GROS, Groupe de Réflexion sur l'Obésité et le Surpoids
Rechercher :  
La Lettre du GROS
Tags les plus populaires
Le GROS

Qui est le GROS ?
Le mot du rédac'chef
Faut-il brûler les obèses ?
Formations du GROS
Activités de l'association
Les positions du GROS
Le GROS et le PNNS 2
Politique de santé publique en matière d'obésité
Devenir membre du GROS
Les anciennes Rencontres du GROS
La tribune du GROS
Statuts du GROS
Règlement intérieur du GROS
Contactez-nous

Les rencontres du GROS

Abstracts des anciennes Rencontres du GROS :

1ères Rencontres (2002)
2èmes Rencontres (2004)
3èmes Rencontres (2005)
4èmes Rencontres (2006)
5èmes Rencontres (2007)
6èmes Rencontres (2008)

Les abstracts des 1ères Rencontres du GROS

SYMPOSIUM 1
Compte rendu >> voir
Apprentissage des besoins alimentaires chez le jeune enfant. Natalie RIGAL >> voir
Impact de la restriction des mères sur les apprentissages alimentaires des enfants. Matty CHIVA. >> voir
Rassasiement, goût et contenu émotionnel des aliments. Jacques PUISAIS >> voir

SYMPOSIUM 2
Compte rendu >> voir
Mécanisme de commande de la prise alimentaire et restriction cognitive. France BELLISLE >> voir
Le médecin nutritionniste face à la restriction cognitive. Arnaud BASDEVANT >> voir
La restriction cognitive : description clinique. Anne-Marie DALIX >> voir
Place de la restriction cognitive dans le modèle psychosensoriel. Jean-Philippe ZERMATI >> voir
Place du traitement de la restriction cognitive dans la prise en charge des personnes en difficulté avec leur poids.
Gérard APFELDORFER >> voir

SYMPOSIUM 3
Peut-on maigrir en augmentant son activité physique ? Yves SCHUTZ >> voir

SYMPOSIUM 4
Compte rendu >> voir
Le corps à travers le temps et les cultures. Francine DURET-GOSSART >> voir
Corps sans limite ? Jean-Pierre LEBRUN >> voir
L’En-Bon-Point, les images du corps féminin entre rondeur et minceur. Bruno REMAURY >> voir
Les liens précoces entre les sensations corporelles et les images de soi. Suzanne ROBERT-OUVRAY >> voir
Echec de la symbolisation, le corps en danger.André YHUELLOU >> voir

SYMPOSIUM 5
Compte rendu >> voir
Obésité : relations gènes / environnement et aspects transgénérationnels. Claudine JUNIEN >> voir
Troubles du comportement alimentaire : l’oralité revisitée - Maurice CORCOS >> voir
Obésité, génétique et oralité, approche clinique - Bernard WAYSFELD >> voir

SYMPOSIUM 6
Compte rendu >> voir
Au nom du poids : nouveaux évangiles, nouvelle liturgie - Pierre PEUTEUIL >> voir
Des traditions à la mal bouffe : la part des évidences et des idéologies - Olivier ASSOULY >> voir

>> retour haut de page

vendredi 15 et samedi 16 novembre 2002

Le GROS vient d'organiser son premier congrès scientifique. L’originalité de ces Rencontres a été d’approfondir certains thèmes liés à l’obésité et aux traitements proposés, de revisiter les idées reçues en faisant appel à des spécialistes reconnus de disciplines variées : biologistes, physiologistes et neurophysiologistes, médecins des spécialités concernées, spécialistes des sciences humaines.
Ces premières Rencontres du GROS, qui ont réuni 330 participants enthousiastes et passionnés, peuvent être considérés comme un succès. Des orateurs, souvent brillants, nous avons tous beaucoup appris. Les résumés qui suivent, ainsi que les abstracts, permettront à ceux qui n’ont pas pu être présents de se faire une idée de ce que furent ces journées.

Président du Congrès : Dr Jean Philippe ZERMATI
Président Scientifique : Dr Gérard APFELDORFER

Comité d'organisation :
Mme Anne-Marie DALIX
Dr Francine DURET-GOSSART
Mme Katherine KURETA-VANOLI
Mme Annie MARTINEAU
Mme Dominique AMAR-SOTTO
Dr Pierre PEUTEUIL
Dr Bernard WAYSFELD

En pré-congrès : Journée de Formation, le Jeudi 14 novembre 2002

VENDREDI 15 NOVEMBRE 2002

SYMPOSIUM 1

PREVENTION DE L’OBESITE INFANTILE : EDUCATION SENSORIELLE OU EDUCATION NUTRITIONNELLE

Président : Jacques PUISAIS (Institut du goût, Poitiers)

- Introduction aux problèmes posés par l'obésité de l'enfant. Dominique-Adèle CASSUTO (nutritionniste, Paris).
- Apprentissage des besoins alimentaires chez le jeune enfant. Natalie RIGAL (psychologue, Paris)
- Conséquences de l’apprentissage d’une norme sur les pratiques alimentaires. Claude FISCHLER (sociologue, Paris)
- Impact de la restriction des mères sur les apprentissages alimentaires des enfants. Matty CHIVA (psychologue, Paris).
- Rassasiement, goût et contenu émotionnel des aliments. Jacques PUISAIS (Institut du goût, Poitiers).

Compte-rendu du symposium 1 :

L’obésité infantile monte ! Dans tous les pays occidentaux, les enfants obèses ou grassouillets sont de plus en plus nombreux. Et, à ce sujet, diverses questions se posent : quelles sont les causes, et comment faire face à ce qu’on a appelé une " épidémie d’obésité " ?
Jean-Michel Borys, médecin nutritionniste à Armentières, pressenti pour nous parler de l’expérience passionnante de Fleurbaix-Laventie, n’a finalement pas pu être présent pour des raisons indépendantes de sa volonté.
Dominique-Adèle Cassuto, médecin nutritionniste à Paris, nous fait un état des lieux : certes l’obésité infantile progresse en France à la même vitesse qu’aux Etats-Unis, mais nous partons de bien moins haut, si bien que notre pays paraît comparativement presque protégé. Il n’en reste pas moins que la progression est tout aussi inquiétante, et qu’on doit y répondre. Mais doit-on le faire en apprenant aux parents et aux enfants des rudiments de nutrition et en prônant une alimentation saine et équilibrée, sur le modèle de ce qui se fait dans l’expérience de Fleurbaix-Laventie, ou bien existe-t-il d’autres possibilités ?
Natalie Rigal, psychologue et chercheur, maître de conférences à Paris X-Nanterre, souligne le plaisir à manger peut s’éduquer et qu’il semble plus efficace pour réguler les prises alimentaires des enfants que les conseils diététiques, difficiles à intégrer et culpabilisants. Les enfants ont apparemment une meilleure régulation que les adultes, mais il existe de grandes différences d’un individu à l’autre. La façon dont les mères nourrissent leur enfant semble jouer un rôle fondamental dans la capacité d’ajustement calorique de leur progéniture.
Quoique le caractère innée des préférences alimentaires soit indéniable et que les enfants de 4 à 5 ans aiment les produits nourrissants, gras et sucrés, à la flaveur discrète, il est aussi possible d’influencer les préférences gustatives des enfants… à condition de s’y prendre de la bonne façon.
Matty Chiva, psychologue et professeur à Paris X-Nanterre, approfondit le délicat problème du nourrissage des enfants par leur mère. Plusieurs études récentes mettent en effet en évidence le fait que, lorsque les mères cherchent elles-mêmes à contrôler leur poids par des pratiques de restriction cognitive, leurs enfants développent davantage de troubles du comportement alimentaire et de problèmes pondéraux. Lorsqu’on sait la fréquence aujourd’hui de telles pratiques dans la population féminine, on ne peut s’empêcher de voir là un facteur (parmi d’autres, assurément) de la montée de l’obésité infantile. En quelque sorte, et en caricaturant, les mères font des régimes, les enfants deviennent gros…
Claude Fischler, sociologue à Paris, aborde quant à lui le rôle de l’apprentissage chez l’enfant de normes alimentaires et les effets qui en résultent sur les comportements alimentaires. Il nous dresse un panorama détaillé de la façon dont on apprend les règles qui gouvernent nos façons de manger. L’individualisation des comportements, tant en ce qui concerne les choix alimentaires que les modalités des prises alimentaires, conduit à une dérégulation qui semble préjudiciable. Peut-être tenons-nous là un autre facteur explicatif des problèmes alimentaires contemporains.
Enfin, Jacques Puisais, de l’Institut du Goût de Poitiers, rappelle que l’attention portée au goût des aliments, et en définitive le plaisir à manger, sont essentiels dans l’acte alimentaire. Manger n’est pas seulement ingurgiter des nutriments, c’est manger des aliments ayant un contenu émotionnel, s’inscrivant dans une culture, une histoire familiale et personnelle. Pour qu’un aliment soit rassasiant, il doit tout à la fois être bon à manger et bon à penser.
A l’issue de ce symposium, je me prends à rêver : au lieu de tenter de transformer nos chères têtes blondes en petits nutritionnistes en herbe, de moraliser à tout va, ne conviendrait-il pas plutôt de leur apprendre à apprécier ce qu’ils mangent ? Au lieu de les laisser seuls en tête-à-tête avec télévision et réfrigérateur, ne faudrait-il pas reconférer une certaine solennité à l’acte alimentaire, rétablir des manières de table dignes de ce nom, favorisant par là même une prise alimentaire plus consciente, plus attentive, dans un climat émotionnel apaisé et joyeux ? Il va de soi que des mères elles-mêmes terrorisées par les aliments " diététiquement incorrects ", angoissées à l’idée que leurs enfants risquent d’avoir les mêmes problèmes pondéraux qu’elles, sont peu armées pour y parvenir.
G. Apfeldorfer

>> retour haut de page

L'apprentissage du plaisir alimentaire chez l'enfant. Natalie RIGAL

L’apprentissage du plaisir alimentaire chez l’enfant
Natalie RIGAL (psychologue), Maître de conférences à l’Université de Paris-X-Nanterre
nrigal@wanadoo.fr

L’objectif de mon intervention est de montrer que le plaisir de manger peut s’apprendre et qu’il semble plus efficace à réguler les prises alimentaires des enfants que des conseils diététiques souvent difficiles à intégrer et culpabilisants. Pour cela, trois questions doivent être abordées.
1/ Les enfants ont-ils la capacité de réguler leur consommation en fonction des signes internes de faim et de satiété? Sans que l’on sache se prononcer définitivement sur cette question, il semble que les enfants soient de meilleurs régulateurs que les adultes. Cependant, il existe dès le plus jeune âge de grandes différences interindividuelles: on oppose les individus de type interne (sensibles aux signaux biologiques internes) à ceux de type externe (réagissant aux signes extérieurs de la consommation : l’heure ou le contenu de leur assiette).
2 / Une faible capacité d’ajustement calorique chez l’enfant entraine-t-elle une prise de poids excessive ?. Le peu de données qui répondent à cette question sont contradictoires. De la littérature ressort cependant un lien entre le style de nourrissage des mères et la capacité d’ajustement calorique de leurs enfants.
3 / Le plaisir de l’enfant pour certains aliments est-il inné? Seules les sensations gustatives font l’objet de réponses universelles de plaisir ou de déplaisir. Cependant, on observe chez les enfants français dès l’âge de 4/5 ans un fort consensus autour de certains aliments: les produits nourrissants, sucrés et/ou gras, à la flaveur peu développée sont largement appréciés; en revanche, les produits peu rassasiants et forts en flaveur sont rejetés par le plus grand nombre. On ne connaît pas encore les déterminants de ces préférences et rejets alimentaires, mais on commence à pouvoir répertorier un ensemble de pratiques qui permettent à l’enfant de trouver du plaisir à consommer des aliments au départ rejetés.

