probable que les deux mécanismes sont sollicités mais dans des proportions impossibles à préciser. Et seul un travail complexe sur les sensations alimentaires permet de répondre à cette question. La part de réversibilité de la prise de poids étant complètement inconnue, elle explique qu’il est finalement impossible de prédire la perte de poids que le sujet peut espérer obtenir. Il se trouve donc, dès le début de son projet d’amaigrissement, face à toutes les éventualités : il peut soit reperdre la totalité des kilos qu’il aura pris soit ne rien perdre du tout soit plus probablement perdre un poids compris entre un poids très antérieur et un poids récemment pesé, sans qu’il soit malheureusement possible d’en avoir la moindre idée.
Ces connaissances que nous possédons aujourd’hui sur la génétique, la physiologie de la cellule graisseuse et de la régulation appellent plusieurs remarques sur les limites des traitements que nous sommes en mesure de proposer.
Ce qui n’est pas possible :
- À l’heure actuelle, l’honnêteté impose de reconnaître que la médecine ne possède pas les moyens de faire baisser le set-point. Certaines prises de poids sont donc irréversibles. Alors que d’autres ne seront qu’en partie réversibles.
- Le set-point correspond au poids que le sujet peut maintenir en mangeant à sa faim. C’est le seul poids qu’il lui soit possible de maintenir sans effort de contrôle. Simplement en mangeant avec insouciance en fonction de sa faim et de ses envies. Refuser ce poids implique l’obligation de réduire son alimentation. Ceci n’est possible pour la plupart des individus que sur une période limitée et au prix d’une lutte contre la faim s’étendant de quelques heures à plusieurs années. Se maintenir définitivement au-dessous de son set-point est donc généralement irréalisable pour la plupart des individus.
Ce qui est possible :
- Seules les personnes qui ont dépassé leur set-point peuvent espérer perdre du poids en retrouvant leur nouveau set-point. Cliniquement, nous pourrions présenter les choses en disant que seules les personnes qui mangent sans faim, consciemment ou non, peuvent s’attendre à maigrir en retrouvant la faculté de manger à leur faim. Il convient pour cela d’entreprendre un travail complexe qui doit répondre à deux questions essentielles : « Où se situe dorénavant le nouveau set-point ? » et « quelles sont les raisons qui ont conduit cette personne à manger sans faim ? ». Ces raisons sont essentiellement, peut-être même toujours, d’ordre psychologique. Ce qui nous fait toucher une autre limite de nos traitements qui est la capacité des individus à trouver une autre réponse que l’alimentation à leurs tensions psychologiques. Cela suppose un travail sur soi qui est loin d’être couronné de succès dans la totalité des cas.
Ce qui est nécessaire :
Il est possible que le nouveau set-point ne remplisse pas tous les critères de satisfaction. Il peut, par exemple, sensiblement différer des attentes du patient ou de son entourage. En particulier, le résultat obtenu peut être insuffisant pour restaurer une bonne image de soi, physique et psychologique, constituée par ce que la personne pense d’elle-même et qui lui permette d’affronter son propre jugement et le regard des autres. Le set-point peut aussi différer des attentes des médecins et se situer à un niveau incompatible avec un bon état de santé. Le fait que le set-point s’associe à de graves complications médicales n’implique pas qu’il soit davantage possible de ne pas en tenir compte.
Si la raison impose d’accepter ce cruel principe de réalité, il n’en reste pas moins qu’il est souvent douloureux de s’y trouver confronté. Un long travail d’acceptation commence alors où chacun doit tenter de faire le plus objectivement possible le point de sa situation réelle et de ce à quoi il lui faut renoncer. Le deuil d’un poids désiré s’avère une étape obligatoire pour la reconstruction de l’individu. Le soutien du thérapeute se révèle à ce moment une aide cruciale.
Il est effectivement difficile de renoncer à peser un poids considéré comme normal par l’institution médicale. Chacun s’estimant en droit de revendiquer une normalité pondérale indépendamment même de son hérédité, de ses troubles du comportement alimentaire et de son environnement l’invitant sans cesse à consommer.
Il s’agira pour certains de renoncer à cet autre fantasmé depuis parfois longtemps et de vivre le moment présent à ce nouveau poids. Il faudra oublier le poids d’avant, celui que l’on rêvait de retrouver et qui semblait atteignable avec un peu d’effort et de volonté. Plus question d’être cet autre mince, caché dans un corps d’emprunt. Inutile également de se comparer à celui qui aura maigri et que l’on aura cité en exemple. Il faudra renoncer à entrer dans des tailles de vêtements fétiches qui ne correspondaient à aucune réalité physiologique. Il faudra renoncer à certains métiers devenus désormais impossibles et apprendre à adapter ses possibilités à ses désirs.
