Samedi 27 mai 2017

L'impulsivité alimentaire

L’impulsivité alimentaire


Nous savons aujourd’hui traiter la restriction cognitive. Nous avons appris à substituer au contrôle mental du comportement alimentaire un contrôle par les sensations alimentaires qui sont la véritable expression des besoins de l’organisme.


Reste à relever un immense défi : comment résoudre la question de l’impulsivité alimentaire qui se définit par le fait qu’une émotion entraine de façon réflexe une envie de manger (Emotion -> Envie de manger -> Manger). Comme le chien de Pavlov conditionné pour avoir envie de manger quand il entend retentir la cloche, nos patients sont conditionnés pour avoir envie de manger quand ils entendent retentir le bruit d’une émotion.


Ce mécanisme, conséquence d’un conditionnement opérant, résulte d’un renforcement négatif : l’ingestion d’un aliment riche parvient à soulager momentanément un état de tension émotionnel. Le comportement d’ingestion ainsi renforcé, le patient développe une dépendance comportementale à l’égard de l’aliment. Plus le patient sollicite ce mécanisme, plus la dépendance s’accentue et plus la réponse alimentaire survient pour des émotions de faible intensité. Le mécanisme est aggravé par le fait que la réponse alimentaire induit elle-même des émotions négatives liées à la perte de contrôle et à la prise de poids. Du fait du processus impulsif, ces émotions négatives accentuent les envies de manger. Le patient est piégé dans un cercle vicieux qui augmente son intolérance émotionnelle et ne parvient plus à supporter ses situations d’inconfort émotionnel.


Face à ce cercle vicieux, la réaction la plus spontanée consiste généralement à tenter de réduire les déclencheurs émotionnels ou à tenter de lutter contre les envies de manger. On s’engage dans les deux cas dans une lutte souvent vaine dont il est rare que l’on sorte vainqueur.
Il est pourtant possible d’envisager une autre alternative qui consisterait à augmenter la tolérance du patient à ses inconforts émotionnels. L’entraîner à mieux supporter ses émotions, lui apprendre à les observer sans chercher à s’y soustraire, notamment par des prises alimentaires.
Pour utiliser une métaphore, nous pourrions imaginer nos patients engagés dans une fuite en avant pour tenter d’échapper à une vague émotionnelle qui les poursuit. Malgré tous leurs efforts, ils finissent toujours par être rattrapés et submergés par cette émotion. Une autre solution serait d’arrêter de courir et de se retourner pour faire face à la vague, l’observer venir et la laisser passer. Mais résister à la force d’une vague sans être emporté par celle-ci n’est pas si simple. C’est à ce moment qu’il faut pouvoir disposer de ressources, ou en construire de nouvelles, afin de se maintenir, sans chercher à s’enfuir, dans cette situation d’inconfort émotionnel.
La pleine conscience nous entraine à observer et accueillir nos émotions. Cette technique nous apprend à détecter les sensations physiques et les pensées désagréables qui les accompagnent, à les observer avec une curiosité détachée et sans jugement. Elle nous permet ainsi de nous maintenir dans des situations d’inconforts physiques et émotionnels et d’augmenter ainsi notre tolérance à ces situations.


Les programmes de thérapie basés sur la pleine conscience sont validés pour de nombreuses indications et présentent des résultats intéressants. Ces programmes ne sont actuellement pas adaptés pour être appliqués tels quels aux troubles du comportement alimentaire. Ils constituent néanmoins une piste très sérieuse de réflexion pour la prise en charge de l’impulsivité alimentaire. Les premières tentatives engagées dans ce sens me semblent suffisamment prometteuses pour être poursuivies et conduire à la mise en place de cadres thérapeutiques plus rigoureux. Le cadre théorique dont nous disposons nécessite maintenant d’être soumis à l’épreuve du cas clinique pour aboutir à un modèle facilement reproductible. Je pense que nous tenons là un outil qui pourrait se révéler d’une grande puissance mais qui nécessite encore d’être approfondi.

Affaire à suivre…

Jean-Philippe ZERMATI

  • Dernière mise à jour: 19/11/15 16:54
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