>> retour haut de page

Impact de la restriction des mères sur les apprentissages alimentaires des enfants. Matty CHIVA

Impact de la restriction des mères sur les apprentissages alimentaires des enfants
Pr. Matty Chiva (psychologue, Paris)
Université de Paris X – Nanterre
matty.chiva@wanadoo.fr

La prise alimentaire est un acte universel, quotidien, présent dès la naissance et perdurant toute la vie, acte banal somme toute, qui semble aller de soi. En réalité, la prise alimentaire, c’est-à-dire le simple fait de manger, est une activité complexe, qui met en jeu bien plus que les seuls mécanismes génétiques et physiologiques inscrits dans l’organisme.
Les pratiques alimentaires sont une vaste catégorie qui inclut, à la fois, ce qui précède et ce qui suit la prise alimentaire proprement dite et qui la déterminent et la modulent. Elles sont universelles et occupent une position clé dans toutes les sociétés et cultures. Ces pratiques sont centrales à la fois en tant qu’éléments indispensables au maintien de la vie, comme facteurs importants dans le cadre général de maintien de la santé, comme éléments de socialisation, de convivialité, de construction de l’identité personnelle et culturelle et, enfin, en tant que source d’émotions, de plaisirs et de découvertes. À cela il convient d’ajouter, bien entendu, également leur dimension symbolique, présente dans toutes les cultures. Enfin, le rôle des pratiques alimentaires, de leur nature et, surtout, de leur mise en place, est central dans la genèse et l’évolution des troubles des comportements alimentaires.
L’acte alimentaire, comme d’autres conduites humaines d’ailleurs, est tributaire d’une double série de facteurs : biologiques et culturels. Il est important de souligner, dès le départ, que ce double héritage n’est nullement choisi par l’individu, mais lui est imposé d’emblée. Le rôle des apprentissages est majeur dans la mise en place des pratiques alimentaires et se situe à des plans différents : sémantique, cognitif, affectif, social, culturel, symbolique… L’ensemble concourt non seulement à la mise en place des conduites alimentaires, mais aussi à la création identitaire et à la perception de soi.
Ces apprentissages se font avant tout par des mécanismes d’observation et d’imitation des modèles proposés et valorisés par l’environnement. L’environnement familial, premier cadre de vie de l’enfant, est prédominant, mais il n’est pas le seul en jeu ; en effet dans nos sociétés, la socialisation se fait d’emblée dans des environnements multiples et pouvant utiliser des références différentes.
Les modèles utilisés actuellement, suivant l’évolution des sociétés, ont changé avec le temps et les préoccupations de santé, de « forme », de modèle esthétique, occupent une place de plus en plus importante. Cela va de pair avec une modification profonde des cadres de décision et des guides éducatifs dans ce domaine, avec une méconnaissance notoire des mécanismes sous-jacents aux apprentissages des pratiques alimentaires : ainsi une place majeure est accordée aux aspects cognitifs et rationnels, au détriment des aspects sensoriels, hédoniques et affectifs, p.ex.. Or, des conseils bien argumentés, malgré leur caractère rationnel pour l’adulte, sont rarement suivis. Dans le domaine des conduites alimentaires savoir ne suffit pas pour faire.
La généralisation des modèles et des conduites de restriction cognitive, notamment maternelle, et ses conséquences, sera illustrée par des données de recherches récentes. Elles aborderont d’une part, le rôle des modèles familiaux dans la transmission des pratiques alimentaires, d’autre part, les conséquences des restrictions maternelles sur les pratiques alimentaires des enfants, notamment en tant que facteurs possibles de la genèse des TCA.

>> retour haut de page

Rassasiement, goût et contenu émotionnel des aliments. Jacques PUISAIS.

Rassasiement, goût et contenu émotionnel des aliments
Jacques PUISAIS – Institut du Goût-Poitiers
martinpuysaint@wanadoo.fr

Etre rassasié c’est avoir satisfait entièrement sa faim et sa soif. Avoir faim ou soif correspond à un besoin pressent de manger ou de boire réclamé par l’estomac qui est vide. On dit avoir la fringale voire la faim-valle et l’on cite le cas de chevaux qui s'arrêtent de travailler face à ce besoin. Le fait de satisfaire ce besoin amène à la satiété qui est l’état d’une personne complètement rassasiée.
Mais trop fatigue, lasse; l’abus du nécessaire lasse. Il y a donc un réel apprentissage dans cette quête du rassasiement qui passe par un besoin physiologique. Celui-ci a engendré un ou des désirs qui doivent conduire à un ou des plaisirs. Ceux-ci sont de deux ordres: physique (qui peut lasser), être plein, avoir l’estomac rempli, et émotionnel qui lui ne lasse jamais puisque sensoriellement on ne revit jamais le même instant.

Du désir au plaisir
Le besoin engendre un désir qui conduit au plaisir souhaité attendu. « S’emplir la panse » est alors simple lorsqu’on se sent « plein » on arrête, attendant la prochaine station qui comblera un nouveau vide.
Comme on est pressé on veut aller encore plus vite et ne pas perdre de temps pour se ravitailler comme on le fait dans les stands des écuries automobiles au cours des grands prix.
On s’emplit vite fait, satisfait du respect des normes dictées par la nutrition et l’hygiène. Tous les nutriments sont en équilibre, au gramme près, et l’excès de fausses précautions a parfois nettoyé voire vidé d’expression l’aliment ou la boisson.
Pour aller vite ou restera dans un mou facile accompagné d’un sucré «récompense». Pour donner des impressions exotiques on ajoutera du piment et pour attirer le regard on proposera un environnement « cacophonique » qui fait disparaître dans l’assiette la pièce principale sous un amas d’inutiles crudités sorties des serres de contre saison. On va même afin d’éviter d’avoir cet estomac vide jusqu’à proposer de grignoter régulièrement ainsi il n’y a plus à rassasier et ce choix ne rythme plus le quotidien.
Mais voilà, la quête du plaisir demande de l’attention, ; du temps, de l’effort. Il demande que l’on soit apte à choisir, à préparer, à présenter, que l’on prenne le temps de regarder, flairer pour, au cours de la manducation libérer le discours émotionnel intimiste de nos aliments et boissons qui nous est adressé. Car personne ne peut manger à notre place. Ainsi le repas ne doit pas être bâclé,. Il est vrai que l’école nous prépare mal à prendre son temps pour le repas. De même la vie d’adulte afin d’ accélérer la présence dans les lieux du manger, oblige à les évacuer rapidement, car on a fait trop petit, il faut donc assurer deux voire trois services. Alors l’on supprime l’effort donc le plaisir parce que l’on n’a pas laissé le temps aux choses d’être écoutées donc entendues.
Et pourtant aujourd’hui, le plaisir est considéré comme un facteur physiologique. Depuis 1950 on sait qu’il a une origine organique et qu’il joue un rôle déterminant dans nos comportements. Le plaisir n’est pas comme on l’a longtemps cru un résultat de nos actions mais au contraire un moteur universel dont on connaît l’emplacement et les connexions dans le cerveau.
On a montré que l’activation d’une région particulière du cerveau correspondant à l’hypothalamus latéral lointain produit un plaisir à l’état pur de manière spécifique et inépuisable. Du fait de nombreuses connexions elle n’est jamais au repos. Cette zone ets reliée au centre de signalisation de al douleur par une puissante connexion d’inhibition réciproque qui permet à ces deux fonctions antagonistes de se contrôler mutuellement.
Mac LEOD nous dit que l’on peut grossièrement considérer selon un axe antéro postérieur, trois zones en continuité l’une avec l’autre.
- La zone postérieure, occipito-pariétale est essentiellement sensorielle : elle élabore à chaque instant la représentation multi-sensorielle de l’objet qui nous intéresse en combinant les différentes images sensorielles qu’elle reçoit de nos différents canaux sensoriels.
- La zone médiane frontale élabore nos actions motrices sur l’objet en réponse à la représentation combinée de cet objet et des souvenirs qu’elle a pu évoquer en particulier avec la dimension de plaisir qui ne manque jamais.
- Le pôle antérieur pré-frontal, qui n’existe que chez l’homme permet la réflexion. Capable d’inhiber momentanément ou durablement toute réponse motrice, il nous donne le temps de faire de nombreux appels volontaires à notre mémoire afin de trouver la meilleure réponse parmi toutes celles qui sont possibles. Ce processus permet de maximiser le rapport plaisir/douleur associé à l’action qui se prépare, faisant de notre vie un perpétuel pari hédonistique.