Mais surtout pour parvenir à ce renoncement, il s’agira de vivre le moment présent sans attendre l’échéance d’un poids inférieur, le plus souvent impossible à maintenir.
On voit qu’il s’agira d’opérer un véritable changement de vie que le thérapeute se devra d’accompagner pour le rendre possible. Cet accompagnement permettra au patient d’accepter sa différence et sa non-conformité ainsi que sa singularité physique qui ainsi pourra être rejetée ou acceptée.
Un véritable travail de renarcissisation sera nécessaire pour ne pas se sentir infériorisé dans un tel choix. En effet, l’amour de l’autre semble suspect dans un tel corps et il y aura lieu d’en discuter afin de dissiper les doutes et certains malentendus.
Il faudra aussi pouvoir accepter d’avoir un enfant sans amaigrissement préalable, en dissipant toutes les peurs qui seront majorées dans ce cas.
Il pourra s’avérer nécessaire d’envisager les difficultés rencontrées avec l’entourage familial et amical ainsi qu’avec toute autre personne bien intentionnée et pensant agir pour notre bien en nous rappelant les dangers d’être trop gros. Il arrivera parfois que de véritables enjeux relationnels apparaissent au sein de familles dysfonctionnelles qui avaient commodément désigné le patient comme étant le responsable de leur dysfonctionnement.
Enfin, il est important de prendre en compte cette affection chronique qui demande une surveillance médicale spécifique face à des fragilités connues et répertoriées.
Au bout du compte, de véritables enjeux thérapeutiques se dessinent. Il s’agira donc d’une part de découvrir le poids d’équilibre ou set point grâce à un travail sur les sensations alimentaires et d’autre part d’effectuer une prise en charge émotionnelle et un travail sur les désirs occultés par le désir envahissant et impérieux de maigrir coûte que coûte. Que faire de ces rêves de vie idéale dans un corps aminci ? Que faire de l’utopie d’un amaigrissement possible ? Et pourtant n’est-ce pas un préalable à toute prise en charge efficace ?
Le premier entretien en psychodynamique
Dr Bernard WAYSFELD, psychiatre, Paris
Psychodynamique : équivalent de « psychanalytique » connotant cependant une démarche plus active que la psychanalyse classique : position de face à face ; interventions plus souples et attitude moins frustrante du thérapeute ; travail sur le transfert n’excluant pas une attitude de « coaching ».
En premier lieu, savoir et accepter que le transfert existe, dans toute relation médicale comme dans la vie : c’est la projection normale de tout sujet sur son interlocuteur, surtout si ce dernier est à l’écoute et relativement silencieux – pour reprendre la définition de Lacan, le transfert est positif quand le patient a son thérapeute « à la chouette », il est négatif quand il l’a « à l’œil ». Le transfert permet le déplacement de la problématique du sujet sur son thérapeute, ce qui constitue un temps essentiel du traitement puisque cette relation offre une sorte de deuxième chance pour aborder sa propre histoire.
Certains sujets doivent être écartés d’emblée d’un processus psychodynamique : ceux qui doivent être traités par des médicaments et adressés chez les psychiatres, les déprimés sévères, les psychotiques décompensés et les sujets souffrant de pathologies somatiques récidivantes dans le cadre d’une désorganisation progressive.
Devront également être écartés les pervers, qu’ils soient fétichistes en se fixant sur une partie de l’autre ou masochistes égrenant la litanie de leurs malheurs comme une sorte de raison d’être.
Les sujets souffrant d’obésité et/ou de troubles du comportement alimentaire devront bénéficier ailleurs, auprès d’un diététicien ou d’un nutritionniste, de conseils adéquats : apports caloriques suffisants, équilibre, diversification, lutte contre la restriction cognitive.
C’est à travers 2 à 4 entretiens préliminaires que pourra être décidé le principe d’une psychothérapie psychodynamique : type ; fréquence ; montant des honoraires…
Dans le cadre particulier qui nous occupe, le carnet affectivo-alimentaire, permettant de noter les états émotionnels en regard des prises alimentaires constitue une excellente entrée en matière – outre qu’il entraîne (si le sujet accepte de le tenir) une auto limitation des prises, il permet de voir et surtout de revoir ce qui aurait naturellement disparu après consommation : l’aliment. C’est donc une manière de réintroduire du symbolique en ce sens qu’il permet la représentation de ce qui n’est pas (ou plus) là.
