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« Un État totalitaire vraiment "efficient" serait celui dans lequel le tout-puissant comité exécutif des chefs politiques et leur armée de directeurs auraient la haute main sur une population d'esclaves qu'il serait inutile de contraindre, parce qu'ils auraient l'amour de leur servitude. La leur faire aimer – telle est la tâche assignée dans les pays totalitaires d'aujourd'hui, aux ministères de la propagande, aux rédacteurs en chef de journaux, et aux maîtres d'école. »
Aldous Huxley, Le meilleur des mondes
Faut-il brûler les obèses, tel est le titre provocateur que le GROS avait choisi pour la conférence de presse tenue lors des 6èmes Rencontres organisées par l’association.
Qui pense à brûler les obèses ? Certes pas, à les entendre, nos politiques, qui ne veulent que le bien des Français, et qui veulent des Français en bonne santé, afin de réduire les frais médicaux. Certes pas le corps médical, qui ne veut que le bien des patients, et pour qui il apparaît légitime de pousser toute personne en surcharge pondérale à maigrir.
Que de bonnes intentions !
Mais l’Enfer, c’est connu, en est pavé !
Toutes ces bonnes intentions débouchent sur un nouveau modèle de société, que certains qualifient de fascisme sanitaire.
Le fascisme sanitaire en matière d’obésité, c’est l’intolérance exacerbée face à la différence physique, c’est la surveillance des déviations pondérales par le corps médical, c’est la moralisation et la diététisation de l’alimentation, c’est le rejet des personnes aux corps non conformes, ce sont des brimades et des punitions pour les récalcitrants. En attendant pire…
Rappelons quelques vérités : on ne fait pas ce qu’on veut de son corps, et celui n’est pas transformable à la demande. Certains, pour des raisons génétiques, ou qui tiennent à leur parcours pondéral, ou encore à leur psychologie, sont rondouillards, voire plus, et le resteront. Leur reprocher d’être comme ils sont est injuste et stupide. Il n’est pas vrai qu’on est gros simplement parce qu’on a mal mangé, des aliments immoraux, diététiquement incorrects, et qu’on maigrit dès lors qu’on se met à manger des aliments diététiquement corrects. Ceux qui ont fait des régimes amaigrissants le savent bien : arrive un moment, tôt ou tard, où « ça se met à manger », malgré soi, où le mangeur est agi par des forces psychophysiologiques qui le dépassent.
Une médecine conséquente, dénuée de toute-puissance, devrait viser les objectifs suivants :
Une prévention conséquente et humaniste, telle que nous l’avons développée dans les Propositions du GROS pour une politique de santé publique en matière d'obésité, devrait obéir aux principes suivants :
Mais ce n’est pas à cela qu’on assiste. Tout au contraire, les pouvoirs publics, le corps médical, organisent la chasse à l’obèse, sous prétexte de prévention. On se propose de détecter tout enfant s’écartant des normes pondérales et de le placer sous surveillance diététique. Ses parents, soupçonnés de mal le nourrir, de lui donner accès à des aliments diététiquement incorrects, ne sont pas loin d’être accusés de maltraitance à enfant. Des cas comme celui du petit Connor britannique, qu’on a songé à retirer à sa mère jugée incompétente, ne sont pas si rares et se déroulent tout autour de nous, dans le silence des médias.
Toujours en ce qui concerne les enfants, ceux-ci font l’objet d’un matraquage où le nutritionnellement correct est présenté comme une nouvelle morale et où l’obésité devient la conséquence de fautes alimentaires, de conduites immorales. Il devient alors légitime de faire honte aux enfants gros, à moins qu’on ne les prenne en pitié, ce qui n’est guère mieux.
Dans le monde du travail, là aussi, il ne fait pas bon ne pas être conforme. Les entreprises considèrent qu’il est de leur intérêt d’avoir des employés en bonne forme physique. Il paraît dès lors logique pour elles de ne pas embaucher, ou bien de licencier les personnes non conformes, soupçonnées d’être moins performantes. (voir Le fascisme sanitaire avance à grands pas, chronique de Septembre 2008.
Le rejet des personnes pondéralement non conformes se fait aussi bien évidemment sentir dans la vie relationnelle de tous les jours, dans les regards désapprobateurs lancés aux gros, dont les péchés se lisent dans la silhouette. Les discours sur l’obésité tenus par les pouvoirs publics, par le corps médical, par le corps enseignant, assimilant l’obésité à un manque de savoir manger, à une faute personnelle, réparable si l’individu accepte de venir à résipiscence, conduisent naturellement à penser que si l’obèse ne maigrit pas, c’est qu’il est une personne de moindre valeur, sans intelligence ni volonté. Il n’est donc ni désirable ni aimable.
Certes des organismes comme la Halde, le Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité, récemment mise en place, font de l’excellent travail, mais que peut une telle organisation contre ces messages subliminaux permanents, qui susurrent qu’on est gros en raison de fautes ou d’erreurs personnelles, d’un manque de respect de la morale alimentaire ?
Je m’inquiète du devenir de nos enfants qui, pour toute éducation alimentaire, ne reçoivent qu’une information nutritionnelle.
Je m’inquiète pour le sort des pas-encore-gros, tous ceux qui n’ont aucun problème pondéral, mais qu’on angoisse et culpabilise, à qui on fait perdre le plaisir de manger.
Je suis profondément révolté par ce sort injuste fait aux personnes en difficulté avec leur poids et leur comportement alimentaire.
Tous subissent cette exacerbation de la pression sociale, imposant à tous un corps svelte, ayant les apparences de la jeunesse, sous peine d’être rejeté par la société. Tous subissent les fausses solutions que sont la surveillance diététique et l’agitation corporelle obligatoire.
Le terme de fascisme sanitaire, dans ces conditions, ne me paraît pas exagéré. Je persiste et signe !
Gérard Apfeldorfer, 26 novembre 2008
Lire aussi : Le GROS, Mars, le PNNS, le ministère de la santé et les autres…
Page créée le 1er décembre 2008.
Dernière Mise à Jour le 1er décembre 2008