LE GOUT
C’est un phénomène poly-sensoriel qui se résume selon le tableau ci-joint en un ensemble des stimulations qui nous « bombardent » lors de nos prises alimentaires. Comme le schéma l’indique, non seulement l’objet s’exprime mais également son environnement. Cette action est destinée à un sujet. Il est donc important que le sujet soit apte à cueillir ou recueillir les signaux émotionnels qui lui sont destinés.
Un premier élément sera donc de rappeler au sujet qu’elles sont ses aptitudes à entendre ces signaux à partir de l’établissement d’une carte d’identité sensorielle. Ce n’est pas une recherche normative. On va tout simplement placer le sujet face à ses aptitudes lui permettant d’arrêter ces signaux pour en profiter. Cette carte d’identité montre les faiblesses et les forces consécutives à un apprentissage plus ou moins spontané.
Le sujet est alors mis en face de face ses responsabilités lui révélant que lui seul peut goûter, personne ne pouvant le faire à sa place. A partir de cette étape il est possible de comprendre pourquoi le sujet est plus ou moins enclin à s’ouvrir vers la poly-sensorialité. Il faut ensuite entrer dans son émotionnel donc son vécu pour greffer les plages sensorielles qui paraissent encore inexploitées.
On partira d’objets émotionnels apparemment familier en les associant à un esprit d’analyse. Pourquoi telle stimulation est-elle acceptée et telle autre refusée ?

L’APPRENTISSAGE
Si l’on veut s’alimenter correctement il est nécessaire de savoir goûter. Apprendre à goûter famille de stimulations par famille de stimulations permettra au sujet de découvrir ou de parfaire ses aptitudes à goûter c’est à dire à analyser les stimulations qui viennent à lui.
Le fait que seul les mots sont capables de traduire ces stimulations engage le sujet à s’exprimer, lui montrant l’importance de son vécu.
A partir de l’instant ou en consommant une tartine de pain on est capable de s’exprimer sur la texture de la croûte et de la mie, sur ses saveurs et de l’idée de persistance qui montre après déglutition que l’objet continue de s’exprimer donne un sens à ses prises alimentaires. On ne consomme pas un ensemble muet mais au contraire bavard dont les formes d’expressions sont en relation avec une origine, un savoir-faire. Avant d’avaler on va donc prendre son temps pour décrypter le contenu émotionnel, rythmant ainsi ses prises alimentaires et montrant qu’à coté de la présence quantitative qui ressort du problème de la satiété physique, il y a la présence qualitative qui va alerter le sens du plaisir montrant ainsi que le qualitatif est plus important tout au moins aussi important que le quantitatif.
Face à l’acte alimentaire l’homme se trouve dans une situation dans laquelle son corps est engagé dans sa globalité. Alors que face à d’autres dimensions sensorielles, telles la peinture, la musique, la poésie…il demeure dans une écoute mono à la rigueur bi sensorielle.
L’intérêt qu’il porte alors à son alimentation le fait passet de l’avaleur pressé au goûteur paisible. Ceci lui évite de se charger inutilement de remplir son estomac pour rien. D e plus le fait que trois ou quatre heures après il sait qu’il aura un autre rendez-vous avec ses sources alimentaires lui évite de s’encombrer, d’abuser puisqu’il sait que trois ou quatre heures après il retrouvera un stand d’approvisionnement adapté à sa quête. C’est à dire un repas simple, galant, festif, d’affaires…Il se prépare à recevoir, à aller vers une rencontre. On voit alors toute l’importance que le sujet a à savoir arrêter les messages sensoriels qui apporteraient certes un bienfait physique mais qui surtout apporteraient un bien-être total c’est à dire physique et sensoriel.

CONCLUSION
Pourquoi l’être s’il n’avait pas à sa disposition cette quête du plaisir sensoriel accepterait-il de demeurer un certain temps à table et pourquoi s’il n‘y rencontre pas un certain plaisir lui en vouloir de ne pas s’attarder. Le contenu émotionnel juste de notre alimentation selon les saisons, les climats, les régions est un cadre incontournable pour permettre à l’homme de tendre vers le bien-être. L’aptitude à savoir goûter est le moyen de connaître cette voie toute simple dont chacun est conçu pour la vivre spontanément et généreusement car recevoir à manger n’existe que par l’importance que chacun apporte à donner à manger aux autres.

>> retour haut de page

SYMPOSIUM 2

LA RESTRICTION COGNITIVE COMMENT EN SORTIR ?

Président : Gérard APFELDORFER (psychiatre, Paris).
- Mécanisme de commande de la prise alimentaire et restriction cognitive. France BELLISLE (psychologue, Paris).
- Le médecin nutritionniste face à la restriction cognitive. Arnaud BASDEVANT (nutritionniste, Paris).
- La restriction cognitive : description clinique. Anne-Marie DALIX (Chercheur, Paris), Jean-Philippe ZERMATI,
Gérard APFELDORFER.
- Place de la restriction cognitive dans le modèle biopsychosensoriel. Jean-Philippe ZERMATI (nutritionniste, Paris).
- Place du traitement de la restriction cognitive dans la prise en charge des personnes en difficulté avec leur poids -
Gérard APFELDORFER (psychiatre, Paris).
- Conclusions cliniques

Compte-rendu du symposium 2 :

France Bellisle, psychologue et chercheur à l’Hôtel-Dieu, Paris, commence par nous rappeler en comment s’articulent comportements alimentaires et poids corporel. Des mécanismes complexes, actuellement l’objet de recherches intensives, gouvernent la régulation du bilan d’énergie. Des animaux de laboratoire à qui on propose une nourriture monotone et continuellement disponible, parviennent à conserver un poids constant en faisant varier l’intervalle entre deux prises alimentaires (corrélation post-prandiale) ou bien, s’il a des repas à heures fixes, il adapte les quantités consommées à chaque repas (ajustement calorique).
Cependant, un animal à qui on propose des aliments diversifiés et appétants, disponibles en permanence (ce qui correspond peu ou prou au régime auquel nous sommes nous-mêmes soumis) a tendance à devenir obèse.
Comment faire face à un tel environnement sans devenir un « rat cafétéria » ? France Bellisle reprend la distinction de Westenhoeffer qui distingue la restriction cognitive rigide de la restriction cognitive flexible. Certes, les personnes en restriction cognitive rigide développent des trouble du comportement alimentaire et des problèmes pondéraux, mais celles en restriction cognitive flexible peuvent parfaitement parvenir à maîtriser durablement leur comportement alimentaire et leur poids.
Tel est aussi le point de vue d’Arnaud Basdevant, professeur de nutrition à l’Hôtel-Dieu, Paris. Pour lui, il existe des « successfull dieters » et tous les régimes ne font pas grossir. Certes, les personnes en restriction cognitive, c’est-à-dire qui tentent de contrôler leur poids par diverses restrictions alimentaires, sont couramment sujettes à des pertes de contrôle qui annulent leurs efforts, voire qui les font grossir. Ce cycle de restriction-désinhibition est fréquemment retrouvé en clinique et doit conduire le médecin à éviter toute restriction alimentaire injustifiée ou excessive. Mais il serait inconséquent de généraliser cet aspect des choses, et ce, d’autant plus que la restriction cognitive n’explique pas toutes les pertes de contrôle, loin de là, et que l’impulsivité alimentaire est une entité complexe.
Anne-Marie Dalix, chercheur à l’Hôtel-Dieu, Paris, approfondit ensuite la description clinique de la restriction cognitive. On peut distinguer un premier état d’inhibition du comportement alimentaire, où le sujet trouve que « tout va bien », qu’il maîtrise la situation, qui alterne avec un second état où « tout va mal », et où le sujet a des crises de boulimie, de grignotage, de compulsions alimentaires diverses. Plusieurs stades peuvent être décrits : un stade conscient, dans lequel le mangeur décide de ne pas tenir compte e ses préférences alimentaires et de négliger ses sensations de faim ; un stade inconscient dans lequel les sensations deviennent confuses et où le mangeur, ne parvenant plus à distinguer clairement ses envies et ses besoins physiologiques, s’en remet à des croyances concernant la bonne et la mauvaise alimentation, ce qui fait grossir ou maigrir. Il pense donc au lieu de ressentir.
Au total, le mangeur finit par organiser son comportement alimentaire autour de la peur du manque, de la frustration et de la culpabilité.
Puis Jean-Philippe Zermati, médecin nutritionniste à Paris présente les grandes lignes d’un traitement de la restriction cognitive, considérée comme un trouble du comportement alimentaire. Il s’agit, au moyen de diverses consignes ainsi que de l’instauration d’un dialogue thérapeutique autour des croyances alimentaires, de permettre au mangeur de (re)prendre conscience de ses sensations alimentaires de faim et de rassasiement, de réintroduire les aliments qu’il a banni, ou qu’il mange sur un mode compulsif dans un climat de culpabilité et d’angoisse à l’idée de grossir. Un travail sur le goût permet aussi de corriger le trouble du réconfort, et permet que les aliments consommées fassent du bien, à la fois physiquement et psychiquement.
Gérard Apfeldorfer, médecin psychiatre à Paris, reprend la même idée : dans bien des cas, la restriction cognitive est à considérer comme un trouble du comportement alimentaire. Mais si la restriction cognitive représente bien une porte d’entrée dans les problèmes alimentaires et pondéraux, il en existe d’autres : les compulsions alimentaires et autres boulimies peuvent être un moyen de se protéger d’émotions que la personne n’est pas à même d’affronter ; ou bien encore, c’est le désamour entre la personne et son corps qui constitue la principale porte d’entrée. Comment aimer un corps socialement dévalorisé, mais aussi comment aimer des formes corporelles que l’on reçoit en quelque sorte en héritage,, si ses géniteurs sont en désamour avec leur propre corps ? Enfin, des atteintes à l’intégrité corporelle, en particulier dans l’enfance, conduisent à une haine de son corps. Maigrir apparaît alors comme une tentative de réparation du corps, mais pour peu que cela fonctionne, on se trouve confronté à de nouveaux problèmes : le corps toujours haï se fait plus présent, et les relations de séduction ne sont pas assumées.
La traitement s’avère donc complexe : il convient de prendre en charge, à la fois ou successivement, les problèmes de restriction cognitive, les problèmes émotionnels, les problèmes de relation au corps.