Il pourra être complété par l’auto-questionnaire de B. Waysfeld qui permet de faire la part des facteurs organiques, psychologiques et iatrogènes pour 10 minutes de passation et 10 minutes de dépouillement. Il permet ainsi de préciser l’opportunité d’une psychothérapie psychodynamique (Anxiété et/ou Dépression présentes, fragilité psychologique pas trop sévère, par exemple).
Dès lors que le cadre est mis en place, la question que se pose le thérapeute pourrait être : qui suis-je pour ce patient ? Son père, sa mère, sa fille, son oncle, son grand-père, sachant qu’au cours du travail, toute la famille va y passer .
Chemin faisant, sera abordée la question de la structure psychologique, psychotique centrée sur la fusion à l’autre ou névrotique centrée sur le génital et comportant souvent une sorte de scénario originel décompensateur : dans le domaine qui nous occupe, c’est souvent celui d’une mère qui n’a pas été suffisamment présente, caressante et qui n’a pas, ou qui n’aurait pas permis à son enfant, le plus souvent une fille, de se constituer un « moi-peau », une limite entre le moi et la réalité, avec dès lors un sentiment de danger face à cette réalité. « J’ai toujours manqué de bras » disent-elles souvent et c’est souvent dans les bras d’un homme, mari ou amant, qu’elles recherchent répétitivement, sans le savoir, cette enveloppe maternelle introuvable.
C’est très vite la question du Désir qui se pose : de l’obésité hystérique, « ne pas être désirable pour ne pas être désirée », à celle du délinquant alimentaire incapable de différer son impulsion à se saisir de l’objet, car n’ayant pas, en son temps, été conditionné au manque, temps d’attente qui permet l’élaboration du désir. C’est dans ce temps-là que se met en place la représentation de l’objet, donc l’ordre du symbolique : l’appréciation des capacités de symbolisation est donc aussi au cœur de cette première rencontre.
Quelques vignettes cliniques peuvent être repérées au cours d’une première rencontre : une rivalité frère-sœur où la fille a mis en place, sans le savoir, une obésité phallique pour rivaliser avec un frère cadet préféré par la mère ; le scénario de « l’enfant de remplacement » où, après la mort d’un aîné, le suivant doit symboliquement occuper la place pour deux ; les difficultés du sevrage, réactivées par les deuils et les pertes où il est presque toujours question d’incorporer (des aliments) pour ne pas avaler, accepter la perte de l’autre, de l’être aimé. Combler du vide affectif par du plaisir alimentaire en somme.
Au-delà de ces quelques repères, c’est bien sûr la question du temps qui va se poser : en semaines, en mois, en années ; autant qu’il faudra pour que le lien avec le thérapeute soit signifiant, structurant et permette l’épanouissement du transfert quand tout ou presque aura été vécu (revécu ?) sur cette autre scène ; alors, fort naturellement, le thérapeute sera en quelque sorte « désaffecté », dans un mouvement de vacillement libérant le sujet de son lien. C’est bien ce rôle de catalyseur que joue le thérapeute dans l’approche psychodynamique, à la fois indispensable pendant la durée du travail et parfaitement inutile dès lors qu’il ne fait plus partie de la solution.
Pour en savoir plus, voir: Quelques aspects psychanalytiques concernant le surpoids et la relation à l'aliment
Le premier entretien en TCC
Mme Laurence COLLET-ROTH, psychologue, Lyon
Le premier entretien en thérapie comportementale et cognitive correspond à l’analyse fonctionnelle qui est la phase initiale de la thérapie. Le recueil d’observations comportementales et cognitives se fait sur le mode interactif afin d’établir les points multifactoriels de la problématique. A partir des antécédents structuraux (facteurs socioculturels, familiaux, individuels, évaluation des cognitions alimentaires) et immédiats (difficultés de discrimination des stimulis externes et internes, restrictions alimentaires intératives, déclencheurs de stress et perte de contrôle), on élabore des hypothèses sur les données d’apparition des comportements problèmes, sur les facteurs aggravants et de maintien liés aux freins cognitifs.