En conclusion, deux positions s’opposent : la première qui, tout en reconnaissant le rôle pathogène joué par la restriction cognitive, tout en recommandant la plus grande attention afin d’en éviter les effets délétères, considère qu’il est néanmoins possible de maîtriser son poids par les moyens diététiques. La seconde considère que la restriction cognitive représente un trouble du comportement alimentaire, ou a minima, une porte d’entrée dans les problèmes alimentaires et pondéraux ; dans cette conception, même si certains parviennent à maîtriser leur poids par des moyens diététiques, le prix psychique de cette maîtrise apparaît comme prohibitif.
On voit bien l’enjeu qui se dessine: si dans la première conception, les nutritionnistes ou les diététiciens ayant à prendre en charge des personnes en difficulté avec leur poids et leur comportement alimentaire peuvent s’en tenir à conseiller leurs patients sur la « bonne nutrition », dans la seconde conception du problème, ils devront nécessairement changer profondément leur pratique, se recycler, acquérir des compétences autres que nutritionnelles…
G. Apfeldorfer

>> retour haut de page

Mécanisme de commande de la prise alimentaire et restriction cognitive. France BELLISLE.

Mécanisme de commande de la prise alimentaire et restriction cognitive
France BELLISLE, (psychologue Hôtel-Dieu, Paris )
bellisle@imaginet.fr

La prise alimentaire est le versant comportemental de mécanismes biologiques qui assurent la régulation du bilan d'énergie, et par conséquent déterminent l'évolution du poids corporel. Elle représente un ensemble de comportements complexes qui répondent à la fois à des stimuli internes à l'organisme et à des stimuli de l'environnement. Dans des conditions optimales, la consommation alimentaire s'ajuste aux besoins de l'organisme, le bilan énergétique est nul, et le poids corporel est stable. Des études menées chez des modèles animaux ou chez des volontaires ont montré que de multiples mécanismes déterminent le nombre et la taille des repas quotidiens, et donc les apports totaux. Plusieurs concepts sont très importants pour comprendre comment l'organisme peut réussir à adapter ses ingesta à ses besoins d'énergie. La faim est un état associé à des signaux physiques qui indiquent le manque présent ou anticipé d'énergie. On y répond par la consommation d'aliments. Au cours du repas, la stimulation sensorielle produite par les aliments est progressivement contrée par des signaux émanant du tractus digestif qui finissent par annuler l'envie de manger. L'arrêt de la consommation sous l'effet de ces signaux est ce que l'on appelle le rassasiement. Après le repas commence une période de satiété au cours de laquelle la prise alimentaire est inhibée. Dans des situations de laboratoire très contrôlées, lorsque l'aliment est monotone et continuellement disponible, les animaux nous apprennent que le moyen le plus efficace pour ajuster précisément sa consommation à ses besoins est de faire varier la durée de l'intervalle sans consommation qui suit le repas à la taille de celui-ci. Un grand repas sera suivi d'un long intervalle avant la reprise de la consommation et un petit repas d'un court intervalle. Lorsque l'animal reçoit une série de repas quotidiens à heures fixes, il apprend après quelques jours à adapter sa consommation à la durée de l'intervalle qui suit le repas. En d'autres termes, l'animal apprend à faire de grands repas en anticipation de périodes longues au cours desquelles il sera impossible de manger, et à faire de plus petits repas avant un intervalle au cours duquel l'aliment sera brièvement indisponible. Il est donc possible d'apprendre à manger plus ou moins au repas afin d'éviter d'avoir faim pendant la période qui suit le repas et au cours de laquelle on ne pourra pas manger. Ce mécanisme est moins précis que celui qui consiste à ajuster la durée de l'intervalle qui suit le repas à la taille de ce repas, mais il permet tout de même un certain ajustement des ingesta. Ces mécanismes de régulation deviennent beaucoup moins efficaces lorsque, à la place d'un seul aliment monotone, le consommateur a accès à plusieurs aliments au goût agréable. En effet, la stimulation alimentaire variée favorise la consommation indépendamment des besoins présents ou anticipés au moment du repas. En outre, la disponibilité constante d'aliments agréables dans l'environnement est susceptible de stimuler la consommation en dehors des horaires habituels des repas. Des animaux de laboratoire mis dans des conditions de disponibilité et de variété alimentaires qui ressemblent à celles des sociétés humaines n'arrivent souvent plus à ajuster leurs ingesta à leurs besoins énergétiques et deviennent obèses. Les animaux de laboratoire, naturellement, ne se mettent pas au régime lorsqu'ils grossissent et n'exercent donc pas de restriction cognitive.
A la différence de ces animaux, les consommateurs humains redoutent l'obésité et sont parfois tentés de limiter délibérément leur consommation alimentaire afin de contrôler l'évolution de leur poids corporel. L'exercice d'une restriction alimentaire délibérée est susceptible d'avoir un impact sur les mécanismes qui assurent la régulation du bilan d'énergie. Différents tests ont été validés pour mesurer l'intensité de la restriction et, plus récemment, son caractère rigide ou flexible. De nombreuses études ont montré que les personnes qui exercent une forte restriction chronique de leur prise alimentaire ont une capacité diminuée à ajuster leur consommation dans différentes situations et que des périodes de restriction stricte peuvent alterner avec des phases de perte de contrôle favorisant une hyperphagie importante. Des données récentes ont aussi montré qu'une restriction exercée de manière souple favorise l'amaigrissement chez des obèses au régime. Dans une population de 2500 adultes représentant une échelle très large de l'Index de Masse Corporelle, nous venons de mettre en évidence une restriction alimentaire particulièrement forte chez des adultes de poids normal ayant été obèses au cours de l'enfance ou de l'adolescence, en comparaison de personnes devenues obèses à l'âge adulte. La restriction alimentaire chronique est donc un phénomène complexe qui peut avoir des effets néfastes ou bénéfiques. La distinction proposée récemment entre restriction rigide et restriction flexible mérite d'être étudiée de manière plus approfondie.

>> retour haut de page

Le nutritionniste face à la restriction cognitive. Arnaud BASDEVANT.

Le Nutritionniste face à la restriction cognitive »
Pr. Arnaud Basdevant (professeur, nutritionniste, Paris)
arnaud.basdevant@htd.ap-hop-paris.fr

Elaboré il y a plus de 30 ans, le concept de restriction cognitive connaît actuellement une publicité inédite. Ce regain d’actualité tient moins à une évolution des connaissances qu’à la tendance tenace du milieu de la nutrition à chercher des explications monovalentes aux désordres alimentaires. S’il représente depuis son élaboration une référence incontournable et fructueuse pour ceux qui cherchent à comprendre et traiter les troubles du comportement alimentaire, ce concept connaît des limites, des interprétations contestables et risque d’être transformé en un de ses nombreux lieux communs qui ajoutent à la confusion du «mangeur moderne».

Il n’est pas inutile de rappeler dans quel contexte la notion de restriction cognitive a été bâtie. Il s’agissait de comprendre les déterminants des conduites alimentaires réactionnelles aux restrictions caloriques proposées pour contrôler le poids ou réduire l’excès de poids. Autrement dit, il s’agissait de comprendre les déterminants des impulsions alimentaires secondaires aux régimes. Au risque d’être schématique, on peut résumer les avancées physiopathologiques successives de la manière suivante. Dans un premier temps, une explication métabolique a été développée : la restriction calorique entraîne un déficit énergétique, une réduction des réserves énergétiques déclenchant une prise alimentaire homéostatique. Vient ensuite une explication psychobiologique centrée sur une sensibilité accrue aux stimuli sensoriels sous l’effet de la restriction. Puis, fut documenté le rôle des facteurs psychologiques : la seule idée d’une restriction déclenche une réactivité alimentaire. Différentes études documentent le rôle du stress, de la dépression, de l’alcool comme facteur de désinhibition. La séquence inhibition – désinhibition trouvait une triple explication métabolique, psychobiologique et psychologique. De l’interdit alimentaire à la transgression, la filiation était élégamment décrite. Nul doute, que ce concept est un des fondement de la physiopathologie des désordres alimentaires générés par la pression sociale sur l’idéal minceur et par les prescriptions diététiques. Nul doute que le cycle restriction – désinhibition est une problématique clinique quotidienne.

Cette analyse physiopathologique est une aide essentielle pour débrouiller nombre de situations cliniques. C’est également une justification profonde pour éviter les restrictions alimentaires injustifiées et/ou excessives. C’est un argument fort pour ne pas centrer le message nutritionnel de santé publique sur la restriction.

Ces points étant acquis, reste à poursuivre une réflexion sur les dérives dans l’utilisation de ce concept et les conséquences qui en découlent. La plus importante nous paraît être une généralisation intempestive. Ainsi, la restriction cognitive à tendance à devenir l’explication univoque de toute impulsivité alimentaire, en particulier chez les sujets obèses. Toute compulsion alimentaire serait la conséquence d’une restriction objective ou non. Ceci n’est pas confirmé par les études cliniques et épidémiologiques en particulier l’étude SOS, celle de France Bellisle et de notre groupe. L’impulsivité alimentaire est manifestement une entité complexe dont la physiopathologie ne se limite pas à la restriction, singulièrement chez les sujets obèses.

Autre dérive, toute restriction serait génératrice de désinhibition. Caricaturalement, les « régimes font grossir » et la déduction logique : il ne faut plus prescrire de régime. Cette version moderne du « il est interdit d’interdire » n’est pas vérifié par les études sur le sujet, en particulier celle de Westenhoeffer. En réalité, il existe des « successfull dieters ». Ici encore, les situations cliniques sont d’une certaine hétérogénéité et complexité. Dans la suite de l’argument précédent, nous devons nous interroger sur l’utilisation abusive du concept dans sa tendance à vouloir supprimer la « règle ». Retrouverles bienfaits de la Loi est souvent salvateur.

Pour conclure, sur des considérations de clinique quotidienne, il apparaît que la restriction cognitive est :
- un concept physiopathologique majeur des désordres alimentaires, permettant de repérer la séquence inhibition – désinhibition de la prévenir ou de la traiter ;
- un concept qui connaît ses limites dans la compréhension de l’impulsivité alimentaire ;
- un concept à manier avec précaution en termes de recommandations nutritionnelles collectives.

>> retour haut de page

La restiction cognitive : description clinique. Anne-Marie DALIX.

La restriction cognitive : description clinique
Anne Marie DALIX (chercheur, Paris) marie.dalix@htd.ap-hop-paris.fr
Jean–PhilippeZERMATI (nutritionniste) jpzermati@aol.com
Gérard APFELDORFER (psychiatre) apfie@wanadoo.fr

Une grande préoccupation de notre population, qui vit dans une surabondance alimentaire, est d'être le plus mince possible. La course à la minceur est basée sur les postulats suivants : toute personne peut paraître belle si elle se donne suffisamment de peine, si elle fait suffisamment d'exercices, si elle restreint suffisamment son alimentation.
Pour s’assurer la minceur, la beauté, la santé il faut souvent manger moins que son appétit. Ceci est obtenu par un comportement de restriction cognitive qui consiste à contrôler son alimentation par des critères externes (régimes planifiés et mesurés) au lieu de la laisser se réguler en fonction des facteurs internes (faim, satiété, goûts et préférences alimentaires) exprimant les besoins de l’organisme.

La restriction cognitive se manifeste sous deux états principaux : un état d'inhibition sans perte de contrôle alimentaire ("tout va bien") et un état de désinhibition avec perte de contrôle ("tout va mal").

Les pertes de contrôle se présentent sous la forme d'accès hyperphagiques, de crises de boulimie, de compulsions ou de grignotages. Elles sont le plus souvent indépendantes des sensations de faim et de rassasiement et portent sur les aliments que le sujet s’interdit habituellement de consommer.

L'état mental "incontrôlé" est suivi en général de la phase "hypercontrôlée". Lors de cet état d'inhibition sans perte de contrôle, l'individu, dans un premier temps, décide de ne pas tenir compte de ses sensations et de ses préférences alimentaires pour suivre les règles externes imposées par un régime amaigrissant. C’est le stade conscients des cognitions.

Dans un second temps, le fait de s’astreindre à suivre de nouvelles règles induit l’apparition de pensées inconscientes et d’émotions négatives qui altéreront la perception des sensations alimentaires qui deviennent confuses. C’est le stade inconscient des émotions.

Le mangeur ne parvient plus très bien à distinguer ses envies de ses besoins physiologiques. Il commence à confondre sa faim avec d’autres sensations physiques comme la fatigue ou le sommeil ou avec des émotions comme la frustration, la colère, la tristesse, l’anxiété. Puis enfin, les sensations disparaissent totalement et le mangeur devient incapable de savoir s’il a faim ou suffisamment mangé. À ce stade, il ne peut que s’en remettre à des mentalisations, ses cognitions, sa balance, à une certaine idée qu’il se fait de l’assez mangé. Il ne sait plus s’il pense ou s’il ressent. Il finit par penser au lieu de ressentir. Les mécanismes sensoriels du rassasiement sont devenus inopérants et il ne reste plus au mangeur pour s’arrêter que les sensations de distension de son estomac. Le mangeur finit par organiser son comportement alimentaire autour de la peur du manque, de la frustration et culpabilité et de la recherche du plaisir réconfortant qu'il ne retrouve plus.
Sur le plan pondéral, nous trouverons à une extrémité de la restriction cognitive, les sujets en perte de contrôle permanent, toujours dans l’hyperphagie et présentant donc un surpoids ou une obésité, et à l’autre extrémité, les sujets dans le contrôle permanent et la privation tels qu’on les rencontre dans l’anorexie. Le plus souvent, les sujets alternent les deux états, témoignant de la variation de leur contrôle par la variation de leur poids qui se caractérise par ce que l’on appelle l’effet Yo-Yo.
JP Zermati : "Au final, le mangeur gagnera sans doute bien des batailles, mais, en fin de compte, il ne gagnera jamais sa guerre. Il n’y a jamais de vainqueur quand on se bat contre soi-même".

>> retour haut de page

Prise en charge de la restriction cognitive par l'approche biopsychosenssorielle. Jean-Philippe ZERMATI.

Prise en charge de la restriction cognitive par l’approche biopsychosensorielle.
Jean-Philippe ZERMATI (nutritionniste, Paris)
jpzermati@aol.com

Avant de décrire la prise en charge de la restriction cognitive, il n’est pas inutile de revenir sur quelques aspects essentiels de ce concept.
De quoi s’agit-il?
La restriction cognitive se présente comme une modification de la relation que l’individu entretien avec sa nourriture. Cette relation pourrait se résumer par la formule suivante : « Mes aliments doivent me servir à rester mince et en bonne santé. »
Cette instrumentalisation de la nourriture au service de la minceur conduit le mangeur moderne à adhérer à certaines règles alimentaires sensées lui permettre d’atteindre son objectif. Ainsi il est généralement admis comme une évidence que la nourriture peut être divisée en aliments « grossissants » et aliments « non grossissants », ou encore qu’il est nuisible de sauter des repas ou de manger entre les repas. Le siècle passé, nous en avons tous une conscience aiguë, a été le théâtre de grands bouleversements nutritionnels, portant autant sur la qualité que la quantité de notre nourriture. Mais nous percevons difficilement à quel point nos aliments ont moins changé que la relation que nous entretenons avec eux. Sans doute suffisait-il autrefois qu’ils soient abondants et nourrissants, ils se doivent aujourd’hui de nous apporter minceur, santé, longévité et nous inspirent souvent crainte et méfiance. Pour beaucoup manger est devenu une complication. Nous réalisons mal à quel point ce que nous pensons de la nourriture est aussi déterminant, sinon plus, que ce que nous mangeons réellement.

Pourquoi la traiter ?
La restriction cognitive se présente également comme un facteur de dérégulation empêchant le mangeur de se nourrir en fonction des sensations alimentaires qui traduisent les besoins de son organisme et lui permettraient ainsi de se maintenir à son set-point. Le mangeur n’est plus régulé et mange « en dehors » de sa faim.
Dans la phase consciente du contrôle, les règles auxquelles le sujet s’astreint sont souvent en décalage avec sa faim : « ne pas sauter de repas » peut conduire à manger sans faim, « ne pas manger entre les repas » peut empêcher de manger à sa faim. Dans la phase inconsciente, les émotions prennent le pas sur les sensations alimentaires et viennent en brouiller la perception. Menant, dans la plupart des cas, à des surconsommations alimentaires échappant à la conscience : la peur d’avoir faim conduit à surconsommer pour chasser le danger d’un « craquage », la frustration conduit à manger en excès, la culpabilité à se restreindre en excès, la peur de manquer à anticiper la pénurie à venir.
Au bout du compte, la dérégulation peut aussi bien entraîner la personne à manger au-delà ou en deçà de sa faim et, par conséquent, à se situer au-dessus ou au-dessous de son set-point. Il devient alors nécessaire de remplacer la régulation par un contrôle volontaire nécessitant une coûteuse énergie mentale dont chaque défaillance se traduira par une perte de contrôle associée aux conséquences psychologiques que l’on connaît.
Si le traitement de la restriction cognitive semble indispensable, il faut également en établir les limites. D’une part, il existe bien d’autres raisons de manger « en dehors » de sa faim et le fait de traiter la restriction cognitive ne dispense évidemment pas de les prendre en considération. D’autre part, le traitement de la restriction cognitive ne conduit qu’à retrouver son set-point et pas nécessairement un poids idéal pour la santé ou pour l’image de soi.

Comment traiter la restriction cognitive ?
La prise de poids est due à un excès de calories, quelle qu’en soit la nature, par rapport aux besoins de l’organisme. L’individu est informé de ses besoins par ses sensations alimentaires. Tout aliment peut donc entraîner une prise de poids quand il est consommé sans faim (en trop). Corollairement, un aliment, quel qu’il soit, consommé avec faim (assez), ne peut entraîner une prise de poids.
De ce fait, le traitement de la restriction cognitive suppose donc un travail non pas sur les aliments eux-mêmes mais sur la relation du mangeur avec ses aliments, dans le but de se réconcilier avec ceux-ci et de restaurer une relation sereine avec la nourriture. Ce travail se décompose en trois étapes :
Prise de conscience des sensations alimentaires
Il s’agit, à ce stade, d’identifier les sensations de faim, de rassasiement et de satiété que l’on perçoit et de tenter d’en tenir compte sans considération pour les règles imposant le rythme et le nombre des repas. On demande au mangeur de se comporter comme un nourrisson que l’on nourrit à la demande et d’accorder une plus grande priorité à son horloge interne qu’aux convenances sociales. Le but est de parvenir à manger sans crainte de se trouver confronter à sa faim.
Certains mangeurs ne perçoivent aucune sensation alimentaire ou seulement une partie. Et il est généralement difficile pour la plupart de distinguer la faim de l’envie ou l’assez mangé du trop mangé. D’autres parviennent à identifier leurs sensations mais déclarent ne pas être en mesure d’en tenir compte.

Réintroduction des aliments interdits.
Il ne s’agit pas, à ce stade, de s’autoriser à manger des aliments interdits mais de faire disparaître l’idée qu’il existe des aliments interdits. Il convient donc d’entreprendre un travail sur les aliments dont la consommation est associée à la peur de grossir et au sentiment de privation. Ce qui consiste donc à apprendre à manger sans frustration ni culpabilité des aliments « interdits » et à cesser de penser qu’ils pourront venir à manquer.
Les exercices progressifs de réintroduction des aliments jugés « grossissants » à la place d’aliments jugés « non grossissants » rendent la personne capable d’en manger à sa faim tout en devenant capable d’abandonner la part excédentaire.
Le but de ces exercices est de constater par l’expérimentation personnelle que l’on ne grossit pas en mangeant à sa faim des aliments « interdits » et qu’il est même possible de maigrir. Que l’on est parfaitement capable de s’arrêter quand on est rassasié. Et enfin, que l’on n’est pas tenté de ne consommer que ce type d’aliments. Les autres aliments nous deviennent tout aussi indispensables.

Travail sur le goût et les émotions produites par les aliments.
Le travail sur le goût permet de corriger le trouble du réconfort. Il s’appuie sur des exercices d’éveil sensoriel inspirés des travaux de Jacques Puisais sur le goût. La restriction cognitive affecte les aliments d’un nouveau contenu émotionnel négatif, le mangeur restreint ne parvenant plus à penser du bien de ses aliments. La conséquence est qu’il pallie cette carence en augmentant sa quantité de nourriture. Sa maladie n’est pas de chercher à se réconforter en mangeant. Elle est de ne plus y parvenir.
Tous les aliments sont associés à des émotions qui nous nourrissent et nous rassasient ou, au contraire, nous laissent sur notre faim. Nous ne sommes donc pas de simples machines thermodynamiques qui se nourrissent de calories, mais des machines pensantes et émotionnelles qui se nourrissent d’aliments qui ont du sens. Pour que l’aliment soit rassasiant il lui faut produire des émotions positives qui viendront nourrir notre Être de Désir et non seulement notre Être de Besoin.