La trilogie interactive « faits, émotions, pensées » et donc antécédents et conséquences, sera envisagée pour établir des objectifs non discordants entre patient et thérapeute. Sans l’analyse fonctionnelle préalable en TCC, la thérapie peut être un échec, même s’il existe alliance thérapeutique et thérapeute compétent.
Pour en savoir plus, voir : Les thérapies comportementales et cognitives
Les ateliers du goût
Mme Ulla MENNETEAU, diététicienne, Riom
Les personnes qui n’ont pas de problème avec la nourriture mangent globalement selon leur faim et leurs envies en se faisant plaisir. De cette façon, elles tiennent spontanément compte de leurs besoins caloriques, nutritionnelles et émotionnelles et restent à un poids stable. Cette façon de manger leur permet de ne pas ressentir pas le besoin de manger en dehors des moments où elles ont faim ou de continuer au-delà du moment où leurs de leurs besoins énergétiques ont été couverts car elles ont déjà eu suffisamment de stimulations sensorielles et de plaisir pendant qu’elles avaient encore faim pour ne pas avoir besoin de continuer « par gourmandise » après la perception de la satiété.
Pour une personne en lutte contre son corps et les aliments dans l’objectif de perdre du poids ou ne pas en prendre, cette régulation est difficile. La prise alimentaire ne permet pas d’apporter le plaisir alimentaire nécessaire pour s’arrêter le repas au moment où les besoins énergétiques ont été couverts car la personne a du mal à s’accorder le plaisir de manger, à penser du bien des aliments choisis et d’elle-même au moment du repas. Elle n’arrive donc pas à manger et déguster avec plaisir et attention et profiter pleinement de chaque bouchée.
Les avantages du travail sur le goût, la dégustation attentive et le plaisir gustatif sont de permettre au patient d’acquérir une autre façon de manger qui l’aide à perdre du poids en permettant de manger moins mais avec plus de plaisir. Ce travail permet également au patient de se considérer autrement d’une façon générale et de se sentir mieux dans son corps et par rapport aux autres.
Le fait d’apprendre à déguster amène le patient à découvrir les signaux positifs que son corps lui adresse lorsqu’il mange. Etre attentif à ses sensations gustatives lui permet de repérer petit à petit des sensations de faim et de rassasiement agréable, souvent difficiles à percevoir chez ces patients en qui ont pris l’habitude pour de multiples raisons de chercher à oublier le plus possible leur corps et ses signaux. La découverte et l’observation attentive de ces sensations permettent aussi de découvrir que la sensation de faim est différente de celle qui accompagne telle ou telle émotion et d’apporter des réponses différentes selon les sensations et les émotions.
Certains aspects du goût sont très utiles pour aider le patient à se percevoir comme une personne unique et valable :
- Chacun a un appareil gustatif différent. Les goûts perçus des uns sont différents des goûts perçus des autres. On ne peut donc pas se fier au jugement des autres pour connaître les caractéristiques gustatives exactes d’un aliment. Se rendre compte de cette relativité, du droit de percevoir les choses à sa façon, aide beaucoup ces personnes qui ont du mal à se faire confiance et qui ont tendance à se fier aux jugements des autres.
- La mémoire olfactive évoque des ambiances et des émotions qui chargent chaque arôme d’un sens différent selon la personne qui déguste en fonction de son histoire personnelle. Etre conscient de l’impact de son passé sur les repas d’aujourd’hui à l’accepter comme une connaissance précieuse et utile.
- Le toucher permet à la personne de se concentrer en mangeant et mieux définir très exactement ce qui lui convient, de devenir exigeante devant les aliments.
- L’ouie intervient surtout en ce qui concerne l’ambiance dans laquelle on mange. Les ateliers sont l’occasion pour le patient de se rendre compte combien tous nos sens sont en éveil lorsque nous mangeons et combien il est intéressant d’être attentif à tous ces signaux.
- La vue est souvent le seul sens mis en oeuvre dans l’acte alimentaire : elle donne une idée du goût que peut avoir l’aliment. Souvent, la personne s’en tient à cette idée sans se demander si l’aliment correspond au goût imaginé et ne perçoit pas l’aliment réel qu’il mange et qui le rassasie. Il risque alors fort d’en manger trop. Il s’agit donc lors des ateliers de faire découvrir combien la vue peut nous tromper et nous empêcher de déguster l’aliment présent et de montrer comment et pourquoi utiliser les autres sens que la vue.
Les ateliers du goût permettent à chaque participant de se rendre compte de ces aspects en les vivant avec tous ses sens. Il permet également aux patients de se rendre compte qu’ils ne sont pas seuls avec leurs difficultés et de voir en l’autre un égal confronté à des problèmes semblables aux siens et non une personne parfaite qui peut le juger.
Je donnerai des idées concrètes d’organisation et de déroulement de différents types d’ateliers du goût et je présenterai des expériences que j’ai pu faire dans ce domaine.
Manger des aliments "interdits"
Mme Katherine KURETA-VANOLI, diététicienne, Clamart
Dans nos consultations, nous recevons tous les jours des patients qui veulent perdre du poids ou ne pas en prendre. Ils nous demandent de l’aide pour résoudre ce problème. La pensée actuelle est qu’il faut suivre un régime pour perdre du poids.
Herman et Polivy considèrent que la pratique des régimes amaigrissants induit un état de restriction cognitive caractérisé par des périodes de contrôle, au cours desquels le sujet ne tient pas compte de ses sensations alimentaires, alternant avec des périodes de perte de contrôle qui peuvent prendre l’aspect d’accès hyperphagiques, de compulsions ou de grignotages.
De nombreux régimes existent. Ils consistent à écarter ou à contingenter certaines catégories d’aliments, notamment les aliments gras ou sucrés, dont on suppose le pouvoir « grossissant ».
Rien ne prouve que la présence d’aliment gras et /ou sucrés soit responsable à elle seule la prise de poids d’un individu. Les études épidémiologiques révèlent en effet d’étonnantes exceptions dans la relation entre la corpulence et la consommation de lipides. Par ailleurs, certains pays qui ont sensiblement réduit leur consommation de lipides ne sont pas parvenus pour autant à freiner la progression de l’obésité.
Alors interdire des aliments : est-ce la bonne attitude ?
Interdire un certain nombre d’aliments pourrait être justifié s’il était prouvé que cela, à long terme, résolve les problèmes de poids de nos patients et que cela n’a aucune conséquence néfaste pour eux. Or tel n’est pas le cas.
La mise en place d’aliments interdits a des conséquences sur l’inconscient du mangeur et le met dans un état d’hypercontrôle face à son alimentation.
- Il est installé dans un système de croyance : « Certains aliments me feront grossir, même si j’en mange un peu et d’autres me feront maigrir, même si j’en mange beaucoup ».
- Il ne respecte pas sa régulation interne : par crainte d’avoir faim, il mange avant d’avoir faim et ignore son rassasiement.
- Il s’interdit de manger certains aliments qu’il aime et se convainc qu’il aime ceux qu’il s’autorise à manger.
- Il mange plus que nécessaire les aliments qu’il s’autorise, ainsi que ceux qu’il tente de s’interdire. Son fonctionnement inconscient peut être illustré par les idées suivantes : « Si je mange beaucoup d’aliments autorisés, je n’aurai pas envie des aliments interdits » et « si je consomme un aliment interdit, je dois en manger beaucoup, car je n’y aurai plus droit par la suite »
- Son comportement alimentaire est influencé par des émotions induites lors de la consommation des aliments : il ressent de la culpabilité, de la frustration, il est anxieux à l’idée de manquer de certains aliments ou de succomber à ses envies d’aliments interdits.
Comment pouvons-nous amener nos patients à faire la paix avec leurs aliments ?
Il nous faut leur permettre de découvrir et accepter leur goût propre : repérer leurs aliments préférés.
Il nous faut leur faire accepter d’en manger régulièrement, sans peur, ni remords, tout en répondant à leur demande de perte poids.
La connaissance que nous avons des aliments et de leur apport énergétique, de la physiologie nutritionnelle et des processus de régulation, nous permettra de fournir un apport théorique et explicatif. Il permettra de convaincre le patient de modifier ses croyances et l’incitera à changer son comportement alimentaire.
Mais cette démonstration théorique n’est pas suffisante. Il est nécessaire qu’il fasse lui-même l’apprentissage de ces nouvelles connaissances. Puisqu’il est convaincu que certains aliments le font grossir, il faudra lui prouver qu’il est possible de maigrir en les consommant. À travers quelques exercices bien encadrés, expliqués, nous lui proposerons de réintroduire les aliments qu’il s’est interdit.
Nous lui prouverons pas après pas, qu’aucun aliment ne fait grossir, que c’est la quantité consommée et les raisons pour lesquelles nous mangeons qui peuvent être mal adaptées.
Rapidement il se sentira plus serein, plus autonome.