Conclusion
Le traitement de la restriction cognitive est plus complexe que la simple mise en œuvre de recommandations diététiques mais il est généralement vécu par les patients comme une délivrance. Sa seule prétention est de permettre à la personne de retrouver son set-point, sachant que ce dernier est bien souvent plus élevé que ne le souhaiterait le patient ou même son médecin. Bien souvent donc, il doit se prolonger par un travail d’acceptation de soi et le deuil d’un poids socialement ou médicalement idéal. Ce traitement est loin de constituer la totalité de la prise en charge des personnes en difficultés avec leur poids ou leur comportement alimentaire. Notamment, il laisse de côté le problème posé par ceux qui répondent trop systématiquement à leurs émotions par une prise de nourriture. Ou encore la pénible relation que l’individu entretient avec son corps et qui l’a poussé à vouloir le transformer en adoptant des comportements de restriction.

>> retour haut de page

Place du traitement de la restriction cognitive dans la prise en charge des personnes en difficulté avec leur poids et leur comportement alimentaire. Gérard APFELDORFER.

Place du traitement de la restriction cognitive dans la prise en charge des personnes en difficulté avec leur poids et leur comportement alimentaire.
Dr Gérard Apfeldorfer (Psychiatre, Paris)
apfie@wanadoo.fr

Dans un environnement riche en aliments variés et appétents, sans risque de pénurie, un comportement alimentaire normal consiste à manger quand on a une faim modérée et cesser de manger lors de sensations de rassasiement modérées ; les aliments consommés sont choisis en fonction de leur signification socioculturelle et personnelle, et du plaisir sensoriel anticipé. Les comportements alimentaires excessifs, en plus et en moins, ne posent pas problème et sont régulés lors des prises alimentaires ultérieures par les mécanismes de corrélation post-prandiale et d'ajustement calorique. Des repas socialisés et ritualisés pris dans un cadre rassurant et agréable facilitent un comportement alimentaire régulé par les paramètres physiologiques.
Une telle alimentation conduit l’individu à avoir un poids stabilisé autour de son poids d’équilibre.

Le cycle de la restriction cognitive
La pratique de régimes amaigrissants conduit à s’écarter notablement de ce schéma : selon Polivy & Herman, un régime amaigrissant consiste à « remplacer un comportement alimentaire régulé par des critères internes, par des comportements alimentaires planifiés et déterminés selon des critères cognitifs, ou des comportements alimentaires modelés sur des régimes définis, ou encore une restriction alimentaire globale. »
L’état de restriction cognitive qui en résulte s’apparente fréquemment en une alternance d’états d’hypercontrôle et de pertes de contrôle. Les efforts de maîtrise conduisent à une rigidification des conduites alimentaires, au développement de tabous alimentaires, à un déni de la privation, à une redéfinition de la liste des aliments comestibles, à un évitement des situations alimentaires, un appauvrissement de la vie sociale.
Peu à peu, l’obsession du poids et des formes corporelles, de la nourriture, la lutte contre les désirs alimentaires, occupent l'espace mental. L'appauvrissement du monde intérieur est compensé par un surinvestissement du monde extérieur et une dépendance accrue par rapport à celui-ci, que j’ai nommée hyperempathie. Tout cela favorise la mise en place du « cycle des réponses alimentaires émotionnelles ».
L’absence d’écoute des sensations internes favorise la césure entre la personne et son corps, vu comme un objet à discipliner et favorise la mise en place du « cycle du corps mal aimé ».

Le cycle des réponses alimentaires émotionnelles
Mais l’histoire peut débuter autrement : certaines personnes, dites en carence narcissique, choisissent de répondre aux situations de stress par des comportements alimentaires compulsifs. Les problèmes affectifs et relationnels induisent chez elles des émotions qu’elles ne sont pas à même de gérer et l’acte alimentaire sert de « pare-excitation ».
Le soulagement est en fait temporaire et correspond au remplacement d'un problème émotionnel non maîtrisable par un problème alimentaire, toujours non maîtrisable, mais familier : les angoisses liées aux difficultés relationnelles et émotionnelles sont remplacées par des angoisses concernant le poids et les formes corporelles.
Les compulsions alimentaires qui résultent de cette stratégie de gestion du stress conduisent à des efforts de maîtrise aboutissant à l’entrée dans le cycle de restriction cognitive.

Le cycle du corps mal aimé
Lorsque son corps paraît haïssable, qu’on en fait le bouc émissaire de tout ce qui ne va pas dans sa vie, on lui fait le coup du mépris. Mais l’oubli du corps, ou plutôt le déni de son existence, aboutissent à un sentiment de vide existentiel. Les actes, les émotions, les sensations, déconnectés les uns des autres, perdent toute cohérence.
Les causes de désamour avec son corps sont multiples : il peut s’agir du rejet d’un corps socialement dévalorisé à une époque à normativité exacerbée, d’un corps dévalorisé hérité de parents souvent rejetant eux-mêmes leur aspect corporel, ou encore d’atteintes à l'intégrité corporelle dans l'enfance ou l’adolescence.
Maigrir s'apparente à une tentative de réparation du corps et de la personne. Mais l'amaigrissement exacerbe les sensations corporelles, resexualise le corps et ravive les difficultés relationnelles et affectives. Le corps aminci permet de nouvelles expériences relationnelles chez une personne n’ayant pas les capacités d’y faire face. Ceci favorise l’entrée dans le cycle des réponses alimentaires émotionnelles.
Les compulsions alimentaires intenses permettent de reconnecter un court instant désir, action, émotion, mais induisent l’entrée dans le cycle de restriction cognitive.
Renoncer à maigrir et regrossir à son corps consentant procurent un soulagement, même s'ils témoignent d'un échec.

Les éléments de la prise en charge
L’analyse fonctionnelle préalable doit permettre d’évaluer, pour un patient donné, à un moment donné, les tenants et les aboutissants de sa problématique. On abordera successivement ou parallèlement les différents cercles vicieux : cycle de la restriction cognitive, cycle des réponses alimentaires émotionnelles et cycle du corps mal aimé. L'ordre des priorités est à déterminer au cas par cas.

Le travail sur la restriction cognitive
1) Tenir un carnet alimentaire, sur lequel on note consommations alimentaires, quantités, horaires, ainsi qu’une évaluation quantitative des sensations de faim avant de manger, de rassasiement en fin de prise alimentaire.
2) Apprendre au moyen d’exercices progressifs à manger quand on a modérément faim, ne pas manger quand on n’a pas faim, s’arrêter de manger quand on est modérément rassasié et abandonner les quantités excédentaires.
3) Réintroduire les aliments-problèmes (ceux diabolisés et évités, ceux induisant des pertes de contrôle lorsqu’ils sont consommés) dans des quantités adaptées à l’appétit du moment.

Le travail sur le cycle de réponses alimentaires émotionnelles
1) Tenir un carnet alimentaire, sur lequel on note consommations alimentaires, quantités, horaires. On demande au patient de différencier la faim et les envies de manger liées à des événements émotionnels.
2) Faire des pauses tout au long de la journée, qui permettront d’identifier les événements, les émotions, les discours intérieurs en relation avec les compulsions alimentaires, les moments de vide interne, d’ennui, ainsi que les autres comportements de réponse (recherche de stimulations sensorielles diverses, comportements alimentaires compulsifs, toxicomanies, achats compulsifs, kleptomanie, hyperactivité).
3) Un travail de thérapie cognitive devra encourager la prise de conscience et la critique du discours intérieur, en vue de diminuer l’alexithymie et l’hyperempathie.
4) Un entraînement aux habiletés sociales permettra de développer des comportements sociaux satisfaisants (relations de travail familiales, sentimentales).

Le travail sur le cycle du corps mal aimé
1) Un travail de thérapie cognitive permettra d’aborder les croyances irrationnelles éventuelles sur le corps parfait, l’apparence parfaite, la santé parfaite, de décoder les messages socioculturels faisant la promotion de la perfection corporelle.
2) Un entraînement aux habiletés sociales visera à diminuer l’évitement phobique des situations sociales, l’acceptation du regard des autres, des comportements de séduction et comportements empathiques plus satisfaisants.
3) L’accent sera mis sur la reprse de contact et la réconciliation avec son corps au travers d’activités physiques agréables et épanouissantes.

Conclusion
La plupart des obésités sont des maladies complexes, chroniques, à prendre en charge sur la durée. Il n’existe pas à ce jour de traitement amaigrissant durable et non iatrogène. Dans ces conditions, l’objectif consiste en premier lieu à ne pas aggraver les problèmes de ses patients, et donc à ne pas favoriser les divers cercles vicieux intriqués vus plus haut.
Il s’agit au contraire de minorer la restriction cognitive, les problèmes émotionnels et relationnels, de favoriser la réconciliation avec son corps. Ce travail comportemental et psychothérapeutique vise, du point de vue pondéral, à la stabilisation du poids au niveau du poids d’équilibre (set-point) de la personne, à l’acceptation de ce poids d’équilibre.

>> retour haut de page

SYMPOSIUM 3

CROYANCES ET IDEES FAUSSES

Président : Jean Philippe ZERMATI

- Peut-on maigrir en augmentant son activcité physique ? Yves SCHUTZ (physiologiste, Lausanne).
- Organisation et rythme des repas des Français. Jean Pierre POULAIN (sociologue, Toulouse)
- Poids et fractionnement des repas. Marc FANTINO (physiologiste, Dijon)
- Conclusions cliniques

Peut-on maigrir en augmentant son activité physique ? Yves SCHUTZ.

Peut-on maigrir en augmentant son activité physique ?
Yves SCHUTZ (physiologiste, Lausanne)
Yves.Schutz@iphysiol.unil.ch

La progression rapide de l’obésité ces 10 dernières années nous a conduit à développer de nouvelles stratégies non diététiques et non pharmacologiques de prévention du gain de poids. La promotion de l’activité physique chez des individus sédentaires apparaît comme une mesure comportementale de choix car, à un niveau raisonnable et lors d’une durée prolongée, l’activité physique engendre une multitude d’effets physiologiques positifs conduisant à l’amélioration de l’état de santé général de l’individu.
En effet, l’activité physique diminue les facteurs de risques métaboliques -notamment le risque de diabète- et cardiovasculaires, limite la fonte musculaire lors d’une perte pondérale, augmente l’oxydation des lipides (la lipolyse endogène), maintient et améliore les fonctions physiques et cardiovasculaires ; améliore aussi l’état psychologique, le bien-être et la qualité de vie, et permet de mieux prendre conscience de son corps.
Il est évident que le type, la durée, l’intensité et la fréquence de l’activité physique, ainsi que le caractère assidu de sa pratique, jouent un rôle déterminant car ces facteurs influencent le déficit énergétique et la nature des tissus de réserves mobilisés.
L’objectif d’une stimulation de l’activité physique chez des individus sédentaires n’est pas stricto sensu d’engendrer une perte de poids (amaigrissement), mais plutôt un amincissement, c’est-à-dire une diminution du volume corporel à travers une modification de la composition corporelle. Afin de quantifier l’amincissement observé lors d’une élévation de l’activité physique, nous avons suggéré un nouvel index « l’indice de volume corporel », analogue à « l’indice de masse corporelle », mais qui utilise comme facteur le volume total du corps plutôt que le poids. Le volume corporel total est mesuré en moins d’une minute, par un système de pléthysmographie à air, d’une manière totalement non invasive et sans irradiation du patient.
Mais quelle influence l’activité physique a-t-elle réellement sur l’amaigrissement et l’amincissement si on se réclame du principe de « la médecine fondée sur les preuves » ? Il paraît nécessaire de distinguer 3 situations :
1) augmentation de l’activité physique sans modification volontaire de l’apport alimentaire (alimentation « ad libitum »);
2) augmentation de l’activité physique avec un contrôle strict de la prise alimentaire (maintient des apports) ;
et 3) augmentation de l’activité physique combinée à une diminution volontaire des apports caloriques.
La plupart des études scientifiques qui ont étudié cette question ont utilisé comme schéma expérimental, la deuxième et la troisième situation. Notons cependant que récemment les travaux de Blundel et Stubbs (1998-2001) ont évalué la variation de prise alimentaire spontanée consécutive à une élévation aiguë de l’activité physique (+1200 kcal/j), chez des sujets masculins et féminins. Les auteurs n’ont observé aucune compensation des apports chez les hommes et une compensation de l’ordre de 25 à 30 % chez les femmes.
Si l’on fait une revue des études scientifiques prospectives d’interventions, publiées de 1990 à 2000 (n=16), on observe que 3/4 des études démontrent un effet statistiquement significatif sur la perte pondérale entre un groupe dont l’activité physique a été stimulée par rapport à un groupe témoin. Néanmoins on peut se demander si les conclusions de ces études expérimentales contrôlées peuvent s’appliquer directement à la vie courante : en effet ces études proposent souvent un programme contraignant, régi par une discipline » pseudo militaire », qui n’a que peu de relation avec une réalité quotidienne. Par ailleurs, la rétribution des volontaires a un effet certain sur la motivation et la compliance à l’activité physique, cette dernière étant renforcée par des investigateurs très empathiques. Le suivi très serré, voire quasi journalier, diminue le degré de liberté du sujet et probablement permet une meilleure compliance que celle rencontrée par les patients dans la vie courante.
A Lausanne, nous utilisons différentes méthodes de mesures objectives (capteurs miniaturisés) pour l’auto-observation et l’auto-évaluation de l’activité physique par les patients : 1) podomètres (mesurant le nombre de pas effectués) ; ou 2) accéléromètres (fournissant le profil de l’activité physique sur 24 heures); ou 3) un système combinant accéléromètre/GPS/fréquence cardiaque. Il s’agit de systèmes basés sur le principe de « feedback » qui, à notre avis, est susceptible de motiver le sujet car il permet de faire un bilan continuel de sa propre activité physique et ainsi de la moduler. La compliance s’en trouve donc améliorée.
Par ailleurs, le système le plus sophistiqué, reposant sur le monitorage par satellite GPS permet d’obtenir la vitesse instantanée de déplacement des individus, la distance effectivement parcourue par jour, la durée du déplacement et le positionnement lors d’une marche à l’extérieur (optimalisation d’un parcours en ville). Le sujet peut moduler à sa guise son activité physique hebdomadaire d’une manière individuelle et des ajustements sont possibles lorsque certaines périodes d’inactivité apparaissent comme inévitables (télévision ou ordinateur !).
En conclusion, l’activité physique ne fait pas nécessairement maigrir, mais elle contribue à mincir. L’importance de l’activité physique repose avant tout sur la prévention du gain de poids au cours des années (ou du regain de poids après amaigrissement), plutôt que sur la perte de poids elle-même.
La prescription de l’activité physique demeure complexe pour le médecin et ses modalités restent à définir afin d’optimaliser sa pratique assidue (compliance) à long terme dans la vie courante.

>> retour haut de page

SAMEDI 16 NOVEMBRE 2002

SYMPOSIUM 4

LA SIGNIFICATION DU CORPS GROS

Président : Francine DURET-GOSSART (nutritionniste, Paris)

- Le corps à travers le temps et les cultures. Francine DURET-GOSSART (nutritionniste, Paris).
- Corps sans limite ? Jean-Pierre LEBRUN (psychanalyste, Belgique).
- L’En-Bon-Point, les images du corps féminin entre rondeur et minceur. Bruno REMAURY (anthropologue, Paris).
- Les liens précoces entre les sensations corporelles et les images de soi.
Suzanne ROBERT-OUVRAY (psychomotricienne, Paris).
- Echecs de la symbolisation , le corps en danger. André YHUELLOU (psychanalyste, Paris).
- Discussion de synthèse et cas cliniques. Pierre DALARUN (psychomotricien, Paris)

Compte-rendu du symposium 4 :

La recherche d’une signification à l’anormale grosseur de son corps est une préoccupation souvent présente pour la personne obèse. «Pourquoi suis-je gros? Pourquoi ai-je grossi? De qui je tiens ça? Quelle faute ai-je commise?» La recherche de sens à une situation corporelle hors norme est donc une question à laquelle, nous thérapeutes, nous devons chercher une réponse. Cette réponse concerne aussi bien le généticien que le psychanalyste, voire le sociologue, l’anthropologue, le philosophe ou l’historien.
Dans l’intervention qui inaugurait la matinée, Francine Duret-Gossart nous a rappelé que le corps a une Histoire, une histoire et des histoires. Après avoir retracé l’évolution de l’esthétique corporelle à travers les âges, FDG pose la question du sens du symptôme, question souvent éludée par un court-circuit des affects pouvant se transformer en court-circuit digestif (opération de gastroplastie ou de by-pass). Si tant est que le symptôme a une valeur adaptative pour le sujet, il est donc dangereux de vouloir réduire ce corps gros pour souscrire à une normalité esthétique ou médicale, en négligeant l’historicité du poids. La parole, vecteur de cette compréhension signifiante, est donc prise au piège dans le corps.
Phénomène culturel historique, vécu individuellement, l’obésité, «première épidémie non-infectieuse, est à la frontière du singulier et du collectif», souligne quant à lui Jean-Pierre Lebrun. L’homme, animal disposant de la parole (donc du symbolique), serait trop occupé à manger et plus largement à consommer pour pouvoir user d’une parole chargée de sens et de désir… parce qu’on ne parle pas la bouche pleine.
J.-P. Lebrun, qui n’avait pas la bouche pleine et plutôt le verbe aisé, situe l’obésité comme l’un des aspects d’une société sans lois, où le corps lui-même ne trouverait plus ses limites. Modification du lien social, individualisme, globalisation, inflation, excès de savoir, démocratie mal intégrée, libéralisme économique débridé, telles sont quelques-unes des caractéristiques de cette société en pleine mutation, où l’individu semble vouloir se dédouaner de la pesanteur comme de toute autorité.
Et J.-P. Lebrun de nous rappeler que si maman peut se dire la bouche pleine, ce n’est pas le cas pour papa.
Du corps sans limites, Bruno Remaury nous a fait passer au corps trop plein de substance, engorgé par le gras et les humeurs. Centrant son exposé sur le corps de la femme, il le décrit comme mou et poreux, selon notamment l’imaginaire de la pensée médicale, donc des hommes. La mollesse renvoie au gras de surface (la cellulite) et au gras des profondeurs (le cholestérol), et s’associe à l’obsession de l’engorgement des corps.
Qu’y-a-t-il donc de contenu dans le gras qui soit à ce point détesté? Le gras fait-il taire le corps et lui confère-t-il une porosité à sens unique, de l’extérieur vers l’intérieur? Une porosité qui renforcerait la lipophobie jusqu’à craindre de s’oindre avec une crème de beauté qui contient du gras, et viendrait directement nourrir le corps par une «peau-estomac». C’est par ce fantasme que les crèmes amincissantes pourraient pénétrer la peau et détruire la cellulite grâce à une enzyme gloutonne. En prolongeant la pensée de Bruno Remaury, le muscle représenterait-il alors la cuirasse tellement rêvée, protégeant à la fois de la mollesse et de la porosité?
Mais comme la peau, le muscle et son tonus représentent un système de communication et d’échanges entre l’intérieur et l’extérieur de l’être. Suzanne Robert-Ouvray nous l’a rappelé en nous parlant de l’importance du dialogue tonique et des relations précoces mère-enfant dans la construction des images de soi. L’excès de poids serait-il voué, dans certains cas, à combler sans fin un vide identitaire qui s’originerait dans les six premiers mois de la vie? La communication pré-langagière, essentiellement émotionnelle, serait perturbée, distordue, carencée, désynchronisée. Car c’est à partir du tonus musculaire et de ses variations (tension-détente) que les sensations, les affects et les représentations mentales vont pouvoir s’élaborer et s’organiser.
Le recours au travail corporel et émotionnel serait donc tout indiqué pour mettre le corps en mots, et sortir le patient d’un clivage corps-psyché dans lequel une psychothérapie verbale pourrait l’enfermer. Dans ce cadre thérapeutique, le thérapeute n’est pas neutre et bienveillant car il doit être en interaction corporelle et émotionnelle avec son patient.
Le corps gros serait-il alors le symptôme des échecs de la symbolisation? Cette hypothèse, formulée lors du dernier exposé de la matinée par André Yhuellou, était perceptible à des degrés divers chez tous les intervenants Les métaphores, métonymies et autres synecdoques n’intéresseraient plus le corps. Le symbole («ce qui unit, qui donne consistance») serait vaincu par le diabole («ce qui sépare, morcelle ou ronge»).
Mais est-ce d’une opposition corps/ esprit dont souffre le sujet ou bien plutôt d’une rupture entre le conscient et l’inconscient, entre le Moi et le Ça? Symboliser le corps, c’est d’une certaine façon l’extraire de sa réalité pour pouvoir le vivre autrement, et peut-être pouvoir enfin l’oublier sans le faire taire pour autant. Mais le corps gros peut-il se faire oublier au regard des autres et de l’Autre ?

Les réflexions soulevées durant cette matinée, autour de la question de la signification du corps gros nous conduisent à penser que le corps gros n’a pas de sens ou bien manque de sens, dans tous les sens du terme. Manque de symbolisation, confusions sensorielles, défaut de communication prélangagière, non-accès aux sentiments et aux émotions, absence d’autorité et d’idéal: voilà quelques-unes des pistes que ce symposium a ouvertes. Donner ou redonner la parole à son corps, c’est donc peut-être faire taire le poids et s’offrir une chance de vivre.
En filigrane, se pose la question des modalités thérapeutiques à proposer. Quel peut être l’apport de la psychanalyse, quel intérêt doit-on porter aux thérapies corporelles et émotionnelles?
À ce sujet je citerai un court extrait des savoureuses «Leçons sur Tchouang-tseu» de Jean-François Billeter qui a son avis sur la question et que je partage: «Sur ce thème de la retraite, du retour à soi, donc aux ressources du corps, je ne ferai qu’une remarque. La psychanalyse ne peut recommander le recours à ces forces-là parce que, somme toute, malgré l’audace de Freud, elle reste prisonnière du dualisme de Descartes. Elle part de la conscience diurne et, pour en sonder les soubassements, lui suppose un double négatif, l’inconscient. Elle s’est enfermée d’emblée dans ce paradigme spéculaire du conscient et de l’inconscient, et n’en est plus sortie. Elle est congénitalement incapable de rendre compte des relations de la conscience et des ressources du corps, et donc d’aider ses patients à y avoir recours. D’où inversement, l’actuelle prolifération de thérapies par le corps seulement. Tchouang-tseu n’aurait pas manqué d’inventer quelques dialogues pour se moquer de ce monde de fous.»
Des modalités thérapeutiques sont donc sans doute à proposer pour établir une continuité entre le travail corporel et le travail verbal, et ainsi éviter les clivages d’un monde de fous.
P. Dalarun

>> retour haut de page

Images de corps à travers temps et cultures. Francine DURET-GOSSART.

Images de corps à travers temps et cultures
Francine DURET-GOSSART( nutritionniste, Paris)
fdgossar@club-internet.fr

Il ne s’agit pas de faire un exposé d’historien ni de sociologue, mais d'introduire le sujet de ce matin : " le corps" de nos patients. Ces derniers consultent médecins, diététiciens, psychiatres ou psychanalystes voire chirurgiens avec une demande de réparation de leur corps. Le "trop de poids "est leur souffrance, que ce trop soit réel ou imaginaire.
Le corps de nos patients, qu'ils le sachent ou non porte leur histoire dans leur chaire . Le poids est parfois la seule trace ou cicatrice des avatars de la vie, le signe des deuils non faits ou celui des conflits non résolus.
Prendre en charge le corps, n'est pas seulement l'affaire des thérapeutes du corps, c'est aussi de l'ordre de la psychanalyse , même si celle-ci est affaire de parole. Le kinésithérapeute touche, le psychomotricien cherche à faire ressentir, pourtant c'est bien la parole qui touche au plus profond de l'être. Toucher et ressenti est aussi parole.
Il s'agira donc de confronter nos approches, mais avant, replaçons le corps et ses images dans une perspective plus socioculturelle.
Au cours des siècles, l'image des corps transmise, à travers écriture, peinture ou sculpture, est une image interprétée, remaniée, correspondant à des groupes socioculturels précis et restreints, il ne s'agit pas des corps réels.
Chaque société propose une image idéalisée des corps, certaines cultures ne représentent les corps que par des images symboliques. La représentation est toujours liée à la culture et au contexte socioéconomique.
Si culture et nature se sont toujours affrontées, les femmes (car le plus souvent dans le contexte actuel il s'agit de femmes) doivent elles se laisser enfermer ou se libérer du modèle qui leur est imposé ?

Il sera question dans l'exposé de l'évolution de l'image des corps depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours. Nous y verrons que cette image oscille entre lignes et courbes, plein ou creux.
Nous passerons de la femme musclée de l'Antiquité grecque, à la fine et frêle jeune femme du moyen âge, à l'explosion de la chaire à partir de la renaissance pour en arriver à la femme du XX ème siècle.
Après la première guerre mondiale, on assiste à la montée du féminisme, mais aussi à la libération des femmes des tâche ménagère par la robotisation et ainsi la perte de la différenciation des rôles selon le sexe.
L'image idéale du corps de la femme se fait plus androgyne, plus longiligne.
"Le look "se fait obsession existentialiste, quête effrénée d'une population "branchée", hantée par le précepte de Baudrillard. "Je suis visible, je suis image ".
Culture et culte du corps envahissent la scène, le corps ne cesse de se construire : Il ou elle, le contrôle, l'entretienne.( Massages, épilations, retouches, lissages, lipoaspirations , stretchings, gymnastiques de toutes sortes …Et, bien entendu, régimes.
Et surtout le corps s'expose, il se dénude, il se banalise sexuellement, tout est bon pour le rendre plus lisse, sans aspérités, sans poils, de plus en plus impersonnel.
À trop cultiver, libérer ce corps on "assiste à la défaite du sexe, de l'imaginaire, du symbolique ".
Et que nous donne à voir les artistes de la fin du XX ème siècle, sans doute une lecture impitoyable de notre société, elle nous donne à voir des monstres, des corps déchirés, abîmés. Ainsi les corps de Francis Bacon, " restes d'humanité réduits à l'état de moignons" .

Lebrun Jean-Pierre. Un monde sans limites, essai pour une clinique psychanalytique du social. Ed. Èrès. 2001
Perrot Philippe. Le monde des apparences, le corps féminin XVIIIe XIXe. Ed. Le Seuil 1991
Remaury Bruno. Le beau sexe faible .Les images du corps féminin entre cosmétique et santé. Ed. Grasset 2000
Ardenne Paul. L'image corps. Figures de l'humain dans l'art du XXe siècle. Éd.du Regard 2001

>> retour haut de page

Corps sans limite ? Jean-Pierre LEBRUN.

Corps sans limite ?
Jean-Pierre LEBRUN (psychanalyste, Belgique)
jp.lebrun@wol.be

Certaine obésités - disons celles qui n'existaient pas hier - auraient-elles à faire avec notre société pléthorique ? Il n'est pas absurde de penser que le "sans limite" qui nous caractérise se trouve aussi à l'oeuvre dans le champ de l'oralité induisant ainsi l'addiction que nous connaissons. Reste encore à savoir comment s'articule ce désir singulier et ce dispositif collectif. C'est ce que nous tenterons de situer.

>> retour haut de page

L’« en-bon-point », les images du corps féminin entre rondeur et minceur. Bruno REMAURY.

L’« en-bon-point »
Les images du corps féminin entre rondeur et minceur.
Bruno REMAURY (anthropologue,Paris)
remaury@ifm-paris.org

Les modèles de beauté historiques du corps ont été le plus souvent rapproché d’un modèle tourné vers la rondeur et la graisse autour de la question de l’embonpoint, modèle corporel qui fait de la graisse un signe de beauté et de santé, l’ensemble étant, on le sait, culturellement rattaché à un système plus général de valorisation de la fécondité. Mais si canon de beauté et rondeur font historiquement bon ménage, il ne faudrait pas pour autant penser que toute grosseur a toujours été valorisée, et si les livres de recettes et de régimes cosmétique contiennent de nombreuses recettes pour grossir, ils contiennent autant de recettes pour maigrir – l’embonpoint, même valorisé, ne saurait à aucune époque excéder un certain seuil.

De la même façon, la grosseur féminine est historiquement considérée comme médicalement suspecte, produit d’une abondance d’humeur qui fait courir le risque de la réplétion des humeurs et de la pléthore. Cet imaginaire de l’engorgement du corps féminin traverse l’ensemble de la pensée médicale jusqu’à une date assez récente et laisse des traces dans l’imaginaire corporel bien après l’abandon de la théorie humorale. A l’origine de cette représentation, l’idée que la physiologie féminine, sous l’effet de la mollesse de son corps, est plus que l’homme encore surchargée en humeurs, en liquide, naturellement plus proche de l’état de pléthore. Aujourd’hui, cette représentation de la pléthore liée à l’alimentation se développe d’autant plus que, en même temps que se généralisent les discours esthétiques sur la minceur, s’est amplifiée la suspicion médicale sur la « grosseur pathogène ». Le gras, substance ambiguë à plus d’un titre, est passé en moins d’un siècle d’une image très valorisée à un statut relativement suspect, synonyme de déséquilibre externe (l’adiposité) autant qu’interne (le cholestérol). La « lipophobie » occidentale est certainement un phénomène sans précédent de rejet d’une substance alimentaire aussi répandue.

Cet imaginaire de la surcharge humorale naturelle à la femme fait écho à un autre imaginaire corporel majeur, également très étroitement relié au féminin : celui de la porosité du corps, phénomène dont l’évolution historique est aujourd’hui bien connue, et que l’on analyse généralement comme une représentation ancienne qui tendrait à disparaître au profit d’une vision plus rationnelle du corps. Le processus est loin d’être aussi linéaire et ces modèles de représentations se sont seulement déplacés sur d’autres domaines, particulièrement dans le domaine cosmétique au travers d’une relation de consubstantialité (l’eau et le lait au premier plan), relation qui concerne tout autant le gras.

Le meilleur exemple de ce double imaginaire du corps par rapport au gras, consubstantialité et porosité, est sans doute à trouver dans le concept, toujours actif, de nutrition analogique : le corps est représenté se nourrir par simple contact de la peau avec un aliment nourrissant, au travers d’une mythologie de la « peau-estomac », que ce soit pour engraisser, recettes qui fonctionnent sur un imaginaire de l’imprégnation, ou encore pour maigrir, un principe dont le